Lambeth 1920.

La conférence de Lambeth de 1920 des évêques anglicans du monde entier (photo ci-contre) a lancé un appel à la chrétienté entière, en vue de l’unité de l’Église du Christ en une communion. Bien entendu, ces évêques anglicans considéraient que cette ré-union des chrétiens devait se faire autour des 4 points surnommés le “quadrilatère de Lambeth”: 1. les saintes écritures; 2. le credo de Nicée-Constantinople, 3. le baptême et l’Eucharistie; 4. l’épiscopat dans la succession apostolique.

L’histoire a donné raison à cette conférence de Lambeth de 1920, car, de nos jours, plusieurs Églises sont en pleine communion les unes avec les autres, sur base de ces 4 principes.

Le plus épineux, quand même, a été le 4ème. Comment convaincre des protestants d’adopter l’épiscopat catholique?

Toutefois, ces évêques anglicans ont été très prudents quant à des ministres protestants qui auraient été en-dehors de la succession apostolique. C’est pourquoi ils écrivirent:

We believe that for all, the truly equitable approach to union is by way of mutual deference to one another’s consciences. To this end, we who send forth this appeal would say that if the authorities of other Communions should so desire, we are persuaded that, terms of union having been otherwise satisfactorily adjusted, bishops and clergy of our Communion would willingly accept from these authorities a form of commission or recognition which would commend our ministry to their congregations, as having its place in the one family life. It is not in our power to know how far this suggestion may be acceptable to those to whom we offer it. We can only say that we offer it in all sincerity as a token of our longing that all ministries of grace, theirs and ours, shall be available for the service of our Lord in a united church.It is our hope that the same motive would lead ministers who have not received it to accept a commission through episcopal ordination, as obtaining for them a ministry throughout the whole fellowship.

In so acting no one of us could possibly be taken to repudiate his past ministry. God forbid that any man should repudiate a past experience rich in spiritual blessings for himself and others. Nor would any of us be dishonouring the Holy Spirit of God, whose call led us all to our several ministries, and whose power enabled us to perform them. We shall be publicly and formally seeking additional recognition of a new call to wider service in a reunited Church, and imploring for ourselves God’s grace and strength to fulfil the same.

Nous croyons que pour tous, l’approche qui serait la plus équitable pour tous, en vue de l’union, serait le respect mutuel des consciences. Pour ce faire, en lançant cet appel, nous dirions que, pour autant que les autorités des autres communions le désirent, nous sommes persuadés que, après ajustement des termes des accords de pleine communion, les évêques et le clergé de notre communion voudraient bien accepter de la part de ces autorités une forme de nomination ou de reconnaissance, par laquelle notre ministère serait recommandé à leurs communautés, comme faisant partie de la même famille. Il n’est pas en notre pouvoir de savoir jusqu’à quel point cette proposition serait acceptée par ceux à qui nous voulons l’offrir. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que nous la proposons en toute sincérité en signe de notre désir que tous les ministères de la grâce, les leurs comme les nôtres, soient au service du Seigneur dans une Église unifiée.

Ce faisant, aucun d’entre nous ne serait amené à répudier son ministère du passé. Que Dieu préserve qui que ce soit de répudier une expérience passée, riche de bénédictions spirituelles pour lui et pour les autres. Nous ne voudrions pas non plus déshonorer le Saint-Esprit de Dieu, dont l’appel nous a tous menés à nos divers ministères, et qui nous a donné la force de les exercer. Publiquement et officiellement, nous chercherons davantage que l’on reconnaisse que Dieu nous appelle à un service plus élargi dans une Église réunie, en lui demandant la grâce et la force pour pouvoir l’accomplir.

Lambeth-Conference-1920

Je trouve intéressant tout cela. D’une part, les évêques de la conférence de Lambeth de 1920 tenaient fort à la succession apostolique. Mais, au lieu de faire comme la papauté – qui, quant à elle, déclarait «nuls et non-avenus» les ministères de ceux qu’elle détestait – au contraire, ces évêques anglicans tâchaient à pouvoir reconnaître l’authenticité du ministère des autres, même en-dehors de la succession apostolique!

Ce que Rome a toujours fait des convertis, c’est qu’elle les a humiliés publiquement à travers des réordinations. Même des gars comme Newman. Par exemple, c’est grâce à son ministère de prêtre que Newman est arrivé à ses conclusions; et en l’agrégeant à son troupeau, la papauté réordonne Newman et comme diacre, et comme prêtre.

Mais ça, ce n’est pas la voie de l’orthodoxie, mais la voie de l’orgueil.

Saint Servais 2014.

Le 13 mai est la fête de saint Servais, évêque de Tongres et Maestricht, et patron de notre faubourg et de la chapelle que nous avons nommée d’après son nom. Du coup, c’est une fête de premier rang, avec octave.

Voici l’hymne de la fête, en français (traduction/adaptation):

Iste confessor Domini

Ton confesseur, dont nous faisons mémoire
Et dont les peuples chantent les louanges
Aujourd’hui entre, accompagné des anges,
Dieu, dans ta gloire.

Modéré, humble, très pieux, sans blâme,
Il a mené une vie sans reproche,
Mais, quand la mort terrestre lui fut proche,
Tu pris son âme.

Près de sa tombe, tu guéris les membres
De ceux qui peinent et qui sont sans force;
Une nouvelle santé tu amorces,
D’un amour tendre. Amen.

Et nous aussi, en chœur louons cet homme.
Rameaux en main, racontons ses prouesses.
Priant avec lui, gardant les promesses
De ton royaume.

À toi la gloire, Seigneur magnifique,
Qui règnes seul, gouvernant toutes choses;
Tu es, avant tout, la première cause,
Dieu triunique.

 

Jean Wesley.

Aujourd’hui, certains calendriers liturgiques fêtent deux prêtres, John et Charles Wesley.

C’étaient des prêtres anglicans pas très conformistes, qui ont engendré, malgré eux, le méthodisme. John, depuis sa vie de séminariste, était un fidèle observateur du Book of Common Prayer. Il a poli la sotériologie arminienne. Excellent prêcheur, il attirait les foules. John Wesley croyait en la sanctification par les sacrements, c’est pourquoi il célébrait la Messe quatre fois par semaine. Il était végétalien/végétarien (il mangeait très rarement des laitages) et abolitionniste. Il m’a fallu du temps pour me rendre compte de tout ce que j’avais en commun avec lui.

John et Charles n’avaient pas beaucoup de ressources liturgiques; ils ont traduit ceci et cela; mais ils ont surtout composé beaucoup d’hymnes, qui sont souvent, théologiquement, plus profondes et plus doctrinales que certaines hymnes romaines. À ce titre, je pense qu’on peut comparer les frères Wesley aux frères Côme et Jean les Damascènes.

Malheureusement, John Wesley a été un mauvais missionnaire. Aux États-Unis on l’a faussement accusé pour ses hymnes, du coup, au lieu de se défendre, il a fui. Plus tard, lorsque les Américains souffraient de ne pas avoir d’évêque, John Wesley – qui n’était que prêtre, pas un évêque – s’est mis à ordonner des évêques, prêtres et diacres, pour les envoyer là-bas. De ce fait, il a créé une Église parallèle. Un mois plus tard, l’Église américaine avait un évêque, via les Écossais.

Je voudrais m’arrêter maintenant sur l’histoire des méthodistes. La première chose que je veux dire, c’est que, si John n’avais pas été imprudent, les méthodistes seraient encore aujourd’hui des anglicans/épiscopaliens. Deuxièmement, du vivant des Wesley, les méthodistes étaient abolitionnistes. Puis, ils se scindèrent en deux: les méthodistes abolitionnistes dans le Nord, et les méthodistes esclavagistes dans le Sud. En plus, au Sud, il y avait des méthodistes noirs. C’est la première fois qu’une Église se divisait à cause d’un problème éthique. Et devinez qui a eu tord. Les esclavagistes du Sud, bien sûr. Maintenant, ce sont leurs arrière-petits-enfants qui sont homophobes, alors que les arrière-petits-enfants des abolitionnistes sont pour le mariage pour tous. Malheureusement, certains n’apprennent toujours rien de l’histoire.

* * *

Pour finir, voici ma traduction du chant Love Divine All Loves Excelling, de Charles Wesley:

Ô amour qui tout dépasses,
Joie du ciel, chez nous descends.
Fais briller sur nous ta face,
Purifie-nous par ton sang.
Toi, Jésus, amour immense,
Affermis nos cœurs tremblants.
Fais-nous sentir ta puissance,
Prends pitié de tes enfants.

Souffle ton Esprit, le gage
Et les arrhes, par la foi,
De notre saint héritage,
De notre repos en toi.
Au péché tu nous arraches ;
– Tu es l’Alpha, l’Oméga –
Et tu nous rends purs, sans tache,
Nous sauvant dès ici bas.

Viens, Seigneur, et nous délivre,
Fais de nous tes temples saints.
De ta vie nous pourrons vivre
Sans fin, selon ton dessein.
Et, avec les chœurs des anges,
Nous te servirons toujours,
Te chanterons des louanges,
À l’autel de ton amour.

Et ta création nouvelle,
– Terre neuve et nouveaux cieux –
Sera restaurée, plus belle,
Transformée devant nos yeux.
Avançant de gloire en gloire,
Couronnés, transfigurés,
Nous jouirons de ta victoire,
Pour toute l’éternité.

Pères de l’Église & géocentrisme.

«Si vous pensez que la Terre tourne, vous êtes un pervers. C’est saint Jean Chrysostome qui le dit.»

C’est l’une des réponse que l’on pourrait donner à ceux et celles qui invoquent les Pères de l’Église pour faire des réflexions homophobes et misogynes.

Le consensus des Pères sur le géocentrisme vient des mauvaises ‘‘sciences’’ de leur temps, qui ont engendré leur mauvaise interprétation des Écritures à ce sujet. On peut dire exactement la même chose sur leurs affirmations vis-à-vis des femmes et du sexe en général.

Pour plus de détails, vous pouvez lire en ligne ici, avec les références de rigueur.

CS Lewis & liturgie.

Ce soir, je voudrais vous partager quelques réflexions de CS Lewis, que j’ai traduites de ses Lettres à Malcolm, sur la liturgie:

«D’abord, elle me tient connecté à la doctrine saine. Livré à soi-même, quelqu’un pourrait abandonner ‘‘la foi donnée une fois pour toutes’’ en glissant vers une illusion appelée ‘‘ma religion à moi’’.»

«Plus un livre liturgique est ‘‘mis à jour’’, plus vite il sera obsolète.»

En parlant du clergé:

«C’est comme s’ils pensaient que les gens seraient attirés vers l’église en éclaircissant, en allongeant, en raccourcissant, en simplifiant et en compliquant l’office. Et il se peut que le curé enthousiaste qui vient d’arriver rassemblera de son côté une minorité qui sera en faveur de ses innovations. La majorité, me semble-t-il, sera toujours contre. Beaucoup n’iront plus à l’église, et ceux qui restent n’ont qu’à la subir. Est-ce juste parce que les majoritaires sont bornés? Ils ont une bonne raison pour leur conservatisme. La nouveauté pour le plaisir de la nouveauté n’a qu’une valeur d’amusement. Et les gens ne vont pas à l’église pour s’amuser. Ils y vont pour faire usage de l’office ou en faire partie, si vous voulez. Chaque office est un agencement d’actions et paroles par lesquelles on reçoit un sacrement, on fait pénitence, on prie, on adore. Et chaque office nous permet de faire ces choses de notre mieux – si vous voulez, ça ‘‘marche’’ le mieux – lorsque, grâce à une familiarité de longue date, on n’a plus besoin d’y penser. On n’est pas en train de danser, aussi longtemps que l’on fait attention aux pas et qu’on les compte, mais seulement on est en train d’apprendre à danser. Une bonne chaussure est une chaussure à la laquelle on ne pense pas en marchant. On peut faire une bonne lecture, lorsque, en lisant, on ne pense pas aux yeux, à la lumière, à la lisibilité ou à l’orthographe. L’office liturgique parfait serait celui qui nous ferait penser non pas à lui-même, mais à Dieu. Mais chaque innovation nous y empêche, en attirant notre attention vers l’office en lui-même. Et penser à la prière n’est pas la même chose que prier. La question essentielle concernant le Saint-Graal, c’était: ‘‘Ça sert à quoi?’’ ‘‘C’est une folle idolâtrie qui rend l’office plus grand que la divinité’’. Il y a pire. L’innovation pourrait attirer notre attention même pas vers l’office, mais vers le célébrant. Vous savez ce que je veux dire. Même si ce n’est pas vous, certains pourraient se poser des questions du genre: ‘‘Mais qu’est-ce qu’il est en train de fabriquer?’’. Ça gâche la dévotion. On peut bien excuser celui qui disait: ‘‘J’espère qu’ils se souviendront que la mission de Pierre était ´´Pais mes brebis´´, et pas ´´Fais des expériences sur mes rats´´, ni ´´Enseigne de nouveaux tours à mes chiens dressés´´’’. […] Il se peut que certaines modifications, qui me paraissent de l’ordre du goût, impliquent réellement des changements doctrinaux graves.»

Santo subito.

À l’instar de certains dont parle un article du Godschrift, qui considèrent Nelson Mandela comme un saint, je pense que dans très peu de temps, les livres liturgiques anglicans du monde entier marqueront le jour du 5 décembre de son nom.

Tradition.

Beaucoup de groupes et d’individus se réclament de la tradition. D’autres se sentent même horrifiés par le mot «tradition». Qu’est-ce que que, donc, la Tradition de l’Église? Est-ce juste le fait de mimer des brols d’antiquaire? Est-ce un développement organique?

Je vais vous traduire ci-dessous un texte du chanoine Jeffrey John à propos de la Tradition en tant que telle, puis en rapport avec les LGBT.

Ce que nous soutenons en tant qu’anglo-catholiques, c’est un traditionalisme intelligent, une exégèse honnête et cohérente de l’Écriture; nous y tenons, non pas en rupture avec, mais en tant que partie intégrante de la vie catholique de prière, liturgie et maturation spirituelle. Si nous rejetons Dieu, nous perdons tout. Si nous nous unissons fidèlement à lui, c’est lui qui nous aidera, par la prière et à travers notre conscience, à tenir ensemble notre foi, notre vie et notre intelligence. Il faut que nous nous rappelions ce que les pseudo-traditionalistes ne veulent pas comprendre: à savoir que la Tradition en elle-même n’est autre chose que la mémoire du changement ininterrompu dans l’Église, mais c’est la mémoire d’un changement organique, un changement davantage évolutionnaire plutôt que révolutionnaire, où chaque développement est issu de son propre passé, à la lumière d’une nouvelle expérience, guidée par la prière. Il faut que nous nous rappelions également que l’Écriture elle-même n’est pas autre chose que la mémoire du changement ininterrompu, où chaque nouvelle génération d’écrivains bibliques réinterprétaient, rééditaient, réécrivaient, à la lumière de nouvelles expériences, dans la prière. La stupidité et finalement la brutalité de tous les intégrismes ont comme source le refus de voir ce que la religion doit être, pour qu’elle soit une vraie religion: une relation vivante avec Dieu, et non pas le fait d’idolâtrer le passé.

Par dessus tout, rappelons-nous comment Jésus a mis sa Tradition en pratique. Dans le judaïsme, Jésus a été attaqué par deux formes de traditionalisme figé: la tradition sadducéenne, religion des Hérodiens, les gens du pouvoir, qui voulaient que la religion fût la base immuable de la structure sociale; et la tradition des pharisiens, les évangélicaux passionnés de l’époque, qui étaient assez proches de Jésus dans l’esprit et la doctrine, mais qui sont devenus ses ennemis encore plus redoutables, dès qu’il a voulu les défier et les changer. Mais il est important de remarquer que, lorsqu’il a eu affaire à ces deux partis, Jésus a plaidé pour le défi et le changement, toujours à partir de l’intérieur de la Tradition, et toujours en se basant sur l’Écriture. Il n’a pas brûlé les étapes en analysant l’Écriture ou la Tradition, quitte à en agacer certains. Lorsqu’il essaie de leur démontrer qu’ils ont fait du sabbat une idole, alors que c’était un don de Dieu, il ne leur dit pas: «Regardez: le sabbat est une loi barbare; il faut le laisser tomber!» Il dit pas non plus: «Je suis le Fils de Dieu, et je vous dis: faites tout ce que vous voulez.» Non. Jésus tire ses arguments à partir de l’intérieur de la Tradition. Il exprime son point de vue en montrant que la Tradition elle-même contenait des éléments comme l’humanité et la générosité, qui étaient sur le point d’être oubliés. Il leur rappelle que le but de la Loi est le bien de l’humanité, et pas le contraire. Il leur montre que l’amour de Dieu pour quiconque est dans le souffrance ici et maintenant a toujours surpassé tout souci des règles autour du sabbat.

Si jamais Jésus a été révolutionnaire, il n’a jamais été un révolutionnaire déconnecté de la réalité. On l’a accusé sans cesse que son enseignement fût «incompatible avec les Écritures»; il a été mis à mort parce qu’il fût «incompatible avec les Écritures»; alors que tout au long de sa vie il n’a jamais renié les Écritures, mais continué à essayer d’expliquer, en détail et avec patience, pourquoi leur compréhension en était fausse. Il a montré à quel point ses ennemis étaient sélectifs et subjectifs, dans leur littéralisme biblique, obéissant au précepte du corban, mais en piétinant celui qui demandait de prendre soin de ses parents. Lorsqu’ils l’accusèrent de ne pas suivre les règles concernant le lavement et le jeûne, il leur montra que l’Écriture était de loin plus focalisée sur la pureté du cœur et de l’esprit, que sur les brols de cuisine. Lorsqu’ils lui reprochaient que sa manière de fréquenter les païens était «incompatible avec les Écritures», il leur rappela que leur propre exclusivisme contredisait l’ouverture d’Élisée et d’Élie vis à vis de Naaman et de la veuve, ainsi que le message de Jonas aux Ninivites, et la promesse d’Isaïe, Jérémie et Zacharie que la lumière irait chez les païens. Lorsqu’ils l’accusèrent de ne pas respecter la Loi, il leur montra qu’il était venu pour accomplir la Loi, non pas pour l’abolir. Il s’inscrit dans la Tradition, et malgré ses reproches aux sadducéens et aux pharisiens, il respecte la Tradition, il vient sous la Loi, pour la compléter, et pas pour la détruire.

Tout cela est une leçon d’une importance capitale pour nous autres, catholiques anglicans, aujourd’hui. Beaucoup d’entre nous sommes fatigués et impatients, puisque maintenant il nous semble tellement difficile d’aimer l’Église et en même temps de travailler avec elle. Il est souvent difficile de ne pas la haïr, de ne pas partir en claquant la porte, à la bonne vieille méthode anglicane. Bien sûr, il est facile de prendre des arguments simplistes en brûlant les étapes. Bien sûr, un jour, quelqu’un dira quelque chose d’irréfléchi du genre: «Je n’ai rien à cirer de l’Écriture» ou «la Tradition n’a rien à dire à la fin du vingtième siècle.» Mais, une fois que l’on a dit cela, on a raté le coup. Une fois que l’on a arrêté de scruter la Tradition et l’Écriture, une fois que l’on a arrêté de prier avec elles et par elles, aussitôt on s’est coupé de la sève de vie chrétienne qui mène à la maturation, à la manière des fondamentalistes, et l’on en fait le même usage qu’eux. Car il n’est pas vrai que l’Écriture n’ait rien à nous dire. Et il est tout aussi faux de dire que la Tradition n’ait plus rien à nous dire à la fin du vingtième siècle. De tous les temps, c’est maintenant que trouver nos repères dans la Tradition est plus important que jamais. Mais oui, c’est une tâche difficile et pénible, par rapport aux facilités simplistes du fondamentalisme et de l’athéisme.

[…]

Accepter les unions entre des personnes du même sexe est analogue à l’ordination des femmes. Ça ressemble à un pas révolutionnaire, mais ce ne l’est pas. Accepter les unions entre des personnes du même sexe, ça ne change pas la doctrine ou la discipline de l’Église vis à vis du mariage, mais tout simplement, on les applique à un nouveau groupe de personnes. La théologie sacramentelle est la même. Pour autant qu’elle repose sur la même qualité de l’amour et de l’engagement, pour autant qu’elle crée pour deux adultes le même cadre de vie et d’épanouissement, une telle union sera sans distinction à l’image de l’alliance de Dieu dans l’amour, et elle ne sera absolument pas différente d’un mariage sans procréation.

L’Église a pris la décision d’ordonner des femmes, une fois qu’elle s’est rendue compte que cela n’altère en rien le sacrement de l’ordre. L’ordination des femmes ne change pas la doctrine de la prêtrise ou les relations sacramentelles conséquentes à l’ordination. Elle admet tout simplement une nouvelle catégorie de personnes à ces relations. Sacramentellement rien n’a changé, puisque la représentation du Christ à travers la prêtrise ne se réfère pas à son genre physique du prêtre, mais à sa personne. De même, la représentation du Christ dans une union de personnes du même sexe ne se réfère pas au genre sexuel des deux, mais à leur alliance. Ce que saint Paul appelle le mystêrion, le «mystère» ou sacrement, se réfère à la façon dont une union sexuelle basée sur une alliance d’engagement total peut refléter l’alliance d’amour fidèle du Christ pour son Église. Ce n’est pas la polarité mâle-femelle qui crée le «mystère», ni quoi que ce soit qui ait affaire à la procréation (autrement on ne marierait pas les infertiles). La qualité de l’engagement entre deux personnes, l’amour et la volonté communes qui vont dans le même sens, voilà le cœur de la morale sexuelle chrétienne. Une telle union est sacramentelle précisément parce que, quoique de manière imparfaite, elle est l’image visible de l’amour fiable, ferme et sacrificiel de Dieu, dans la réalité de la vie humaine. Et cela n’est pas juste de la théorie théologique, mais de l’expérience. Énormément de couples gais chrétiens ont trouvé que ce «mystère» est tout aussi vrai dans leur propre union que dans le mariage hétérosexuel; et c’est une expérience qui exige d’être respectée.

(L’original anglais ici.)

Pour finir cet article, voici – cliquer pour élargir – les huit modèles de soi-disant ‘‘mariage biblique’’:

Konrad Rudnicki.

Je viens d’apprendre que le père Konrad Paweł Rudnicki est décédé et a été enterré samedi passé. (Dans la photo ci-contre, du site des épiscopaliens polonais il est en train de concélébrer la Messe avec Mgr Pierre Whalon.)

Ce prêtre vieux-catholique mariavite a également été un astronome de renom, un résistant de la seconde guerre mondiale, et, pour l’État d’Israël, «un juste parmi les nations». Il s’est également occupé de la communauté épiscopalienne (anglicane américaine) de Pologne.

Pour certains, il a été un témoignage vivant de l’unité de l’Église. Pour d’autres, un grand scientifique. Une comète, d’ailleurs, porte son nom. Pour d’autres encore, il représente l’union de la foi avec la science. Mais pour moi, il reste l’exemple du prêtre-ouvrier.

Les Huitantards quittent l’Église.

Je vais vous traduire ici un article écrit par Rachel Held Evans, auteure d’Une année de féminité biblique. L’original de l’article en question se trouve ici. Elle a également écrit un article «15 raisons pour lesquelles j’ai quitté l’Église» et aussi «15 raisons pour lesquelles je suis revenue à l’Église».

Pourquoi les octantistes quittent l’Église

À l’âge de trente-deux ans, je fais partie tout juste de la génération de ceux qui sont nés dans les années octante.

 J’ai écrit mon premier essai avec un crayon, sur un papier, mais lorsque j’ai fini mes études supérieures, j’avais un GSM et j’utilisais le verbe « googler ».

Je connais par cœur le numéro de fixe de mes anciens copains du secondaire, mais ne me demandez pas de vous dicter le numéro de mon mari, que je dois d’abord chercher dans mes contacts.

J’ai des cassettes de sélections de chansons de Nirvana et Pearl Jam, mais je n’ai jamais organisé un voyage sans Travelocity.

Malgré que j’ai un pied dans la génération des soixante-huitards, j’ai plutôt tendance à m’identifier aux attitudes et coutumes de la génération ’80; et de ce fait, on me demande souvent d’expliquer aux leaders de mes camarades néo-protestants pourquoi les huitantards sont en train de quitter l’Église.

Les derniers sondages à l’appuie, ainsi que munie par les témoignages personnels de mes amis et lecteurs, je montre que les jeunes adultes perçoivent le christianisme néo-protestant comme étant trop politisé, trop exclusiviste, vieillot, insouciant de la justice sociale, et hostile aux lesbiennes, gais, bis et transgenres.

J’indique des recherches qui montrent que les jeunes néo-protestants ont trop souvent l’impression qu’ils doivent choisir entre leur intégrité intellectuelle et leur foi, entre la science et le christianisme, entre miséricorde et sainteté.

J’explique comment les questions sexuelles, dont les néo-protestants font une obsession, font apparaître la vie chrétienne comme si c’était une liste de règles, et que les huitantards languissent après des communautés de foi où ils puissent poser des questions en toute confidence et lutter avec le doute.

Toutefois, après que j’ai fini ma présentation et ouvert les questions, un pasteur leva sa main et dit: «Si j’ai bien compris, vous dites qu’au culte on a besoin de groupes musicaux qui déchirent…»

Là, je me suis tapé la tête contre le mur.

Malgré et contre tout, les chefs des Églises chrétiennes, notamment les chefs néo-protestants, pensent que la solution pour ramener à l’église les jeunes qui ont une vingtaine d’années, serait de faire quelques modernisations de style: musique branchée, davantage de cultes décontractés, cafétaria dans la salle paroissiale, un pasteur qui porte des jeans moulants, un site web mis à jour et qui accepte des dons en ligne.

Mais le truc, c’est que, ayant été éduqués pour la vie, nous avons un sens très critique, et nous ne nous laissons pas vite impressionner par le consumérisme ou les spectacles.

Au fait, je dirais plutôt que l’‘‘église qui fait du spectacle’’ est une chose de plus qui nous éloigne de l’Église, en particulier du néo-protestantisme.

Beaucoup d’entre nous, moi y comprise, sommes de plus en plus attirés par les traditions de haute liturgie – catholicisme, orthodoxisme oriental, anglicanisme etc. – précisément parce que les formes liturgiques anciennes ne paraissent ni prétentieuses, ni soucieuse d’être ‘‘cool’’, et nous trouvons cela d’une authenticité rafraîchissante.

Ce que les huitantards veulent vraiment de l’Église, ce n’est pas un changement dans le style, mais un changement dans l’essentiel.

Nous voulons en finir avec les guerres culturelles. Nous voulons la paix entre la science et la foi. Nous voulons nous identifier par rapport aux choses pour lesquelles nous nous battons, non pas par rapport à celles contre lesquelles nous prenons position.

Nous voulons poser des questions pour lesquelles il n’y a pas de réponses toutes faites.

Nous voulons des églises qui prêchent le royaume de Dieu, pas qui prêchent un parti politique ou une nation.

Nous voulons que nos amis LGBT soient les bienvenus dans nos communautés de foi.

Nous voulons être exhortés à vivre saintement, non seulement à propos du sexe, mais aussi lorsqu’il s’agit de vivre dans la simplicité, prendre soin des pauvres et des opprimés, chercher la réconciliation, respecter l’environnement et devenir des artisans de paix.

Vous ne pouvez pas juste nous offrir un café, puis aller comme d’habitude à vos trucs, et vous attendre à ce que nous restions. Si nous quittons l’Église, ce n’est pas parce qu’il n’y ait pas assez de trucs ‘‘cool’’, mais parce que nous n’y trouvons pas Jésus.

Comme chaque génération avant et après nous, au plus profond de nous-mêmes, nous désirons Jésus.

Maintenant, ces tendances sont vraies, non seulement pour les huitantards, évidemment, mais aussi pour beaucoup de gens d’autres générations. Chaque fois que j’écris sur ce sujet, je reçois des messages en majuscules, de la part des gens qui ont la quarantaine et des grand’mères, soixante-huitards et retraités, en disant: «MOI AUSSI!» Donc je ne veux pas décrire l’abîme qui sépare les générations plus grand qu’il ne l’est.

Mais les chefs des Églises désireux de regagner les octantards, je les encourage volontiers à s’asseoir et discuter avec eux sur ce qu’ils cherchent et ce comment ils veulent participer à la vie de la communauté de foi.

Leurs réponses pourraient vous surprendre.

Saint Augustin.

En la fête de saint Augustin, je ne sais m’abstenir d’écrire un petit article à propos de lui.

C’est un personnage que je kiffe pour sa théologie, mais dont j’abhorre la vie personnelle.

Le type, né d’une mère chrétienne – sainte Monique – et d’un père païen, a vécu non pas tellement dans la débauche, loin de là! Il a vécu des années avec une femme, sans s’être marié avec. Ensemble ils ont eu un fils, Adéodat. Lorsqu’il s’est converti, Augustin a jeté sa compagne à la porte, pratiquement comme un chien, et puis il a fait semblant d’avoir toujours été un célibataire. Un célibataire pécheur, mais un célibataire quand même. Dans ses Confessions, il parle d’elle si peu, et en donne même pas le nom. Quant à elle, elle a dit qu’elle n’amerait jamais un autre homme, et il paraît qu’elle n’a jamais eu d’autre homme après Augustin. Malheureusement, il y en a beaucoup de nos jours qui font la même chose qu’Augustin! Et là, je ne peux qu’abhorrer une telle conception de la morale et du mariage. À mes yeux, Augustin n’est qu’un mari totalement irresponsable, plus immoral après sa conversion qu’avant celle-ci.

Mais concernant la théologie, je suis, moi aussi, un adversaire des pélagiens et des sémipélagiens, comme saint Augustin. Lorsque je serai vieux, j’espère trouver le temps de traduire le livre Augustinus, de Cornelis Jansen (Cornelii Iansenii, Episcopi Yprensis, Augustinus, seu doctrina sancti Augustini de humanæ naturæ sanitate, ægritudine, medicina, adversus Pelagianos et Massilienses, Louvain 1640).