Laureata plebs fidelis.

Ces derniers jours j’ai fait une traduction-adaptation poétique de la séquence du dimanche en l’octave de la Fête-Dieu, Laureata plebs fidelis. La voici:

Christ, ton peuple bien fidèle
Loue ta chair sacramentelle,
Roi de gloire, Dieu d’amour.

Tu es au ciel magnifique,
Mais ton sacrifice unique
Nous se donne tous les jours.

Ta passion payant nos fautes,
Par ta grâce, est l’antidote
Que dans la Messe on reçoit.

Car la Messe rend présente
Tous les jours l’unique offrande
Faite par toi sur la croix,

Préfigurée par des signes:
Melchisédech dans la ligne,
Offrant pain et vin de vigne
À la sainte Trinité;

Par l’arbre de vie divine;
Pain d’Aser, délices fines;
Fin est ton pain de farine,
Nourrissant tes invités;

Annoncé par la figure
D’agneau d’Ancien Testament,
Comme dit notre Écriture,
Immolé pascalement.

Cette loi point ne perdure,
Car la grâce est à présent
Par ton sang méthode sûre
Pour laver nos faits pesants.

Que ta chair dans ce mystère
Soit la nourriture chère
Qu’on reçoit par sainte foi;

Figurée par cette manne
Qu’Israël mangea profane
Au temps de l’ancienne loi.

Ce pain-là qu’on dit céleste
Était temporel, terrestre,
Mais toi, Christ, pour nous tu restes
Pain vivant et éternel.

C’est le pain de vie totale,
Nourriture très royale,
Coupe de boisson spéciale,
Le salut pour les mortels.

C’est le pain des indigents,
Bien sans prix, incontingent,
Accordant à tous les gens
Grande paix pour leur esprit.

Ô banquet doux, éternel,
Fête des incorporels,
Viatique des mortels,
Conduis-nous vers la patrie!

Vie, lumière, voie et liesse,
Tu es la restauration;
Donne-nous, dans cette Messe,
Vie et vivification.

Pour qu’avec les chœurs célestes
Du bonheur nous jouissions,
Rends-toi-nous, Dieu, manifeste,
Dans la fort bénie vision.

Pain vivant, vivant breuvage,
Vrai et vivifiant cépage,
Viens, ravive-nous, Jésus.

Donne-nous ton pâturage;
Au trépas, sois notre gage,
Sois notre gratuit salut.

Tu acquis pour nous la grâce
Par ta mort, et nous la passes,
À travers l’Eucharistie.

Donne-nous de voir ta face,
Dans ton temple aux cieux nous place,
De clarté tous investis.

Roi des anges, Dieu en chaînes,
Qui vainquis l’enfer sans gêne,
Chef des humbles, qui bénis,

Joie des saints, clarté, fontaine,
Maître de la sainte Cène,
Gloire à toi à l’infini. Amen. Alléluia.

Adesto sancta Trinitas & Pater sancte.

En ce jour-octave (clôture) de la Pentecôte, en lequel on médite sur le mystère de la triunité de Dieu, je vous propose la traduction de deux hymnes que je n’ai pas traduites précédemment, à savoir Adesto sancta Trinitas et Pater sancte.

Adesto sancta Trinitas


Sois avec nous, ô Trinité,
Divine essence en unité,
Distincte de ta création,
Principe sans interruption.

Dieu saint, le chœur des cieux te loue;
Au ciel, sur terre et en-dessous,
Tes créatures réunies
Te prêchent, Trinité bénie.

Et nous, devant toi assemblés,
Tes serviteurs, de dons comblés,
Joignons nos hymnes et nos vœux
À ceux qui chantent dans les cieux.

Lumière trine en un rayon,
Dieu triunique te croyons,
En confession d’unique foi,
Unique Oméga et Alpha.

Au Père inengendré honneur;
Au Fils seul-engendré grandeur;
Au Saint-Esprit louange due:
Un Dieu aux siècles absolus. Amen.

Pater sancte


Ô Père très saint, qui d’amour abondes,
Ô Fils Jésus Christ, qui créas le monde,
Ô très saint Esprit, qui les âmes sondes,
Un Dieu immortel,

Sainte Trinité, unité intense,
Vraie divinité, ô bonté immense,
De tout orphelin tu es la défense,
Et l’espoir du ciel.

De tes serviteurs, de tes créatures
Monte vers les cieux la louange pure;
Reçois de nos voix gloire sans mesure,
Devant ton autel.

Au Père très bon, lui qui nous anime,
Au Verbe fait chair, vers qui vont nos rimes,
Et à l’Esprit Saint, gloire et toute estime:
Dieu trine éternel.

Septuaginta annos.

Demain, ce sera le dimanche de la Septuagésime, ou le début du pré-carême.

Dans le rite byzantin, les dimanches du pré-carême, on chante (comme ci) le psaume Super flumina Babylonis, parsemé d’alléluias, au troisième nocturne. Pendant des années, je me suis posé deux questions: 1. Pourquoi ce psaume à ce moment de l’année liturgique? 2. Est-ce que l’Occident aurait quelque chose de similaire?

Je pense avoir trouvé les réponse. Tout d’abord, parce que le temps de la septuagésime symbolise la captivité babylonienne. D’ailleurs, les Syriens l’appellent «abstinence de Babylone». Deuxièmement, il y a en Occident cette antienne: «Hymnum cantate nobis, alleluia, de canticis Sion, alleluia. Quomodo cantabimus canticum domini in terra aliena, alleluia? Septuaginta annos super flumina Babylonis sedimus et flevimus dum recordaremur Sion, alleluia; ibi suspendimus organa nostra, alleluia.»

Comme vous voyez, cette antienne, prévue en Occident pour le temps de la Septuagésime, reprend des paroles du psaume Super flumina Babylonis, auxquelles elle ajoute les mots: «septuaginta annos». Pour pouvoir chanter les alléluias, selon le modèle byzantin, cette antienne est parfois prescrite pour ce soir au Magnificat, qui est la dernière occasion de chanter «alléluia» avant la Pâque.

Hymnum cantate

O nata lux de lumine.

Clarté née de clarté, Jésus,
Toi, de ce monde Rédempteur,
Que nos louanges, vœux des cœurs
Et oraisons soient bien reçus.

Pour racheter tous les perdus,
Tu apparus en corps de chair:
Fais donc de nous tes membres chers,
Dans ton saint corps mystique inclus.

Gloire à toi, Christ manifesté
Sur terre, de puissance ceint,
Avec le Père et l’Esprit Saint :
L’unique Dieu d’éternité. Amen.

Adeste fideles en français.

Au fur des années, j’ai trouvé des traductions-adaptations du noël Adeste fideles vers le français, mais aucune ne me semblait satisfaisante. J’ai eu en 2013 un échange là-dessus avec le père Georges Pfalzgraf, et il n’avait pas l’air trop satisfait non plus.

Pour finir, je me suis enfin attelé à la tâche, et voici le résultat.

Vu qu’il y a cinq vers par couplet, j’ai fait rimer les vers deux par deux (I-II et IV-V), et les vers du milieu de chaque couplet riment entre eux.

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O Nazarene. Christe servorum.

Il y a une petite anomalie liturgique dans les calendriers occidentaux traditionnels. Les quatre-temps d’automne ont lieu le mercredi, vendredi et samedi qui suivent la fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix. Lorsque, par exemple, cette fête tombe un mardi, les trois jours de quatre-temps tombent dans l’octave de la fête (comme cela arrive avec les quatre-temps d’été qui tombent dans l’octave de la Pentecôte). Mais, lorsque, comme cette année-ci, la Sainte-Croix tombe un mercredi, alors les quatre-temps tombent une semaine plus tard, et n’ont donc pas de matériel liturgique propre (à moins que l’octave de saint Matthieu soit observée comme octave “majeure”).

En plus, dans certaines régions on observe le jeûne régional ou fédéral, qui, quoique calqué sur les quatre-temps, n’a pas de matériel liturgique propre.

Voilà pourquoi j’ai considéré approprié de traduire les deux hymnes de Fortunat, l’un pour les matines, l’autre pour la none d’un jour de jeûne.  Là où l’ont chante vêpres plutôt que none, cette dernière est idéale pour les secondes vêpres. À noter que ces deux hymnes existent dans le rite mozarabe, où elles sont chantées en carême.

O Nazarene

Nazaréen, du Père es Verbe et radiance;
Bethléemien, de la femme est descendance;
Christ, sereinement agrée nos observances,
Ô roi, regarde le peuple qui s’avance
En fêtes, louanges, jeûnes, abstinences.

2. Donne-nous d’observer le jeûne, ce mystère,
Qu’il purifie nos cœurs de toute misère,
Qu’il chasse l’intempérance des viscères,
Que dans le corps le surplus non-nécessaire
N’étrangle la raison en la faisant taire.

3. Ainsi, guéris le luxe et la gourmandise,
L’excès de sommeil et de boissons qui grisent;
Arrache tous les vices et les sottises,
Et que par ta discipline soient soumises
Langueurs et paroles que nos langues disent.

4. En retranchant les boissons et nourriture,
Règle nos membres par l’abstinence pure;
Fais que les réjouissances qui ne perdurent
N’éteignent pas notre intelligence sûre,
Que l’âme ne dorme en un corps sans mesures.

5. Mets donc un frein à tout ce qui est cupide,
Et que la prudence soit à nouveau splendide,
Et rends l’esprit perspicace et intrépide;
Ainsi, la prière sera plus limpide,
Ô créateur des esprits et corps solides.

18. Maître, donne-nous d’atteindre cette cible
Que tu as proposée, Christ, à tes disciples,
Que nous jeûnions, à ton exemple crédible,
Et qu’en triomphant sur les passions multiples,
L’esprit, l’âme et le corps soient compatibles.

19. Par le jeûne, Dieu du ciel et de la terre,
Oh, chasse les démons qui nous font la guerre,
Fais-nous entrer à ton autel de lumière,
Réveille les somnolents au cœur de pierre,
Redonne aux malades une santé claire.

21. Accorde-nous, Seigneur, un jeûne charitable,
Pour partager vêtements et mets de table
Et une oreille à ceux que la vie accable,
Afin d’établir ce qui est équitable
Parmi les gens que tu as créés semblables.

Gloire à toi, Dieu le Fils qui es d’avant les âges,
Qui, devenu humain, et plein de courage,
Jeûnas quarante jours sans mets, sans breuvage!
Esprit, Père et Fils, un Dieu en trois visages,
À toi, dans les siècles, gloire et tout hommage! Amen.

Christe servorum

Christ, roi et maître des gens, tes fidèles,
Qui nous mets un frein avec modération,
Tu nous as prescrit, selon ton modèle,
Jeûne et ration.

2. Tu es l’exemple pour tous ceux qui jeûnent,
Toi qui as porté les fardeaux en ton corps,
Aujourd’hui t’ont suivi les vieux et jeunes,
Les faibles et forts.

3. Mais le soir tombe; le soleil se couche,
Et son bel éclat a presque disparu;
La nuit et le jour, l’un l’autre se touchent,
Et la clarté n’est plus.

9. Donc si une ouaille du troupeau s’affole,
Le pasteur, cherchant cette brebis perdue,
La trouve et la prend sur ses deux épaules
Avec des soins dus.

13. Ô mon bon pâtre, qui sauves pas grâce,
Nous ne pouvons rien, rien pour te rembourser:
Ni jeûnes, ni vœux, ni quoique l’on fasse
Comme œuvres poussées.

17. Tu acceptes, jeûne ou abstinence,
Pour notre grand bien, non pas par la terreur,
Stricte ou relâché, en bonne conscience,
Pour guérir l’erreur.

20. Seigneur, écoute, que la nourriture
Qui sera prise par nos corps tantôt
Soit pour la santé et la belle allure
Des chrétiens dévôts. Amen.

Chaque année, il y a des noëls qui me touchent. Mais cette année-ci, j’ai trouvé une page qui explique les 10 noëls les plus bizarres. Et là-dedans, cette version de Veni redemptor gentium déchire!

Curieusement, je suis parmi ceux qui aiment Adam lay i-bowndyn et Estennialon de tsonȣe Iesȣs ahatonhia, mais qui abhorrent In the Bleak Midwinter.

Sur YouTube, je viens de découvrir la plus belle interprétation de l’Adeste fideles / O Come All Ye Faithful que j’ai jamais vue (abbaye de Westminster). Notez la bénédiction de la crèche au milieu de l’hymne, ainsi que la disposition correcte de l’église!

Georges Pfalzgraf.

Il y a une semaine tout juste, le pasteur Georges Pfalzgraf a été appelé par le Seigneur auprès de lui. Les funérailles ont eu lieu hier à Gumbrechtshoffen, et il a été enterré dans le cimetière de Nehwiller, son village natal.

C’est en décembre 2012 qu’en cherchant des traductions liturgiques des hymnes latines, je suis tombé sur le site www.choralsenfrancais.fr de Georges Pfalzgraf. Une correspondance épistolaire entre lui et moi s’ensuivit. Nous avons utilisé abondamment ses traductions à Saint-Servais. Par la suite, je me suis mis à continuer son œuvre, en traduisant moi-même ce que lui et son collègue Yves Kéler n’avaient pas traduit.

Bientôt apparaîtra l’Hymnaire traditionnel en français, et plus tard l’Aventier, deux livres qui contiendront pas mal des traductions de Georges Pfalzgraf. Je suis juste désolé qu’il n’ait pas vécu longtemps assez que pour les voir de ses propres yeux.

Maximus redemptor orbis.

Voici ma traduction-adaptation de l’hymne brugeoise Maximus redemptor orbis, pour la fête du sang du Christ.

Ô grand Rédempteur du monde
Par ta mort tu nous rends vie
Non pas par l’argent immonde
Ni par un or dépéri,
Mais par ton corps et par l’onde
De ton sang nous as racquis.

Tu rachètes cher nos fautes;
Agneau, tu te sacrifies,
Tu as gagné l’antidote,
Pour que le dur ennemi
Ne retînt plus, dans la fraude,
Ta création, par envie.

Tu as fait de grandes choses,
Sauveur de tous, crucifié;
Tu as accompli, grandiose,
Les prophètes, certifié;
Nous libérant de la cause
Du mal, nous as vivifiés.

Tu versas, dès ton enfance,
Ton sang de circoncision;
Puis le sang de la souffrance:
Épines, flagellation.
Sur la croix et par la lance,
Versas le sang d’occision.

Laus, honneur et gloire extrêmes
Au créateur de la vie:
Au Père et pasteur suprême,
Au Fils et au Saint-Esprit:
Un Dieu honoré de même
Dans les siècles infinis. Amen.

Templi sacratas pande Sion fores.

J’ai beaucoup hésité à traduire Templi sacratas pande Sion fores, l’hymne tardive des bréviaires français pour la fête de la présentation du Seigneur. Je trouve que le rite romain fait violence, en quelque sorte, à cette fête, en l’attribuant à Marie plus qu’à Dieu. C’est la fête de la sainte rencontre, où le peuple d’Israël – représenté par les tout derniers prophètes de l’Ancien Testament – vient à la rencontre de son Dieu incarné, dans le temple de Jérusalem. Donc, même si cette hymne date du dix-septième siècle, elle vaut la peine. Son métrisme est tellement compliqué, que je n’ai même pas su mettre la main sur la mélodie d’origine. Les anglophones ont fait plusieurs traductions de Templi sacratas pande Sion fores, avec des métrismes différents, dont un calqué sur Pange lingua. C’est ce dernier exemple que j’ai suivi. Le lien entre les deux hymnes Pange lingua et Templi sacratas pande Sion fores étant évident, je prévois pour cette dernière la mélodie des deux premières.

Sion, ouvre tes sublimes
Portes, pour que le Seigneur
Christ entre comme victime,
Et grand sacrificateur.
Les vieilles formes s’inclinent;
La Vérité s’ouvre aux cœurs.

Qu’on n’immole plus de bêtes
Ni fume de feu cruel,
Car, ô Christ, tu plies la tête,
Toi, Dieu, sur ton propre autel;
Pour le Père nous rachète
Ton sacrifice éternel.

Une Vierge bien consciente
Que tu étais Dieu voilé
Sous les traits d’humaine tente
Donne, pour le premier-né,
Deux colombes comme offrande
Des gens dans la pauvreté.

Ici des hommes et femmes
De tous âges prennent part;
Ils reconnaissent dans l’âme
Que c’était toi leur espoir,
Le sauveur qu’eux tous réclament
De voir depuis le départ.

Verbe, dans cette affluence
De témoins, tu ne dis rien!
Et, dans son ferme silence,
Ta mère muette vient
Offrir ce qu’en la balance
De son cœur elle retient.

À toi soient louange et gloire,
Fils du Père et de Marie!
Honneur et gloire éternelle
Soient au Père et à l’Esprit,
Maintenant, demain, de même,
Dans les âges infinis. Amen.