Oreilles VS corps.

Souvent, dans les bibles modernes en langues vernaculaires, lorsque le Nouveau Testament cite l’Ancien, les citations sont inexactes. Cela est dû au fait que, la plupart du temps, ceux qui ont écrit le Nouveau Testament – c’est-à-dire l’Église primitive – utilisaient l’Ancien Testament dans sa version grecque des Septante (LXX), alors que les bibles modernes ont l’Ancien Testament traduit sur le texte massorétique.

L’une des erreurs que la Bible inclusive aura soin de corriger, ce sont ces citations. Lorsque l’assemblée entendra à l’office une première lecture (de l’AT), puis une seconde lecture citant la première, ce sera le même texte, étant donné qu’en grec (LXX et NT), il s’agit d’une seul et même texte.

Cependant, il y a quelques cas très curieux. Par exemple, l’histoire du psaume 39 (40) cité par l’épître aux Hébreux. La voici. Pour le peuple hébreu, lorsqu’un esclave était libéré, et que celui-ci ne voulait pas quitter son maître, le maître lui perçait l(es) oreille(s) : de ce fait, l’ex-esclave faisait partie de la famille de son ex-maître (Exode 21, Deutéronome 15).

De là, dans le psaume 39 (40), le psalmiste dit à Dieu : « ὠτία δὲ κατηρτίσω μοι » (« mais tu m’as fait des oreilles », leçon donnée en français également par la traduction de Pierre Giguet). C’est la leçon de la LXX que nous trouvons chez les pères de l’Église et dans le texte reçu, et elle correspond même avec le texte massorétique (« mais tu m’as percé les oreilles »). L’auteur de l’épître aux Hébreux, dans le chapitre 10, dit : « σῶμα δὲ κατηρτίσω μοι » (« mais tu m’as fait un corps »). La discordance entre “percer” et “faire” résulte d’une paronymie du texte hébreu (kanita/karita). Ici, l’opposition n’est pas entre le texte massorétique et la LXX, mais entre la LXX et l’auteur de l’épître aux Hébreux, qui a fait une traduction erronée sur le texte hébreu qu’il avait à sa disposition.

Que faire ? Récemment, certains ont essayé de corriger Hébreux sur le texte du psaume. Sauf que, dans ce cas, ils ont détruit l’argumentation de l’auteur de l’épître aux Hébreux (dont le but était de parler de l’incarnation dans ce passage). À l’autre extrême, comme je disais tantôt, la plupart des bibles modernes se contentent de la dissonance. Ainsi :

– Grande Bible anglaise : « mine ears hast thou opened » VS « a body hast thou ordained me »
– Bible du Roi Jacques : « mine ears hast thou opened » VS « a body hast thou prepared me »
– Bible Martin : « tu m’as percé les oreilles » VS « tu m’as approprié un corps »
– Bible Osterwald : « tu m’as percé les oreilles » VS « tu m’as formé un corps »
– Bible de Port-Royal : « vous m’avez donné des oreilles parfaites » VS « vous m’avez formé un corps »

Comment faire alors dans la Bible inclusive ?

Plutôt que de détruire l’argumentation de l’auteur de l’épître aux Hébreux, et plutôt que de donner deux leçons différentes en déshonorant l’auteur de l’épître aux Hébreux, je pense qu’il faudrait trouver une façon francophone de réconcilier les deux positions. Tout compte fait, l’auteur de l’épître aux Hébreux a dû faire face à une confusion. L’ambiguïté me semble la meilleure option.
Mais que mettre alors dans les deux passages ? Plusieurs idées me viennent en tête, mais aucune ne me semble tout à fait satisfaisante :

– « tu m’as creusé les membres »
– « tu m’as creusé la chair »
– « tu m’as creusé la conque » etc.

Rapport minoritaire?

Dans la commune de mes grands-parents, les femmes avaient l’habitude de copier (et traduire si nécessaire) des recettes de cuisine. Chaque ménagère avait ses cahiers de cuisine.

Supposons que, dans l’un de ces cahiers, peut-être le plus ancien du village, on ait trouvé cette phrase: «Prenez une boîte de margarine, trois poignées de farine, cinq tasses d’eau, de la cannelle, de la vanille, de la mélasse, de la poudre à lever et mélangez-les tous ensemble.» N’importe qui remarquerait que le pronom tous est au masculin, alors que tous les ingrédients sont au féminin. Logiquement, il faudrait qu’il y ait au moins un ingrédient masculin, pour que le groupe tout entier puisse être désigné au masculin. De même, les trois petits points suggèrent qu’effectivement il y manque quelque chose. Maintenant imaginez que dans tout le village, seuls 5 cahiers – dont celui réputé le plus ancien, dont la maîtresse serait décédée en 1950 – auraient cette anomalie, et que les 195 autres cahiers du village, compilés entre 1955 et 2015, auraient «un demi-kilo de sucre». Avec cet “ajout”, la phrase a du sens. Mais il y a mieux: certaines vieilles du dix-neuvième siècle, qui n’ont laissé aucun cahier culinaire, mais qui ont écrit des souvenirs de leur enfance, citent toutes cette recette avec “l’ajout” «un demi-kilo de sucre». Alors comment se fait-il que les cahiers minoritaires n’ont pas cet ajout? Ben, il est tout à fait possible que les cahiers majoritaires aient été copiés sur des cahiers encore plus anciens, du début du vingtième siècle, alors que le cahier de 1950 ait été copié sur un cahier corrompu.

Maintenant, imaginez-vous que des maisons d’édition publient un livre appelé «Recettes de cuisine de chez nous», et qu’ils basent cette recette-ci sur le cahier de 1950, sous prétexte que c’est le cahier le plus ancien. Imaginez-vous aussi qu’il y ait une dizaine d’autres recettes où dans la cahier de 1950 les doses de sucre soient plus basses, et que l’éditeur ait choisi, pour l’argument de l’ancienneté, le cahier de 1950, et qu’il se fout complètement du fait que sur beaucoup de pages ce cahier a d’autres lacunes, mais aussi du témoignage des femmes du dix-neuvième siècle. Ne trouveriez-vous pas cela troublant? Pensez-vous que l’éditeur aurait eu tort?

Cependant, c’est la méthodologie adoptée par toutes les éditions bibliques francophones modernes, qui, pour le Nouveau Testament, prennent les leçons corrompues des codices sinaïtique et vatican, considérés plus anciens, mais provenant de la même région (Haute-Égypte), mais en ignorant volontairement les leçons données par tous les autres codices, malgré que ceux-ci proviennent géographiquement du monde entier, et que toutes les citations bibliques des pères apostoliques et pères de l’Église sont conformes à ceux-ci. N’est-ce pas là une aberration?

Voici mon histoire personnelle avec deux des passages les plus importants:

I Timothée 3:16

Au séminaire, ce verset nous était présenté parmi les textes le plus forts en faveur de la divinité de Jésus Christ, et nous chantions (version ici) souvent ce verset comme antienne: «Il est grand, le mystère de la religion: Dieu s’est manifesté en chair, justifié en Esprit, a été vu des anges, prêché parmi les Gentils, cru dans le monde, s’est élevé dans la gloire.» Cette antienne se chante à la communion dans le rite byzantin, à certaines occasions, et avec le Magnificat ou avec le Benedictus le mercredi après l’Épiphanie dans certains usages occidentaux. Personnellement, j’y ai vu non seulement une preuve de la divinité du Christ, mais un texte trinitaire par excellence. Car c’est Dieu de Fils qui s’est manifesté en chair et élevé dans la gloire, mais plusieurs autres choses de ce verset font référence au Saint-Esprit et au Père.

Tout cela, jusqu’à ce que je tombe sur ce passage dans la BJ: «Oui, c’est incontestablement un grand mystère que celui de la piété : Il a été manifesté dans la chair, justifié dans l’Esprit, vu des anges, proclamé chez les païens, cru dans le monde, enlevé dans la gloire.» Le mot «Dieu» n’y est pas, mais il est remplacé par «il». Mais la note en bas de page nous rassure, en expliquant que le «il» se réfère à Dieu, car masculin, et non à «mystère» qui est un neutre.

À partir de ce moment, je croyais que dans notre antienne, «Dieu» fût une apposition absente du grec original, mais tout à fait justifié, étant donné que la plupart des langues modernes ne font pas de différence entre le neutre et le masculin, et que le lecteur devait être empêché de croire que «il» se réfère au «mystère». Mon Nouveau Testament bilingue, qui se trouve sur ma table de nuit, et dont je lis tous les soir avant de m’endormir, semblait confirmer ma supposition:

1_timothee_3_16

Comme vous voyez, le texte grec (mais basé sur le codex sinaïtique, chose que j’ignorais) parle du Dieu vivant au verset 15, qui est au masculin. Puis in début du verset 16 on a mystêrion au neutre, et enfin le pronom relatif hòs au masculin. Mais cela me satisfaisait déjà. Je me disais, cependant, qu’il fallait trouver en français une autre traduction, qui tînt compte de la phraséologie grecque; ainsi, le mot neutre mystêrion serait traduit par un féminin, et le tout donnerait quelque chose du genre: «… colonne et fondement de la vérité, l’Église du Dieu vivant (elle est grande, la mystérieusité de la foi): celui-ci s’est manifesté en chair…»

En réalité, je cherchais midi à quatorze heures!

J’ai par la suite appris que la plupart des manuscrits, pour dire «Dieu», n’écrivent pas θεός en toutes lettres, mais en abrégé ΘϚ, avec une barre au-dessus. La très pesante majorité des manuscrits ont bel et bien ΘϚ surligné ou θεός en cet endroit, alors qu’il n’y a que très peu qui ont ΟϚ.

Alors, il reste deux possibilités: soit l’original avait ΟϚ, et des scribes ont ajouté deux barres (une au-dessus, plus une au milieu du O, pour en faire un Θ); soit les deux barres ont disparu avec le temps. Je pense que la réponse se trouve dans le codex alexandrin: des témoins anciens (Adam Clarke, Charles-Godfrey Woide en 1737, John Berriman en 1741) attestent que le codex alexandrin avait les deux barres dans le passage en question, à leur époque. John Berriman a même écrit un livre, Θεὸς ἐφανερώθη ἐν σαρκὶ. Or, a Critical Dissertation upon I Tim. iii. 16, dans lequel il prédisait qu’avec le temps les deux barres disparaîtraient. Ce qui est le plus révoltant, c’est que, de nos jours, des traducteurs modernes citent le codex alexandrin en faveur de la leçon ΟϚ, alors même qu’on a la preuve du contraire.

Et puis, non seulement la liturgie – quels que soient les rites – mais aussi les Pères de l’Église citent I Timothée 3:16 avec la leçon θεός.

Et malgré cela, toutes les traductions modernes omettent la référence trinitaire de ce passage! La seule “preuve” en faveur de la leçon ΟϚ est la Vulgate latine de saint Jérôme, qui met tout le reste au neutre, pour dire que c’est «le sacrement de la foi» qui «s’est manifesté en chair». Ce n’est pas la première fois qu’une bêtise de la Vulgate est prise pour argent comptant!

I Jean 5:7

Au séminaire, on nous citait I Jean 5:7-8 comme preuve de la Trinité: «Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe, et le Saint-Esprit, et ces trois-là sont un.  Il y en a aussi trois qui rendent témoignage sur la terre: l’Esprit, l’eau, et le sang, et ces trois-là sont un.» Puis, dans ma BJ, j’ai trouvé le texte suivant: «Il y en a ainsi trois à témoigner : l’Esprit, l’eau, le sang, et ces trois tendent au même but.» Mon prof de NT me dit qu’aucun manuscrit grec n’avait la leçon trinitaire, et que cela provenait d’une note marginale de la Vulgate. Il finit par me dire que, si la leçon trinitaire dans ce verset avaient été authentique, les Pères de l’Église l’aurait citée, alors que, d’après mon prof, les Pères ne citent pas ce verset.

Une fois que j’ai découvert la fraude moderniste sur I Timothée 3:16, j’ai remis en question ce que je savais sur I Jean 5:7. D’ailleurs, mon NT de chevet avait la leçon trinitaire entre parenthèses en grec, ce qui démontre que ce texte-là ne vient pas du néant:

1_jean_5_7

Mais ce qui est le plus flagrant dans le texte grec, c’est que, si l’on omet la “parenthèse”, le texte est grammaticalement incorrect. Car l’article/pronom relatif hoi est un masculin pluriel, qui doit être utilisé si dans le groupe il y a au moins un élément masculin. (Comme en français, s’il y a un mec et nonante-neuf femmes dans un groupe, on dira quand même «ils» et non «elles».) Puis, étant donné que hoi a été utilisé une première fois pour le premier groupe, il est grammaticalement correct de l’utiliser pour le groupe suivant. Cependant, si l’on omet la “parenthèse”, les trois éléments qui restent, à savoir l’esprit (tò pneũma), l’eau (tò hýdôr) et le sang (tò haĩma) sont tous les trois au neutre. Dans ce cas l’auteur aurait dû utiliser non pas hoi, et hoi treĩs, mais plutôt et tà tría.

Donc le texte éclopé démontre par sa forme même qu’il est éclopé.

Il n’y a que six codices grecs qui ont la “parenthèse”. Cependant, le codex vatican contient ces trois petits points. De même, les Pères apostoliques et les Pères de l’Église, ainsi que toute l’hymnologie du rite byzantin, rendent témoignage de l’intégralité du passage avec la leçon trinitaire.

Cependant, le reste du chapitre est différent d’un manuscrit à l’autre (exemples ici).

Pour moi, l’erreur grammaticale du texte sans la “parenthèse” est une preuve suffisante et irréfutable de fait que le texte a été éclopé, et que la “parenthèse” fait partie de l’original. Mais alors, si la leçon trinitaire fait partie du texte d’origine, comment se fait-il que la plupart des manuscrits ne l’ont pas?

Méthode des hérétiques

heresie_jehovahIl suffit de taper un œil sur le site des soi-disant “témoins” de Jéhovah pour contempler la méthodologie des hérétiques: ils modifient sans vergogne un texte qui les gêne. Il n’est pas étonnant que tout le chapitre 5 de la première épître de saint Jean ait été chamboulé dans certains manuscrits, car dérangeant. Tout comme la succession apostolique que nous avons aujourd’hui est passée par des évêques ariens, de même, les manuscrits qui omettent la leçon trinitaire doivent dépendre du passage par l’époque arienne. À une certaine époque, les catholiques étaient très minoritaires, et les Ariens se trouvaient partout.

La Liturgie

Pour conclure, je réaffirme ceci: le juge suprême en matière d’Écritures saintes réside dans la liturgie. Si on a dans nos bibles autant de livres, avec autant de chapitres chacun, tout n’est qu’une question de réception des écritures par l’Église dans la liturgie. La Bible est un document de l’Église pour l’Église. Et comme l’Église se produit lors de l’Eucharistie, c’est l’endroit de prédilection de la réception des Écritures. I Timothée 3:16 trinitaire et I Jean 5:7 trinitaire font partie du bagage des Écritures reçues et transmises. Tout comme l’Église n’a ni reçu ni transmis l’évangile apocryphe selon Thomas, de même, l’Église n’a ni reçu ni transmis les codices sinaïtique et vatican.

Si la plupart des Églises, dès le début, utilisaient des traductions du Nouveau Testament, néanmoins, ce sont les Églises grecques de rite byzantin qui ont transmis, depuis les apôtres et jusqu’à nos jours, le Nouveau Testament en langue d’origine, grecque. Voilà pourquoi seuls les codices de la famille byzantine constituent le dépôt du texte reçu.

Lorsque l’on a publié de nouveaux Nouveaux Testaments grecs, basés sur les codices vatican et sinaïtique, on a proposé au monde un texte non-reçu, non-transmis. Voilà pourquoi toute traduction en d’autres langues devrait se faire à partir du Nouveau Testament de type byzantin.

Bible anglicane en français.

On parle souvent de bibles “catholiques” et “protestantes” en français. On connaît très bien la bible anglicane dite «du roi Jacques» (King James) ou «autorisée», de 1611. Mais peu de gens se demandent quelle version utilisent les anglicans francophones.

À vrai dire, les anglicans francophones de nos jours vivent dans beaucoup de pays très éloignés de l’Angleterre, et utilisent des bibles, “catholiques” et/ou “protestantes”, selon les cas.

Cependant, il existe une bible francophone éminemment anglicane, et il ne s’agit nullement de la soi-disant “King James française”, qui n’est qu’une traduction, par une seule personne, depuis l’anglais vers le français. Non.

bible_de_londresLa bible anglicane francophone dont je parle, c’est la Bible de Londres, de 1862. On peut la télécharger ici.

Les traducteurs – anglais et alsaciens – ont réussi à produire un texte qui semble être une révision des versions protestantes de David Martin et Frédéric Osterwald, mais en parfait accord avec la Bible anglophone du roi Jacques. Voici ses points positifs:

  • Pour le Nouveau Testament, elle utilise – à l’instar de la bible du roi Jacques – comme source le texte reçu. Ainsi, c’est un vrai plaisir d’y retrouver les leçons orthodoxes «Dieu a été manifesté en chair» (I Timothée 3:16), la clause johannique de I Jean 5:7 etc.
  • Le tétragramme est rendu ainsi: «Le SEIGNEUR», comme en grec et comme dans la plupart des langues, contrairement aux bibles protestantes (qui ont «l’Éternel») et contrairement à la BJ (qui a «Yahvé»).
  • À l’instar de la bible de roi Jacques, et à un degré beaucoup plus élevé que les bibles dites “catholiques”, la Bible de Londres contient «évêque», «diacre» et quasi toute la terminologie théologique catholique.

Par contre, elle a quelques points négatifs:

  • Les livres deutéro-canoniques n’y sont pas, à cause du financement protestant de l’édition. Le lectionnaire du Book of Common Prayer, par contre, exige la lecture des livres deutéro-canoniques juste avant le temps de l’Avent, ce qui a rendu la Bible de Londres inutilisable voire indésirable dans les églises.
  • L’Ancien Testament est traduit sur le texte massorétique, non pas sur la Septante.

Malgré ses inconvénients, je recommande vivement cette version. J’ai eu le plaisir de comparer, verset par verset, l’Évangile selon Jean, le livre d’Isaïe, et les psaumes, dans cette version de Londres, avec les versions Martin, Osterwald, et Port-Royal. Ma conclusion est qu’elle a davantage en commun avec Port-Royal qu’avec les deux autres.

Et puis, le Book of Common Prayer anglican francophone, publié à Londres sous le nom «Le Livre des prières publiques», tire tous ces textes scripturaires de la bible de Londres.

Notre-Père et les sept sacrements.

Hier soir, je me suis souvenu du commentaire de saint Jean Chrysostome, qui interprétait « le pain » du Notre-Père comme étant l’Eucharistie. À partir de là, je me suis rendu compte qu’en effet non seulement cette pétition-là, mais toutes les sept, dans l’oraison dominicale, pourraient être interprétées en référence avec les sept sacrements.

Je ne sais pas si d’autres ont eu ces mêmes pensées avant moi, mais les voici.

sacre_episcopal« Que ton nom soit sanctifié. » Cela peut se référer à la prêtrise. Dans l’Ancien Testament, le nom de Yahvé était prononcé par le souverain sacrificateur une fois par an. De même, c’est lors de sa révélation à Moïse que Yahvé prononce son propre nom, autant au buisson ardent que sur la montagne. On voit donc une relation entre le nom de Dieu et le ministère. Mais dans le Nouveau Testament, c’est par les ministères de l’Église que les moyens de grâce nous parviennent. Lorsque le prêtre ou l’évêque préside in persona Christi, Dieu manifeste sa présence sacramentelle pour son peuple et dans son peuple. C’est ainsi que son nom peut se sanctifier, et c’est ainsi que s’accomplit ce qui est écrit : « Soyez saints, comme je suis saint. »

« Que ton règne vienne. » L’Église est déjà, d’une certaine manière, l’avénement du royaume de Dieu. Mais c’est par le baptême que nous devenons membres de l’Église. Même si, de façon dynamique, c’est dans l’Eucharistie que l’Église se constitue, néanmoins, de manière statique, c’est par le baptême que l’Église se multiplie sur la terre. Le règne de Dieu se manifeste, pour la première fois, à chaque humain, lors de son baptême.

 

mariage« Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel. » Combien de fois nous disons ces mots, mais dans notre for intérieur nous demandons que notre volonté soit faite, et non pas celle de Dieu ! Le Christ, étant Dieu parfait et humain parfait, a deux volontés : une humaine, une divine. À Getsemani, il pria le Père : « Que ta volonté soit faite, non pas la mienne. » (Luc 22:42) Or, c’est en gardant en tête qu’il devait racheter son Église, qu’il conforma sa volonté humaine à sa volonté divine. « Or la volonté de mon Père qui m’a envoyé est que je ne perde aucun de tous ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. » (Jean 6:39) C’est dans le sacrement du mariage que nous apprenons, au plus souvent, la volonté de Dieu. C’est par sa femme Zeresch que Haman apprit la volonté de Dieu : «Si Mardochée, devant lequel tu as commencé de tomber, est de la race des Juifs, tu ne pourras rien contre lui, mais tu tomberas devant lui.» (Esther 6:13) C’est par sa femme que Pilate apprit aussi la vérité sur Jésus. (Matthieu 27:19)

« Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien/essentiel. » Comme les Pères de l’Église l’ont vu et expliqué, il s’agit de l’Eucharistie.

 

 

« Remets-nous nos dettes », ou « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » C’est dans le sacrement de la pénitence que nous recevons l’absolution. Avant de recevoir l’absolution, il nous est demandé d’avoir pardonné aux autres, et de ne pas être querellés avec les autres.

 

« Et ne nous soumets pas à la tentation. » C’est le sacrement de la chrismation/confirmation qui nous est conféré pour nous aider dans le combat spirituel. L’Esprit-Saint  nous est donné de façon particulière dans la confirmation, et c’est lui « la force d’en haut ». Comme dit la séquence à l’Esprit-Saint : « Sans ton aide et ta bonté / De vrais biens l’homme est privé, / Et demeure en son péché. // […] Fais fléchir notre raideur, / Oh, réchauffe nos froideurs, / Et redresse les erreurs. »

 

« Mais délivre-nous du mal. » L’onction des malades non seulement remet au souffrant ses péchés véniels, mais elle le soulage dans tout mal, physique et spirituel, dans lequel il se trouve. Le mal peut être également la maladie, et dans de nombreux cas, c’est par le sacrement de l’onction des malades que Dieu a guéri les gens.

Lambeth 1920.

La conférence de Lambeth de 1920 des évêques anglicans du monde entier (photo ci-contre) a lancé un appel à la chrétienté entière, en vue de l’unité de l’Église du Christ en une communion. Bien entendu, ces évêques anglicans considéraient que cette ré-union des chrétiens devait se faire autour des 4 points surnommés le “quadrilatère de Lambeth”: 1. les saintes écritures; 2. le credo de Nicée-Constantinople, 3. le baptême et l’Eucharistie; 4. l’épiscopat dans la succession apostolique.

L’histoire a donné raison à cette conférence de Lambeth de 1920, car, de nos jours, plusieurs Églises sont en pleine communion les unes avec les autres, sur base de ces 4 principes.

Le plus épineux, quand même, a été le 4ème. Comment convaincre des protestants d’adopter l’épiscopat catholique?

Toutefois, ces évêques anglicans ont été très prudents quant à des ministres protestants qui auraient été en-dehors de la succession apostolique. C’est pourquoi ils écrivirent:

We believe that for all, the truly equitable approach to union is by way of mutual deference to one another’s consciences. To this end, we who send forth this appeal would say that if the authorities of other Communions should so desire, we are persuaded that, terms of union having been otherwise satisfactorily adjusted, bishops and clergy of our Communion would willingly accept from these authorities a form of commission or recognition which would commend our ministry to their congregations, as having its place in the one family life. It is not in our power to know how far this suggestion may be acceptable to those to whom we offer it. We can only say that we offer it in all sincerity as a token of our longing that all ministries of grace, theirs and ours, shall be available for the service of our Lord in a united church.It is our hope that the same motive would lead ministers who have not received it to accept a commission through episcopal ordination, as obtaining for them a ministry throughout the whole fellowship.

In so acting no one of us could possibly be taken to repudiate his past ministry. God forbid that any man should repudiate a past experience rich in spiritual blessings for himself and others. Nor would any of us be dishonouring the Holy Spirit of God, whose call led us all to our several ministries, and whose power enabled us to perform them. We shall be publicly and formally seeking additional recognition of a new call to wider service in a reunited Church, and imploring for ourselves God’s grace and strength to fulfil the same.

Nous croyons que pour tous, l’approche qui serait la plus équitable pour tous, en vue de l’union, serait le respect mutuel des consciences. Pour ce faire, en lançant cet appel, nous dirions que, pour autant que les autorités des autres communions le désirent, nous sommes persuadés que, après ajustement des termes des accords de pleine communion, les évêques et le clergé de notre communion voudraient bien accepter de la part de ces autorités une forme de nomination ou de reconnaissance, par laquelle notre ministère serait recommandé à leurs communautés, comme faisant partie de la même famille. Il n’est pas en notre pouvoir de savoir jusqu’à quel point cette proposition serait acceptée par ceux à qui nous voulons l’offrir. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que nous la proposons en toute sincérité en signe de notre désir que tous les ministères de la grâce, les leurs comme les nôtres, soient au service du Seigneur dans une Église unifiée.

Ce faisant, aucun d’entre nous ne serait amené à répudier son ministère du passé. Que Dieu préserve qui que ce soit de répudier une expérience passée, riche de bénédictions spirituelles pour lui et pour les autres. Nous ne voudrions pas non plus déshonorer le Saint-Esprit de Dieu, dont l’appel nous a tous menés à nos divers ministères, et qui nous a donné la force de les exercer. Publiquement et officiellement, nous chercherons davantage que l’on reconnaisse que Dieu nous appelle à un service plus élargi dans une Église réunie, en lui demandant la grâce et la force pour pouvoir l’accomplir.

Lambeth-Conference-1920

Je trouve intéressant tout cela. D’une part, les évêques de la conférence de Lambeth de 1920 tenaient fort à la succession apostolique. Mais, au lieu de faire comme la papauté – qui, quant à elle, déclarait «nuls et non-avenus» les ministères de ceux qu’elle détestait – au contraire, ces évêques anglicans tâchaient à pouvoir reconnaître l’authenticité du ministère des autres, même en-dehors de la succession apostolique!

Ce que Rome a toujours fait des convertis, c’est qu’elle les a humiliés publiquement à travers des réordinations. Même des gars comme Newman. Par exemple, c’est grâce à son ministère de prêtre que Newman est arrivé à ses conclusions; et en l’agrégeant à son troupeau, la papauté réordonne Newman et comme diacre, et comme prêtre.

Mais ça, ce n’est pas la voie de l’orthodoxie, mais la voie de l’orgueil.

René Girard et la Passion du Christ.

C. vient de me montrer une analyse du film La Passion du Christ, par René Girard, le philosophe qui vient de décéder. Je n’ai jamais été un grand fan de René Girard, mais son texte le semble excellent, surtout lorsqu’il parle de la décadence de l’art moderne.

Le voici.

Divinité du Christ.

Je viens de remarquer dans l’épître de ce dimanche (9e après la Pentecôte) un passage, que j’ignorais jusqu’à présent, qui démontre une fois de plus la divinité du Christ:

«Ne devenez point aussi idolâtres, comme quelques-uns d’eux, dont il est écrit: ‘‘Le peuple s’assit pour manger et pour boire, et ils se levèrent pour se divertir’’. Ne commettons point de fornication, comme quelques-uns d’eux commirent ce crime, pour lequel il y en eut vingt- trois mille qui furent frappés de mort en un seul jour. Ne tentons point le Christ, comme le tentèrent quelques-uns d’eux, qui furent tués par les serpents.» (I Corinthiens 10:7-9)

Ici, saint Paul rappelle quelques épisodes de l’Ancien Testament, à savoir la traversée du désert. Il fait écho aux passages suivants:

«Mais cependant tous les hommes qui ont vu l’éclat de ma majesté, et les miracles que j’ai faits dans l’Égypte et dans le désert, et qui m’ont déjà tenté dix fois, et n’ont point obéi à ma voix, ne verront point la terre que j’ai promise à leurs pères avec serment; et nul de ceux qui m’ont outragé par leurs paroles ne la verra.» Nombres 14:22-23

«Vous ne tenterez point le Seigneur, votre Dieu, comme vous l’avez tenté au lieu de la Tentation.» Deutéronome 6:1.

Donc, dans l’Ancien Testament il est question des Hébreux qui ont tenté le Seigneur (Yahvé) Dieu, alors que saint Paul parle du Christ; ce faisant, il dit sans équivoque que Jésus Christ est lui-même le Seigneur (Yahvé) Dieu!

Arja Askola et Jääskeläinen.

Il y a quelques jours, le métropolite orthodoxe de Helsingfors (Finlande), à savoir Ambrosius-Risto Jääskeläinen, présidait la Messe dans la cathédrale de la Dormition; il y a invité à l’autel l’évêque luthérienne de Helsingfors, à savoir Arja Askola, et a demandé aux diacres de la mentionner dans la litanie.

Malheureusement, le métropolite Jääskeläinen est en train de se faire taper sur les doigts.

Autre chose: Mgr Jääskeläinen et l’archimandrite John Paneleimon Manoussakis viennent également d’organiser un séminaire sur le mariage pour tous, en Finlande.

Bien entendu, des hérétiques sexistes et pélagiens qui arborent le mot «orthodoxe» en vain, aboient contre Mgr Jääskeläinen. C’est pourquoi, je pense qu’il serait bien d’envoyer des mots d’encouragement à celui qui est, à présent, le seul évêque progressiste dans les Églises dites orthodoxes. Voici son adresse:

Helsingfors stift
Kallviksuddsvägen 35
00980 Helsingfors
Finlande
metropoliitta.ambrosius(arobase)ort.fi

Métalleux et chrétiens modernes.

Lorsque, il y a une vingtaine d’années, j’ai appris que certains de mes profs croyaient en l’apocatastase, j’ai été profondément choqué. De nos jours, je rencontre de plus en plus de chrétiens qui nient toute notion d’enfer, même après le jugement dernier.

Quant à moi, je ne peux pas croire cela, pour les raisons suivantes:

1. La parabole du riche et du pauvre Lazare montre l’existence de l’enfer, même tout de suite après la mort, avant même le jugement dernier. Le fait que ce soit une parabole ne change rien. Toutes les paraboles de Jésus ont comme sujets des choses réelles.

2. L’apocatastase moderne est une négation du libre-arbitre.

3. L’apocatastase moderne montre un dieu qui ne sait pas faire de distinction entre le bien et le mal. Un tel dieu n’est pas le Dieu de la révélation.

Curieusement, ceux qui parlent le plus de l’enfer (en dehors des fondamentalistes chrétiens ou islamiques) sont les métalleux. Quel est le morceau liturgique le plus aimé par les métalleux? Dies iræ. Ma version préférée est celle de Dark Moor. Celle de Lacrimosa n’est pas mal non plus.

Belgo-catholique?

Mon premier contact, pourtant indirect, avec l’anglicanisme, je l’ai eu lorsque j’étais séminariste chez les orthodoxes byzantins. Le directeur du séminaire avait fait ses études à Oxford; le prêtre pédagogue nous racontait comment, au “bon vieux temps”, des prêtres anglicans avait rendu visite aux orthodoxes byzantin, et avaient célébré ensemble l’Eucharistie. Mais dans mon séminaire, tout le monde déplorait l’anglicanisme à cause des femmes prêtres.

Mon premier contact direct avec l’anglicanisme s’est fait ainsi. J’avais une amie bulgare qui allait à la Messe chez les anglicans de Bruxelles. Encouragé par l’exemple de Gene Robinson, j’ai décidé d’aller une fois à la Messe là-bas. J’ai été très impressionné par la façon dont on y a administré la communion: sous les deux espèces et à genoux au banc de communion.

Deux événements ont déclenché ma rupture avec le catholicisme-romain:

I. Le samedi 14 août 2004, lorsque la Messe catholique-romaine à laquelle j’ai participé a été totalement mariolatre. «Plus jamais ça!», me suis-je dit. Le 22 août 2004, à 14 heures, j’ai participé la deuxième fois à une Messe anglicane. Je ne croyais plus au modèle d’unité chrétienne offert par Rome.

II. Le doyen catholique-romain a lancé une pétition contre l’adoption des enfants par des couples de deux hommes ou deux femmes. Il m’a demandé de signer sa pétition, et de la présenter à des paroissiens. En âme et conscience, je n’ai pas signé, ni transmis la pétition, mais, au contraire, j’ai su que je n’avais pas de place chez les cathos-romains.

Je voulais une Église qui soit suffisamment “vétéro-protestante” pour affirmer le salut par la grâce seule et pour ne pas pratiquer des dévotions dangereuses. Mais je voulais aussi que cette Église soit enracinée dans les sacrements et qu’elle pratique l’inclusivité.

Nicolas et moi-même avons fréquenté les paroisses anglicanes d’Ixelles et Charleroi pendant plusieurs années. C’est en tombant sur le missel anglican – The Anglican Missal – que j’ai fait une grande découverte. Je m’explique. Depuis que je suis chrétien, je considérais que les Églises orientales avaient des choses à changer, notamment concernant la catéchisation et la participation des fidèles à la Messe (la forme), mais je n’ai jamais douté de l’authenticité (le fond) des rites orientaux. Par contre, j’avais l’impression que les rites occidentaux étaient inférieures au niveau du fond. Le jour où je suis tombé sur le missel anglican, j’ai compris que l’Occident était sur le même plan que l’Orient, dans la même Tradition, mais que les Occidentaux avait saccagé la liturgie.

Je suis désolé, mais les anaphores traditionnelles (orientales ou le canon romain), je ne peux pas les mettre sur le même plan que ldes prières eucharistiques créées selon le goût du jour au 20ème siècle. Une liturgie théocentrique, je ne peux pas la mettre sur le même plan qu’une performance où le prêtre se donne en spectacle. Les offertoires traditionnels, je ne peux pas les mettre sur le même plan que des bobards du Talmud. Je ne parle pas des exceptions; il peut y arriver qu’un groupe doive célébrer sans missel ou dans un cadre qui ne permettrait pas une célébration comme il faut.

C’est comme ça que je suis devenu un anglo-catholique. Un anglican traditionaliste.

Maintenant nous nous trouvons dans l’Union d’Utrecht. De ce fait, nous ne nous sommes pas séparés de la famille anglicane. Car, de par les accords de pleine communion, la famille anglicane va même au-delà de la Communion Anglicane; elle s’étend aux vieux-catholiques de l’Union d’Utrecht, mais aussi aux luthériens nordiques. Mais, étant vieux-catholique et belge, le terme «anglo-catholique» n’a plus beaucoup de sens; peut-être que celui de «belgo-catholique» serait plus approprié.

Être un responsable pastoral vieux-catholique n’est pas chose facile. Car il y a une énorme pression; on attend de vous d’être un « catholique-romain-Vatican-II » qui se permet tout, tout en essayant de rester au plus près de la papauté, si possible. «L’Église est une pute, mais elle est ma mère», dit saint Augustin.

Il y a deux points non-négociables chez moi:

1. L’Inclusivité. On pourrait essayer de me persuader, mais je ne reconnaîtrai jamais de différence ontologique entre les humains, quels que soient leurs sexe, genre, couleur etc. C’est une question doctrinale, christologique, qui touche à l’incarnation.

2. La Tradition. Je ne supporte pas la dictature de ceux qui imposent des textes fabriqués suite à leurs humeurs théologiques. Je préfère m’unir aux centaines de générations de chrétiens qui nous ont précédés. Richard Enraght, Arthur Tooth, T. Pelham Dale, Sidney Faithorn Green, James Bell Cox, Alexander Heriot Mackonochie et beaucoup d’autres confesseurs de la foi se sont battus il y a un siècle ou plus. Pour citer Edward Bouverie Pusey: «Les ritualistes ne se mêlent pas de la dévotion des autres […] Ils demandent seulement qu’on leur permette d’adorer Dieu en utilisant un rituel que, personne ne remettait en question il y a encore quelques années.»

Photos: 1. Église Saint-Magnus à Londres; 2. Église Saint-Clément-en-Philadelphie; 3. Église de la Paix à Frederikshåb.