Passagers, critique de film.

Hier j’ai vu le film Passagers. Dans cet article, j’écris une petite critique. Je suis très difficile à satisfaire aux niveaux littéraire et cinématographique, mais, et malgré les critiques négatives que j’ai lues à propos de Passagers, je vous partage mes impressions très positives de ce film.

Lorsque je vois des engins d’espace dans les films, je me demande souvent d’où est venue l’idée de la maquette à celle ou celui qui l’a créée. Et, au plus souvent, c’est de la boulechite. Par contre, dans Passagers, le vaisseau de croisière et hibernation me semble bien fait. En avançant, le vaisseau Avalon tourne autour de lui-même, afin de créer de la gravitation. Les espaces habitables se trouvent dans les trois ailes autour du rotor.

Je ne savais pas que l’hibernation humaine était effectivement à l’état de projet; je croyais que ça tenait davantage de la fiction non-scientifique. Je vois que la compagnie SpaceWorks, qui travaille pour la NASA, bosse là-dessus.

Mais ce pourquoi j’apprécie ce film, c’est pour son anthropologie, qui reste très chrétienne.

Voici le fil conducteur du film, de mon point de vue. La Terre étant surpeuplée, la compagnie Homestead propose des voyages interstellaires, avec, à bord, des gens qui ont payé très cher, afin de coloniser une planète habitable. En effet, les gens lèguent à la compagnie Homstead tout ce qu’ils possèdent, dans l’espoir d’un nouveau départ dans la vie. Sauf que la planète habitable est très loin, et le voyage depuis la Terre dure 120 ans. Du coup, on met en hibernation l’équipage, ainsi que les passagers, et le vaisseau est en autonavigation par ordinateur. Parmi ces passagers se trouvent Jim, un ingénieur, ainsi qu’Aurora, une écrivaine qui pète dans la soie. Jim espère juste qu’il construirait une nouvelle maison sur la planète colonie, alors qu’Aurora espère passer quelque temps dans la colonie, puis revenir sur Terre; «ainsi j’aurai vécu 250 ans», dit-elle. La compagnie Homestead, en réalité, se fout pas mal des voyageurs et de la sécurité du convoie; de toute façon, puisque ça prend 120 ans pour faire le voyage, alors même si tout le monde périt en chemin, les responsables de Homestead seront déjà tous morts, après avoir empoché les biens des passagers. Une sorte de mentalité “après nous, le déluge”. Des erreurs de fonctionnement du vaisseau ne sont pas prévues, et les ordinateurs avec le logiciel de pilote automatique sont perçus comme infaillibles.

avalonMais voilà que tout ne se passe pas comme prévu; le vaisseau percute des astéroïdes, et cela endommage non seulement le vaisseau lui-même, mais aussi l’une des capsules d’hibernation, à savoir celle de Jim. En sortant de l’hibernation, Jim reçoit de l’ordinateur de la capsule l’info comme quoi le voyage touche à son terme, alors qu’il s’aperçoit que lui seul s’est réveillé, et qu’il n’avait été en hibernation que 30 ans, et que le vaisseau a encore 90 ans de parcours. En d’autres termes, il est condamné à passer le reste de son existence tout seul sur un vaisseau, et de mourir là avant d’arriver à destination.

Entre temps, il étudie les profils de quelques autres passagers se trouvant dans leurs capsules d’hibernation. Il lutte tout le temps avec la tentation de réveiller Aurora. Ceci reflète la nature humaine, telle que consignée dans Genèse 2: «Le Seigneur dit: “Il n’est pas bon que l’humain soit seul; créons-lui une aide semblable à lui”. Or Dieu avait aussi formé de la terre toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel […] Mais il ne se trouvait pas pour Adam d’aide semblable à lui. Alors Dieu […] forma une femme, et il la conduisit à Adam.» Mais il y a bel et bien tentation, car Jim sait que, s’il réveille Aurora, il le fera par égoïsme, et qu’Aurora sera condamnée à partager son sort à lui, et du coup de ne pas arriver à destination, mais de mourir en route, comme lui.

Or la tentation de Jim est aussi la tentation de tout un chacun d’entre nous. Au bord du suicide, il succombe à la tentation de réveiller Aurora, lui faisant croire que sa capsule à elle avait été défectueuse, comme la sienne, et ne lui dit pas la vérité. Jim met sa vie en danger à plusieurs reprises, pour réparer les différents problèmes du vaisseau, alors qu’Aurora est une je-m’en-foutiste, qui ne pense qu’à sa propre vie à elle. Jim révèle une nature humaine post-lapsarienne, mais en quête de grâce, en quête de rédemption. Aurora révèle un état d’âme démoniaque, un égocentrisme qui dépasse de très loin l’égoïsme initial de Jim. Entre autres, elle reproche à Jim de lui avoir volé la vie, mais elle est sur le point de vouloir réveiller elle-même sans scrupules d’autres personnes.

Entre temps, Gus, un membre de l’équipage se réveille aussi, à cause des erreurs techniques de sa capsule. Mais Gus est mourant. Il est très altruiste, et confie à Jim et Aurora le sauvetage du vaisseau. Gus meurt, mais sa mort réconcilie les deux autres personnages. Jim suppose qu’il doit sacrifier sa vie pour réparer le vaisseau par l’extérieur, mais n’hésite pas à le faire. Il est effectivement en mort clinique, mais Aurora le réanime, et ainsi il revit.

Le film finit avec le réveil de l’équipage, 88 ans plus tard, avant l’arrivée à destination. Sur le grand hall du vaisseau, on voit une maisonnette construite par Jim, de l’herbe, des poules, et le livre écrit par Aurora pour les informer des péripéties qui ont eu lieu pendant le voyage.

On voit dans le film des histoires d’auto-rédemption partielle (Jim, Aurora). Mais l’idée de sauver la vie de la totalité des passagers en donnant la sienne est omniprésente. Rétrospectivement, on sait que, si la capsule de Jim n’avait pas été défectueuse, il ne se serait pas réveillé, et le vaisseau aurait péri. Si Jim n’avait pas réveillé Aurora, sans elle il n’aurait pas su sauver le vaisseau. Si Gus n’avait pas fait sa brève apparition, à nouveau Jim et Aurora n’auraient pas pu sauver le vaisseau. Donc felix culpa à plusieurs reprises!

Les personnages critiquent beaucoup les agissement de la compagnie Homestead, et démontrent que la machine est impuissante toute seule, et qu’une présence humaine est nécessaire!

 

arrival_calvinistSuite à la recommandation du père Bosco Peters, nous avons décidé d’aller voir le film Premier contact. Dans cet article, je fais une petite critique de ce film.

Du point de vue cinématographique, je trouve génial que leurs extraterrestres soient des heptapodes. J’en ai marre de la littérature où les extraterrestres ressemblent physiquement très fort aux terriens, avec tête, cou, deux yeux, deux jambes, etc., et où seulement leurs têtes (ou leurs oreilles, ou leurs poils) sont un peu plus grands que les nôtres. Même un gamin a plus d’imagination que ça. Ici, par contre, avec les heptapodes, c’est enfin réussi! De même, dans un univers cinématographique tellement sexiste, où les héros sont toujours des mecs, alors que les personnages féminins jouent des rôles misérabilistes, je trouve qu’ici on a une femme héroïne dans le film.

Cependant, des points de vue littéraire et théologique, je trouve que ce film est un grand désastre, comme suit.

Premier contact suppose que les humains, écrivant de façon linéaire, ont juste une vision linéaire du temps; les heptapodes, écrivant circulairement, auraient une vision non-linéaire du temps, qui permet aux personnages d’avoir des prolepses à la place des souvenirs. De ce fait, en réalité, les personnages sont des prisonniers du hasard; non seulement ils savent ce qui va arriver, mais du coup ils ne peuvent pas modifier leurs actions futures. Les prolepses les aident à savoir ce qu’ils doivent faire et dire à l’avenir. Par exemple, les heptapodes viennent sur terre, parce qu’ils savent à l’avance qu’ils auraient besoin de l’aide des terriens 3000 ans plus tard; la héroïne sait qu’elle aura un mari qui la quittera, qu’elle aura une fille atteinte d’une maladie rare qui la fera mourir tôt, mais elle ne sait pas empêcher que cela se produise.

Tout d’abord, les anciens avaient une vision cyclique du temps. Sous inspiration divine, le peuple hébreu révolutionna ce concept, en disant: «Au commencement, Dieu créa…» Quel commencement? Ben oui, car les antiques avaient du mal à comprendre cette notion. Les Hébreux inventèrent l’histoire. Ainsi, le christianisme fait nettement la différence entre Dieu, qui est au-delà de l’espace-temps, et la création, qui s’inscrit dans l’espace-temps. La création commence par la création de l’espace-temps, comme cadre de celle-ci. Donc Premier contact nous mène quatre mille ans en arrière!

Sur le plan éthique-philosophique-théologique, le film est donc un calvinisme pur et dur. Calvin affirmait – et la moitié des États-Uniens, tout comme certains musulmans – que Dieu choisit d’avance les actes de tout un chacun, et que de ce fait, le libre-arbitre n’existe pas, mais Dieu prédestine les uns aux le bonheur éternel, et les autres à la damnation éternelle.

Le film s’appuie sur l’hypothèse de Sapir-Whorf, mais cette hypothèse est contredite pas les faits. On arrive pour la seconde fois au calvinisme, car les calvinistes utilisent le mécanisme Sapir-Whorf pour parler de l’Eucharistie: pour eux, le pain et le vin ne sont pas objectivement corps et sang du Christ, mais éventuellement subjectivement, dans la mesure où le sujet les considère nominalement comme étant corps et sang du Christ. Dans Premier contact, il y a trois erreurs flagrantes à ce niveau.

giphy1. La héroïne – présumée linguïste – et son futur mari disent que notre vision linéaire du temps serait due à notre façon linéaire d’écrire, alors que l’écriture heptapodienne est circulaire. «Imagine-toi comment il serait d’écrire en même temps avec deux mains: avec la gauche vers la droite, et avec la droite vers la gauche.» Cette idée est fausse, non seulement parce que l’histoire a été inventée avant l’écriture, mais aussi parce que, dans les faits, les langages des signes ne sont pas linéaires, mais “ronds”, comme l’écriture heptapodienne. Les sourds écrivent «en même temps avec deux mains», et pourtant, ils n’ont pas une vision heptapodienne du temps; encore moins arrivent-ils à deviner l’avenir.

2. Il y a des langues, notamment les langues asiatiques, qui n’ont pas les temps passé, présent, futur. En vietnamien, par exemple, on utilise l’indicatif “présent” pour parler à la fois dans le passé et dans le futur, mais, plutôt que de donner une vision non-temporelle du monde, ces langues se trouvent mal à l’aise, et ont besoin d’utiliser énormément les adverbes de temps, pour suppléer au déficit. De même, le fait qu’en wallon on ait neuf mots pour la pluie – parce que chez nous il pleut tout le temps, et que du coup, nous savons catégoriser les différents types de pluie – ne change en rien la réalité des choses. Si un Wallon se promène dans son pays avec son invité aricain venu du Chili, ils succomberont tous les deux la même pluie pendant leur promenade, et l’expérience de la pluie sera virtuellement identique chez tous les deux, même si le second peut parler seulement de jallu en langue aymara, ou de lluvia en castillan, alors que le premier sait dire précisément s’il draxhe ou s’il mouzene ou sept autre termes de précipitation entre les deux. L’expérience, quant à elle, est indépendante des langues.

3. La héroïne apprend aux heptapodes l’anglais, alors qu’elle parle une multitude de langues. Si j’avais été à sa place, j’aurais appris aux visiteurs une langue dont la prononciation et la grammaire sont beaucoup moins dégénérées qu’en anglais (ou qu’en français, wallon etc.). Quelqu’un qui a l’ouïe différente de la nôtre aurait eu plus facile à apprendre l’italien, le latin, le russe, ou encore l’arabe ou l’hébreu. En aucun cas l’anglais.

Autrement dit, le film, tout en se prétendant linguïste, faillit grossièrement au niveau linguïstique. Un film qui pète beaucoup plus haut que son cul, et qui transpire de tous ses côtés l’hérésie du christianisme calviniste-américain.

Église catholique dans NT.

Deux choses que peu de gens savent à propos de la catholicité de l’Église: 1. Ce que ça signifie réellement; 2. Ça se trouve dans le Nouveau Testament.

Commençons par la second point. Dans Actes 9:31: Αἱ μὲν οὖν ἐκκλησίαι καθ’ ὅλης τῆς Ἰουδαίας καὶ Γαλιλαίας καὶ Σαμαρείας εἶχον εἰρήνην οἰκοδομούμεναι καὶ πορευόμεναι τῷ φόβῳ τοῦ Κυρίου καὶ τῇ παρακλήσει τοῦ ἁγίου Πνεύματος ἐπληθύνοντο. Dans d’autres codices: μὲν οὖν ἐκκλησία καθ’ ὅλης τῆς Ἰουδαίας etc.
catholicité

Voici les traductions en français:

Port-Royal: «Cependant l’Église était en paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie : et elle s’établissait, marchant dans la crainte du Seigneur, et était remplie de la consolation du Saint-Esprit.»

Martin: «Ainsi donc les Églises par toute la Judée, et la Galilée, et la Samarie avaient paix, étant édifiées, et marchant dans la crainte du Seigneur; et elles étaient multipliées par la consolation du Saint Esprit»

Osterwald: «Cependant les Églises étaient en paix par toute la Judée, la Galilée» etc.

Segond: «L’Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée» etc.

Tous les traducteurs regardent καθ’ ὅλης («selon l’entièreté») comme si c’était un déterminant des toponymies qui suivent. La traduction la plus littérale devrait donner ceci: «Les Églises (ou l’Église) selon l’entièreté, de la Judée, et de la Galilée» etc. Ce verset démontre que les premiers chrétiens parlaient déjà de leur «Église selon l’entièreté». On trouve l’expression chez les pères apostoliques, notamment chez saint Ignace d’Antioche (+107). Ceci veut dire qu’on ne peut pas traduire le Nouveau Testament en isolement par rapport aux écrits des pères apostoliques.

Donc on devrait traduire ainsi: «Les Églises catholiques de Judée, de la Galilée» etc.

gateau_suedois_vegetalienC’est ce qui nous amène au sens du mot «catholique». L’Église est locale, et chaque Église locale est l’Église catholique. La base de l’Église est l’Église locale. Une Église locale est, même en isolement, tout aussi catholique que n’importe quelle autre Église locale. C’est comme le morceau de gâteau. Un morceau contient en lui-même toute la plénitude du gâteau, même en isolement. Toutes les couches y sont, tous les éléments.

Ainsi l’Église de Judée, l’Église de Samarie etc. ont la catholicité en elles-mêmes, et non conditionnée par la soumission à un hypothétique suprême pontife.

Les Églises locales sont «selon l’entièreté», donc catholiques, parce que tous les éléments de l’Église y sont présents, comme dans le morceau de gâteau.

Jeux de mots araméens.

Il y a quelques années, les Roumains ont découvert une homélie du métropolite Anthème le Géorgien, où ce prélat citait un passage biblique, en disant qu’il était «plus facile que la corde entre par le chas d’une aiguille, qu’un riche n’entre dans le royaume de Dieu.» Le mot roumain utilisé par Anthème était funea. Après investigation, les biblistes roumains ont décidé qu’Anthème avait raison. Sauf que tout le monde est habitué à l’expression «faire passer un chameau par le chas d’une aiguille»! Heureusement, la langue roumaine a un faux-archaïsme, camil, qui signifie «ceinture», et qui semble dérivé d’un autre mot grec, κάμιλος, de sens proche, mais qui semble être dérivé directement des versets bibliques en question! En bref, afin de rendre le second sens de l’araméen ghimela, les Roumains ont trouvé un artifice, à savoir un mot phonétiquement proche de «chameau», et dérivé de celui-ci, mais dont le sens – largement inconnu – s’approche de l’idée de corde, contenue dans l’original oral en araméen.

Comment faire un tel artifice en français? Même si l’on arrivait à mieux rendre le sens de l’original oral araméen, on ne peut tout simplement pas rendre ces passages en français «la corde par le chas d’une aiguille.» Si l’on devait appliquer la méthode des Roumains, il nous faudrait en français un terme phonétiquement proche de «chameau», mais qui rendrait l’idée de corde. Les seuls mots qui me semblent correspondre plus ou moins à cette exigence sont: «camelot» et «chamoisine».

Un autre exemple est celui du jeu de mots que Jésus a dû avoir en araméen avec le passage concernant Abraham et les enfants d’Abraham. Ce passage est largement discuté ici. En gros, “esclave” et “faire” se disent ´abad, puis “père” se dit abba, et cela sonne comme Abraham. La Bible anglaise du roi Jacques essaie de conserver le jeu de mots, avec bondage et abide. Comment rendre alors en français ce jeu de mots? Avec «Notre abave, c’est Abraham […] Vous faites les œuvres de votre abave. Vous êtes les enfants du diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre abave.» De même, «abid» pour “esclave”, et «être habile» pour “faire”. C’est tiré par les cheveux, me diriez-vous. Je vous l’accorde.

Une autre chose intéressante, c’est le passage Luc 21:34 dans le manuscrit syrcur, qui se reflète plus ou moins bien dans la traduction de Port-Royal: «Prenez donc garde à vous, de peur que vos cœurs ne s’appesantissent par l’excès des viandes et du vin, et par les inquiétudes de cette vie, et que ce jour ne vienne tout d’un coup vous surprendre.»

Oreilles VS corps.

Souvent, dans les bibles modernes en langues vernaculaires, lorsque le Nouveau Testament cite l’Ancien, les citations sont inexactes. Cela est dû au fait que, la plupart du temps, ceux qui ont écrit le Nouveau Testament – c’est-à-dire l’Église primitive – utilisaient l’Ancien Testament dans sa version grecque des Septante (LXX), alors que les bibles modernes ont l’Ancien Testament traduit sur le texte massorétique.

L’une des erreurs que la Bible inclusive aura soin de corriger, ce sont ces citations. Lorsque l’assemblée entendra à l’office une première lecture (de l’AT), puis une seconde lecture citant la première, ce sera le même texte, étant donné qu’en grec (LXX et NT), il s’agit d’une seul et même texte.

Cependant, il y a quelques cas très curieux. Par exemple, l’histoire du psaume 39 (40) cité par l’épître aux Hébreux. La voici. Pour le peuple hébreu, lorsqu’un esclave était libéré, et que celui-ci ne voulait pas quitter son maître, le maître lui perçait l(es) oreille(s) : de ce fait, l’ex-esclave faisait partie de la famille de son ex-maître (Exode 21, Deutéronome 15).

De là, dans le psaume 39 (40), le psalmiste dit à Dieu : « ὠτία δὲ κατηρτίσω μοι » (« mais tu m’as fait des oreilles », leçon donnée en français également par la traduction de Pierre Giguet). C’est la leçon de la LXX que nous trouvons chez les pères de l’Église et dans le texte reçu, et elle correspond même avec le texte massorétique (« mais tu m’as percé les oreilles »). L’auteur de l’épître aux Hébreux, dans le chapitre 10, dit : « σῶμα δὲ κατηρτίσω μοι » (« mais tu m’as fait un corps »). La discordance entre “percer” et “faire” résulte d’une paronymie du texte hébreu (kanita/karita). Ici, l’opposition n’est pas entre le texte massorétique et la LXX, mais entre la LXX et l’auteur de l’épître aux Hébreux, qui a fait une traduction erronée sur le texte hébreu qu’il avait à sa disposition.

Que faire ? Récemment, certains ont essayé de corriger Hébreux sur le texte du psaume. Sauf que, dans ce cas, ils ont détruit l’argumentation de l’auteur de l’épître aux Hébreux (dont le but était de parler de l’incarnation dans ce passage). À l’autre extrême, comme je disais tantôt, la plupart des bibles modernes se contentent de la dissonance. Ainsi :

– Grande Bible anglaise : « mine ears hast thou opened » VS « a body hast thou ordained me »
– Bible du Roi Jacques : « mine ears hast thou opened » VS « a body hast thou prepared me »
– Bible Martin : « tu m’as percé les oreilles » VS « tu m’as approprié un corps »
– Bible Osterwald : « tu m’as percé les oreilles » VS « tu m’as formé un corps »
– Bible de Port-Royal : « vous m’avez donné des oreilles parfaites » VS « vous m’avez formé un corps »

Comment faire alors dans la Bible inclusive ?

Plutôt que de détruire l’argumentation de l’auteur de l’épître aux Hébreux, et plutôt que de donner deux leçons différentes en déshonorant l’auteur de l’épître aux Hébreux, je pense qu’il faudrait trouver une façon francophone de réconcilier les deux positions. Tout compte fait, l’auteur de l’épître aux Hébreux a dû faire face à une confusion. L’ambiguïté me semble la meilleure option.
Mais que mettre alors dans les deux passages ? Plusieurs idées me viennent en tête, mais aucune ne me semble tout à fait satisfaisante :

– « tu m’as creusé les membres »
– « tu m’as creusé la chair »
– « tu m’as creusé la conque » etc.

Rapport minoritaire?

Dans la commune de mes grands-parents, les femmes avaient l’habitude de copier (et traduire si nécessaire) des recettes de cuisine. Chaque ménagère avait ses cahiers de cuisine.

Supposons que, dans l’un de ces cahiers, peut-être le plus ancien du village, on ait trouvé cette phrase: «Prenez une boîte de margarine, trois poignées de farine, cinq tasses d’eau, de la cannelle, de la vanille, de la mélasse, de la poudre à lever et mélangez-les tous ensemble.» N’importe qui remarquerait que le pronom tous est au masculin, alors que tous les ingrédients sont au féminin. Logiquement, il faudrait qu’il y ait au moins un ingrédient masculin, pour que le groupe tout entier puisse être désigné au masculin. De même, les trois petits points suggèrent qu’effectivement il y manque quelque chose. Maintenant imaginez que dans tout le village, seuls 5 cahiers – dont celui réputé le plus ancien, dont la maîtresse serait décédée en 1950 – auraient cette anomalie, et que les 195 autres cahiers du village, compilés entre 1955 et 2015, auraient «un demi-kilo de sucre». Avec cet “ajout”, la phrase a du sens. Mais il y a mieux: certaines vieilles du dix-neuvième siècle, qui n’ont laissé aucun cahier culinaire, mais qui ont écrit des souvenirs de leur enfance, citent toutes cette recette avec “l’ajout” «un demi-kilo de sucre». Alors comment se fait-il que les cahiers minoritaires n’ont pas cet ajout? Ben, il est tout à fait possible que les cahiers majoritaires aient été copiés sur des cahiers encore plus anciens, du début du vingtième siècle, alors que le cahier de 1950 ait été copié sur un cahier corrompu.

Maintenant, imaginez-vous que des maisons d’édition publient un livre appelé «Recettes de cuisine de chez nous», et qu’ils basent cette recette-ci sur le cahier de 1950, sous prétexte que c’est le cahier le plus ancien. Imaginez-vous aussi qu’il y ait une dizaine d’autres recettes où dans la cahier de 1950 les doses de sucre soient plus basses, et que l’éditeur ait choisi, pour l’argument de l’ancienneté, le cahier de 1950, et qu’il se fout complètement du fait que sur beaucoup de pages ce cahier a d’autres lacunes, mais aussi du témoignage des femmes du dix-neuvième siècle. Ne trouveriez-vous pas cela troublant? Pensez-vous que l’éditeur aurait eu tort?

Cependant, c’est la méthodologie adoptée par toutes les éditions bibliques francophones modernes, qui, pour le Nouveau Testament, prennent les leçons corrompues des codices sinaïtique et vatican, considérés plus anciens, mais provenant de la même région (Haute-Égypte), mais en ignorant volontairement les leçons données par tous les autres codices, malgré que ceux-ci proviennent géographiquement du monde entier, et que toutes les citations bibliques des pères apostoliques et pères de l’Église sont conformes à ceux-ci. N’est-ce pas là une aberration?

Voici mon histoire personnelle avec deux des passages les plus importants:

I Timothée 3:16

Au séminaire, ce verset nous était présenté parmi les textes le plus forts en faveur de la divinité de Jésus Christ, et nous chantions (version ici) souvent ce verset comme antienne: «Il est grand, le mystère de la religion: Dieu s’est manifesté en chair, justifié en Esprit, a été vu des anges, prêché parmi les Gentils, cru dans le monde, s’est élevé dans la gloire.» Cette antienne se chante à la communion dans le rite byzantin, à certaines occasions, et avec le Magnificat ou avec le Benedictus le mercredi après l’Épiphanie dans certains usages occidentaux. Personnellement, j’y ai vu non seulement une preuve de la divinité du Christ, mais un texte trinitaire par excellence. Car c’est Dieu de Fils qui s’est manifesté en chair et élevé dans la gloire, mais plusieurs autres choses de ce verset font référence au Saint-Esprit et au Père.

Tout cela, jusqu’à ce que je tombe sur ce passage dans la BJ: «Oui, c’est incontestablement un grand mystère que celui de la piété : Il a été manifesté dans la chair, justifié dans l’Esprit, vu des anges, proclamé chez les païens, cru dans le monde, enlevé dans la gloire.» Le mot «Dieu» n’y est pas, mais il est remplacé par «il». Mais la note en bas de page nous rassure, en expliquant que le «il» se réfère à Dieu, car masculin, et non à «mystère» qui est un neutre.

À partir de ce moment, je croyais que dans notre antienne, «Dieu» fût une apposition absente du grec original, mais tout à fait justifié, étant donné que la plupart des langues modernes ne font pas de différence entre le neutre et le masculin, et que le lecteur devait être empêché de croire que «il» se réfère au «mystère». Mon Nouveau Testament bilingue, qui se trouve sur ma table de nuit, et dont je lis tous les soir avant de m’endormir, semblait confirmer ma supposition:

1_timothee_3_16

Comme vous voyez, le texte grec (mais basé sur le codex sinaïtique, chose que j’ignorais) parle du Dieu vivant au verset 15, qui est au masculin. Puis in début du verset 16 on a mystêrion au neutre, et enfin le pronom relatif hòs au masculin. Mais cela me satisfaisait déjà. Je me disais, cependant, qu’il fallait trouver en français une autre traduction, qui tînt compte de la phraséologie grecque; ainsi, le mot neutre mystêrion serait traduit par un féminin, et le tout donnerait quelque chose du genre: «… colonne et fondement de la vérité, l’Église du Dieu vivant (elle est grande, la mystérieusité de la foi): celui-ci s’est manifesté en chair…»

En réalité, je cherchais midi à quatorze heures!

J’ai par la suite appris que la plupart des manuscrits, pour dire «Dieu», n’écrivent pas θεός en toutes lettres, mais en abrégé ΘϚ, avec une barre au-dessus. La très pesante majorité des manuscrits ont bel et bien ΘϚ surligné ou θεός en cet endroit, alors qu’il n’y a que très peu qui ont ΟϚ.

Alors, il reste deux possibilités: soit l’original avait ΟϚ, et des scribes ont ajouté deux barres (une au-dessus, plus une au milieu du O, pour en faire un Θ); soit les deux barres ont disparu avec le temps. Je pense que la réponse se trouve dans le codex alexandrin: des témoins anciens (Adam Clarke, Charles-Godfrey Woide en 1737, John Berriman en 1741) attestent que le codex alexandrin avait les deux barres dans le passage en question, à leur époque. John Berriman a même écrit un livre, Θεὸς ἐφανερώθη ἐν σαρκὶ. Or, a Critical Dissertation upon I Tim. iii. 16, dans lequel il prédisait qu’avec le temps les deux barres disparaîtraient. Ce qui est le plus révoltant, c’est que, de nos jours, des traducteurs modernes citent le codex alexandrin en faveur de la leçon ΟϚ, alors même qu’on a la preuve du contraire.

Et puis, non seulement la liturgie – quels que soient les rites – mais aussi les Pères de l’Église citent I Timothée 3:16 avec la leçon θεός.

Et malgré cela, toutes les traductions modernes omettent la référence trinitaire de ce passage! La seule “preuve” en faveur de la leçon ΟϚ est la Vulgate latine de saint Jérôme, qui met tout le reste au neutre, pour dire que c’est «le sacrement de la foi» qui «s’est manifesté en chair». Ce n’est pas la première fois qu’une bêtise de la Vulgate est prise pour argent comptant!

I Jean 5:7

Au séminaire, on nous citait I Jean 5:7-8 comme preuve de la Trinité: «Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe, et le Saint-Esprit, et ces trois-là sont un.  Il y en a aussi trois qui rendent témoignage sur la terre: l’Esprit, l’eau, et le sang, et ces trois-là sont un.» Puis, dans ma BJ, j’ai trouvé le texte suivant: «Il y en a ainsi trois à témoigner : l’Esprit, l’eau, le sang, et ces trois tendent au même but.» Mon prof de NT me dit qu’aucun manuscrit grec n’avait la leçon trinitaire, et que cela provenait d’une note marginale de la Vulgate. Il finit par me dire que, si la leçon trinitaire dans ce verset avaient été authentique, les Pères de l’Église l’aurait citée, alors que, d’après mon prof, les Pères ne citent pas ce verset.

Une fois que j’ai découvert la fraude moderniste sur I Timothée 3:16, j’ai remis en question ce que je savais sur I Jean 5:7. D’ailleurs, mon NT de chevet avait la leçon trinitaire entre parenthèses en grec, ce qui démontre que ce texte-là ne vient pas du néant:

1_jean_5_7

Mais ce qui est le plus flagrant dans le texte grec, c’est que, si l’on omet la “parenthèse”, le texte est grammaticalement incorrect. Car l’article/pronom relatif hoi est un masculin pluriel, qui doit être utilisé si dans le groupe il y a au moins un élément masculin. (Comme en français, s’il y a un mec et nonante-neuf femmes dans un groupe, on dira quand même «ils» et non «elles».) Puis, étant donné que hoi a été utilisé une première fois pour le premier groupe, il est grammaticalement correct de l’utiliser pour le groupe suivant. Cependant, si l’on omet la “parenthèse”, les trois éléments qui restent, à savoir l’esprit (tò pneũma), l’eau (tò hýdôr) et le sang (tò haĩma) sont tous les trois au neutre. Dans ce cas l’auteur aurait dû utiliser non pas hoi, et hoi treĩs, mais plutôt et tà tría.

Donc le texte éclopé démontre par sa forme même qu’il est éclopé.

Il n’y a que six codices grecs qui ont la “parenthèse”. Cependant, le codex vatican contient ces trois petits points. De même, les Pères apostoliques et les Pères de l’Église, ainsi que toute l’hymnologie du rite byzantin, rendent témoignage de l’intégralité du passage avec la leçon trinitaire.

Cependant, le reste du chapitre est différent d’un manuscrit à l’autre (exemples ici).

Pour moi, l’erreur grammaticale du texte sans la “parenthèse” est une preuve suffisante et irréfutable de fait que le texte a été éclopé, et que la “parenthèse” fait partie de l’original. Mais alors, si la leçon trinitaire fait partie du texte d’origine, comment se fait-il que la plupart des manuscrits ne l’ont pas?

Méthode des hérétiques

heresie_jehovahIl suffit de taper un œil sur le site des soi-disant “témoins” de Jéhovah pour contempler la méthodologie des hérétiques: ils modifient sans vergogne un texte qui les gêne. Il n’est pas étonnant que tout le chapitre 5 de la première épître de saint Jean ait été chamboulé dans certains manuscrits, car dérangeant. Tout comme la succession apostolique que nous avons aujourd’hui est passée par des évêques ariens, de même, les manuscrits qui omettent la leçon trinitaire doivent dépendre du passage par l’époque arienne. À une certaine époque, les catholiques étaient très minoritaires, et les Ariens se trouvaient partout.

La Liturgie

Pour conclure, je réaffirme ceci: le juge suprême en matière d’Écritures saintes réside dans la liturgie. Si on a dans nos bibles autant de livres, avec autant de chapitres chacun, tout n’est qu’une question de réception des écritures par l’Église dans la liturgie. La Bible est un document de l’Église pour l’Église. Et comme l’Église se produit lors de l’Eucharistie, c’est l’endroit de prédilection de la réception des Écritures. I Timothée 3:16 trinitaire et I Jean 5:7 trinitaire font partie du bagage des Écritures reçues et transmises. Tout comme l’Église n’a ni reçu ni transmis l’évangile apocryphe selon Thomas, de même, l’Église n’a ni reçu ni transmis les codices sinaïtique et vatican.

Si la plupart des Églises, dès le début, utilisaient des traductions du Nouveau Testament, néanmoins, ce sont les Églises grecques de rite byzantin qui ont transmis, depuis les apôtres et jusqu’à nos jours, le Nouveau Testament en langue d’origine, grecque. Voilà pourquoi seuls les codices de la famille byzantine constituent le dépôt du texte reçu.

Lorsque l’on a publié de nouveaux Nouveaux Testaments grecs, basés sur les codices vatican et sinaïtique, on a proposé au monde un texte non-reçu, non-transmis. Voilà pourquoi toute traduction en d’autres langues devrait se faire à partir du Nouveau Testament de type byzantin.

Bible anglicane en français.

On parle souvent de bibles “catholiques” et “protestantes” en français. On connaît très bien la bible anglicane dite «du roi Jacques» (King James) ou «autorisée», de 1611. Mais peu de gens se demandent quelle version utilisent les anglicans francophones.

À vrai dire, les anglicans francophones de nos jours vivent dans beaucoup de pays très éloignés de l’Angleterre, et utilisent des bibles, “catholiques” et/ou “protestantes”, selon les cas.

Cependant, il existe une bible francophone éminemment anglicane, et il ne s’agit nullement de la soi-disant “King James française”, qui n’est qu’une traduction, par une seule personne, depuis l’anglais vers le français. Non.

bible_de_londresLa bible anglicane francophone dont je parle, c’est la Bible de Londres, de 1862. On peut la télécharger ici.

Les traducteurs – anglais et alsaciens – ont réussi à produire un texte qui semble être une révision des versions protestantes de David Martin et Frédéric Osterwald, mais en parfait accord avec la Bible anglophone du roi Jacques. Voici ses points positifs:

  • Pour le Nouveau Testament, elle utilise – à l’instar de la bible du roi Jacques – comme source le texte reçu. Ainsi, c’est un vrai plaisir d’y retrouver les leçons orthodoxes «Dieu a été manifesté en chair» (I Timothée 3:16), la clause johannique de I Jean 5:7 etc.
  • Le tétragramme est rendu ainsi: «Le SEIGNEUR», comme en grec et comme dans la plupart des langues, contrairement aux bibles protestantes (qui ont «l’Éternel») et contrairement à la BJ (qui a «Yahvé»).
  • À l’instar de la bible de roi Jacques, et à un degré beaucoup plus élevé que les bibles dites “catholiques”, la Bible de Londres contient «évêque», «diacre» et quasi toute la terminologie théologique catholique.

Par contre, elle a quelques points négatifs:

  • Les livres deutéro-canoniques n’y sont pas, à cause du financement protestant de l’édition. Le lectionnaire du Book of Common Prayer, par contre, exige la lecture des livres deutéro-canoniques juste avant le temps de l’Avent, ce qui a rendu la Bible de Londres inutilisable voire indésirable dans les églises.
  • L’Ancien Testament est traduit sur le texte massorétique, non pas sur la Septante.

Malgré ses inconvénients, je recommande vivement cette version. J’ai eu le plaisir de comparer, verset par verset, l’Évangile selon Jean, le livre d’Isaïe, et les psaumes, dans cette version de Londres, avec les versions Martin, Osterwald, et Port-Royal. Ma conclusion est qu’elle a davantage en commun avec Port-Royal qu’avec les deux autres.

Et puis, le Book of Common Prayer anglican francophone, publié à Londres sous le nom «Le Livre des prières publiques», tire tous ces textes scripturaires de la bible de Londres.

Notre-Père et les sept sacrements.

Hier soir, je me suis souvenu du commentaire de saint Jean Chrysostome, qui interprétait « le pain » du Notre-Père comme étant l’Eucharistie. À partir de là, je me suis rendu compte qu’en effet non seulement cette pétition-là, mais toutes les sept, dans l’oraison dominicale, pourraient être interprétées en référence avec les sept sacrements.

Je ne sais pas si d’autres ont eu ces mêmes pensées avant moi, mais les voici.

sacre_episcopal« Que ton nom soit sanctifié. » Cela peut se référer à la prêtrise. Dans l’Ancien Testament, le nom de Yahvé était prononcé par le souverain sacrificateur une fois par an. De même, c’est lors de sa révélation à Moïse que Yahvé prononce son propre nom, autant au buisson ardent que sur la montagne. On voit donc une relation entre le nom de Dieu et le ministère. Mais dans le Nouveau Testament, c’est par les ministères de l’Église que les moyens de grâce nous parviennent. Lorsque le prêtre ou l’évêque préside in persona Christi, Dieu manifeste sa présence sacramentelle pour son peuple et dans son peuple. C’est ainsi que son nom peut se sanctifier, et c’est ainsi que s’accomplit ce qui est écrit : « Soyez saints, comme je suis saint. »

« Que ton règne vienne. » L’Église est déjà, d’une certaine manière, l’avénement du royaume de Dieu. Mais c’est par le baptême que nous devenons membres de l’Église. Même si, de façon dynamique, c’est dans l’Eucharistie que l’Église se constitue, néanmoins, de manière statique, c’est par le baptême que l’Église se multiplie sur la terre. Le règne de Dieu se manifeste, pour la première fois, à chaque humain, lors de son baptême.

 

mariage« Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel. » Combien de fois nous disons ces mots, mais dans notre for intérieur nous demandons que notre volonté soit faite, et non pas celle de Dieu ! Le Christ, étant Dieu parfait et humain parfait, a deux volontés : une humaine, une divine. À Getsemani, il pria le Père : « Que ta volonté soit faite, non pas la mienne. » (Luc 22:42) Or, c’est en gardant en tête qu’il devait racheter son Église, qu’il conforma sa volonté humaine à sa volonté divine. « Or la volonté de mon Père qui m’a envoyé est que je ne perde aucun de tous ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. » (Jean 6:39) C’est dans le sacrement du mariage que nous apprenons, au plus souvent, la volonté de Dieu. C’est par sa femme Zeresch que Haman apprit la volonté de Dieu : «Si Mardochée, devant lequel tu as commencé de tomber, est de la race des Juifs, tu ne pourras rien contre lui, mais tu tomberas devant lui.» (Esther 6:13) C’est par sa femme que Pilate apprit aussi la vérité sur Jésus. (Matthieu 27:19)

« Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien/essentiel. » Comme les Pères de l’Église l’ont vu et expliqué, il s’agit de l’Eucharistie.

 

 

« Remets-nous nos dettes », ou « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » C’est dans le sacrement de la pénitence que nous recevons l’absolution. Avant de recevoir l’absolution, il nous est demandé d’avoir pardonné aux autres, et de ne pas être querellés avec les autres.

 

« Et ne nous soumets pas à la tentation. » C’est le sacrement de la chrismation/confirmation qui nous est conféré pour nous aider dans le combat spirituel. L’Esprit-Saint  nous est donné de façon particulière dans la confirmation, et c’est lui « la force d’en haut ». Comme dit la séquence à l’Esprit-Saint : « Sans ton aide et ta bonté / De vrais biens l’homme est privé, / Et demeure en son péché. // […] Fais fléchir notre raideur, / Oh, réchauffe nos froideurs, / Et redresse les erreurs. »

 

« Mais délivre-nous du mal. » L’onction des malades non seulement remet au souffrant ses péchés véniels, mais elle le soulage dans tout mal, physique et spirituel, dans lequel il se trouve. Le mal peut être également la maladie, et dans de nombreux cas, c’est par le sacrement de l’onction des malades que Dieu a guéri les gens.

Lambeth 1920.

La conférence de Lambeth de 1920 des évêques anglicans du monde entier (photo ci-contre) a lancé un appel à la chrétienté entière, en vue de l’unité de l’Église du Christ en une communion. Bien entendu, ces évêques anglicans considéraient que cette ré-union des chrétiens devait se faire autour des 4 points surnommés le “quadrilatère de Lambeth”: 1. les saintes écritures; 2. le credo de Nicée-Constantinople, 3. le baptême et l’Eucharistie; 4. l’épiscopat dans la succession apostolique.

L’histoire a donné raison à cette conférence de Lambeth de 1920, car, de nos jours, plusieurs Églises sont en pleine communion les unes avec les autres, sur base de ces 4 principes.

Le plus épineux, quand même, a été le 4ème. Comment convaincre des protestants d’adopter l’épiscopat catholique?

Toutefois, ces évêques anglicans ont été très prudents quant à des ministres protestants qui auraient été en-dehors de la succession apostolique. C’est pourquoi ils écrivirent:

We believe that for all, the truly equitable approach to union is by way of mutual deference to one another’s consciences. To this end, we who send forth this appeal would say that if the authorities of other Communions should so desire, we are persuaded that, terms of union having been otherwise satisfactorily adjusted, bishops and clergy of our Communion would willingly accept from these authorities a form of commission or recognition which would commend our ministry to their congregations, as having its place in the one family life. It is not in our power to know how far this suggestion may be acceptable to those to whom we offer it. We can only say that we offer it in all sincerity as a token of our longing that all ministries of grace, theirs and ours, shall be available for the service of our Lord in a united church.It is our hope that the same motive would lead ministers who have not received it to accept a commission through episcopal ordination, as obtaining for them a ministry throughout the whole fellowship.

In so acting no one of us could possibly be taken to repudiate his past ministry. God forbid that any man should repudiate a past experience rich in spiritual blessings for himself and others. Nor would any of us be dishonouring the Holy Spirit of God, whose call led us all to our several ministries, and whose power enabled us to perform them. We shall be publicly and formally seeking additional recognition of a new call to wider service in a reunited Church, and imploring for ourselves God’s grace and strength to fulfil the same.

Nous croyons que pour tous, l’approche qui serait la plus équitable pour tous, en vue de l’union, serait le respect mutuel des consciences. Pour ce faire, en lançant cet appel, nous dirions que, pour autant que les autorités des autres communions le désirent, nous sommes persuadés que, après ajustement des termes des accords de pleine communion, les évêques et le clergé de notre communion voudraient bien accepter de la part de ces autorités une forme de nomination ou de reconnaissance, par laquelle notre ministère serait recommandé à leurs communautés, comme faisant partie de la même famille. Il n’est pas en notre pouvoir de savoir jusqu’à quel point cette proposition serait acceptée par ceux à qui nous voulons l’offrir. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que nous la proposons en toute sincérité en signe de notre désir que tous les ministères de la grâce, les leurs comme les nôtres, soient au service du Seigneur dans une Église unifiée.

Ce faisant, aucun d’entre nous ne serait amené à répudier son ministère du passé. Que Dieu préserve qui que ce soit de répudier une expérience passée, riche de bénédictions spirituelles pour lui et pour les autres. Nous ne voudrions pas non plus déshonorer le Saint-Esprit de Dieu, dont l’appel nous a tous menés à nos divers ministères, et qui nous a donné la force de les exercer. Publiquement et officiellement, nous chercherons davantage que l’on reconnaisse que Dieu nous appelle à un service plus élargi dans une Église réunie, en lui demandant la grâce et la force pour pouvoir l’accomplir.

Lambeth-Conference-1920

Je trouve intéressant tout cela. D’une part, les évêques de la conférence de Lambeth de 1920 tenaient fort à la succession apostolique. Mais, au lieu de faire comme la papauté – qui, quant à elle, déclarait «nuls et non-avenus» les ministères de ceux qu’elle détestait – au contraire, ces évêques anglicans tâchaient à pouvoir reconnaître l’authenticité du ministère des autres, même en-dehors de la succession apostolique!

Ce que Rome a toujours fait des convertis, c’est qu’elle les a humiliés publiquement à travers des réordinations. Même des gars comme Newman. Par exemple, c’est grâce à son ministère de prêtre que Newman est arrivé à ses conclusions; et en l’agrégeant à son troupeau, la papauté réordonne Newman et comme diacre, et comme prêtre.

Mais ça, ce n’est pas la voie de l’orthodoxie, mais la voie de l’orgueil.

René Girard et la Passion du Christ.

C. vient de me montrer une analyse du film La Passion du Christ, par René Girard, le philosophe qui vient de décéder. Je n’ai jamais été un grand fan de René Girard, mais son texte le semble excellent, surtout lorsqu’il parle de la décadence de l’art moderne.

Le voici.