Coborîtŭ-ău coborîtŭ.

Voilà encore un chant transylvanien d’Avent et de Noël. Il comporte deux versions. La mélodie peut être écoutée ici.

La première version, plus courte:

Sur la terre est descendu
Le Seigneur Dieu Christ Jésus,
Pour sonder la foi des gens,
À l’épreuve les jugeant.

Le Seigneur Dieu constata
Que les gens n’avaient la foi:
Ni le grand, ni le petit,
Ni le peuple réuni.

« Malheureux vous tous serez:
Une guerre j’enverrai,
Donc sachez dorénavant:
Aux cieux est votre Parent! »

La seconde version est très intéressante, car le thème est identique à Jésus-Christ s’habille en pauvre.

Sur la terre sont venus
Dieu avec saint Pierre ému,
Pour sonder la foi des gens,
À l’épreuve les jugeant.

Ils sont descendus au bourg,
Chez un riche plein d’or lourd:
« Bonsoir, riche! Le souper
Est-il prêt, bien équipé?

– Le souper est prêt pour nous,
Pas pour des pauvres, tels vous! »
Le bon Dieu vite est sorti,
Et de là il est parti.

En haut d’une dévalée,
Chez un pauvre inégalé:
« Bonsoir, pauvre! Le repas
Est-il préparé ou pas?

– Il est prêt, mais très petit.
Mettez-vous, bon appétit!
Et, s’il n’y a pas assez,
On va en refricasser. »

Dieu mangea et dit merci;
Avec Pierre il est parti;
En passant le pont, un peu
S’arrêta Dieu au milieu:

« Pierre, que vois-tu en bas,
Dans l’abîme? Dis-le-moi!
– Ô Seigneur et créateur,
Ce que je vois me fait peur.

Je vois le riche en enfer
Et les siens tous dans les fers,
Immobilisés, affreux,
Trois dragons crachant du feu.

– Mais regarde vers le ciel!
Qu’y vois-tu d’exceptionnel?
– J’aime bien ce que je vois;
C’est un beau décor pour moi:

Notre pauvre au paradis;
Sa famille, ses amis
Attablés et rassasiés,
Entourés de chandeliers. »

Aséră pĕ însĕrate.

Encore un chant transylvanien pour Noël et pour l’Avent. Il comporte quelques variantes. Malheureusement, toutes les versions trouvées par moi sur la toile sont pourries et corrompues.

Hier soir, à la brunante,
À Bethléem, Marie,
La vierge voyageante,
En hâte se rendit.

Elle cherchait un gîte,
Étant très fatiguée;
Nul ne voulut trop vite
Un lit lui prodiguer.

Alors la Vierge aimable
De Bethléem sortit,
Entrant dans une étable
Des champs, dans la prairie.

Près du bétail, sans gloire
Sur le foin gît le Christ:
La sainte déipare
Est accouchée d’un fils.

Jésus pleura d’abonde,
Marie le consola:
« Oh, tu connais le monde;
Jésus, ne pleure pas!

Car le monde et la terre
Par toi furent bâtis,
Par toi et par le Père
Et par le Saint-Esprit. »

Oyez, oyez les cloches,
Aux vêpres, quel beau chant!
L’avent du Christ approche,
Deuxième avénement!

À sa venue seconde,
Des anges dépêché,
Il nettoiera le monde
Des maux et des péchés.

Susŭ la pórta raĭuluĭ.

Hier j’ai traduit-adapté un chant de Noël transylvanien (mélodie ici):

À l’entrée du paradis, porte au paradis,
Paît la troupe des brebis.
Refrain: ‘Léluia, alléluia, alléluia-alléluia, alléluia-alléluia.

Qui gardait ce beau cheptel, ce très beau cheptel?
La maman-vierge à Noël, la vierge à Noël.

Près d’elle un petit berceau, un petit berceau,
Avec un enfant très beau, un enfant très beau.

Quand pleurait l’enfantelet, son enfantelet,
La maman le consolait, elle consolait.

Le refrain en roumain est devenu un charabia, à cause de l’alléluia rhotacisé, puis nycisé. Ce chant appartient à la catégorie des gnangnanries, mais je l’ai inclus pour le motif pastoral.

Ḑî de judecată.

Je viens de traduire poétiquement un chant transylvanien de l’Avent, qui a au moins deux variantes. La première peut être écoutée ici.

Sur le ciel et vers l’orient,
R1: Jour du jugement!
Un rayon paraît brillant,
R2: Très grièvement.

Ce n’est pas un astre fin,
Mais le Christ, le livre en main.

Il regarde un monde impie,
Soupirant, toujours il lit:

Le dimanche on ne va plus
À l’église pour Jésus,

Mais, buvant, on injurie
Dieu et la Vierge Marie.

Et les anges pleurent las:
Les gens sont des renégats.

Mais le jour viendra bientôt:
Dieu nous jugera d’un haut.

Les vivants, les morts d’en bas,
Tous, Dieu nous rétribuera.

Ceux qui auront mal agi
En ténèbres seront mis.

Une pierre est sur l’entrée,
Qu’ils ne voient plus la clarté.

Mais les justes accomplis
Auront l’éternelle vie.

Repentons-nous, ô chrétiens,
Et disons: Jésus, reviens!

Seconde version, à écouter ici (même mélodie).

On t’attend Jésus très cher,
Jour du jugement!
Sauve-nous de notre enfer
Qu’on vit à présent.

La souffrance se répand;
Tout n’est qu’une croix;
Tout le monde erre et t’attend,
Mais nul n’a la foi.

Nous peinons, pleurons beaucoup,
Triste est notre vie;
Mais nous t’attendons partout,
Seigneur Jésus-Christ!

Dans ce monde ici reviens,
Doux enfant Jésus;
Pour rester chez les chrétiens,
Tu es attendu!

On t’attend, Jésus très bon,
Donc reviens, Dieu fort!
Nul humain, de sa maison
Ne te met dehors.

La săvîrşituƚŭ lumĭi.

Hier j’ai traduit poétiquement encore un chant transylvanien de l’Avent.

Quand le monde finira,
L’ange sonnera le glas,

Appelant des quatre coins
Tous les gens de près, de loin;

Convoquant un jugement
Pour les morts et les vivants.

La trompette sonnera,
Dans les pleurs seront les rois.

Les seigneurs, donc, pleureront;
Nous, naïfs, que dira-t-on?

Quel rachat doit-on payer,
En rançon pour nos péchés?

Ni de l’or, ni de l’argent,
Mais le Christ et son saint sang.

Mais où mettra-t-on les bons,
À la fin de la moisson?

En nuage lumineux,
En présence du bon Dieu.

Qui a mis un bon début?
Dieu complètera son dû.

Où mettra-t-on cette ivraie,
Les méchants pleins de méfaits?

Dans une pierre, un galet,
Sans lumière à tout jamais.

Il y a des variations dans les paroles, et deux mélodies. La première, que vous pouvez écouter ici, a le refrain après le second vers de chaque couplet, et répète le second vers après le refrain Bonne année, longue année! ou Ad multos annos! (roum.: La mulţĭ annĭ!)

La seconde mélodie, que vous pouvez écouter ici, place le refrain entre le premier et le second vers, et ne répète pas les vers. Le refrain est: Ô Seigneur, alléluia!

Dýrð sé Guði’ í hæstum hæðum.

Il y a un an, nous avons passé la Saint-Thorlac, Noël et le Nouvel-An en Islande, et parmi les chants de Noël chantés à l’église, c’est un chant islandais qui m’a marqué. Donc je l’ai traduit-adapté en français. L’original ne se trouve pas enregistré sur la toile, mais je l’ai trouvé en version norvégienne ici.

Gloire à Dieu au plus haut, gloire!
Le ciel chante de beaux chants;
Les humains, aux cœurs hilares,
Louent Dieu, de leurs voix prêchant
Sa puissance et sa hauteur,
Miséricorde et grandeur.
Gloire à Dieu aux hautes cimes!
Terre, loue l’amour sublime!

Ô chrétien, si tu es triste,
Si tu es loin du Seigneur,
Sache que l’amour existe;
Humble, accueille Dieu sans peur.
Goûte: le Seigneur est doux!
Rends-lui grâces et le loue,
Et avec le chœur des anges
Chante à Dieu plein de louanges!

Gloire à Dieu au plus haut, gloire!
Son Fils il donne aux pécheurs.
Ô humains aux cœurs hilares,
N’oubliez pas sa faveur!
Le Dieu haut, puissant et vrai,
Je vis et le servirai
Jusqu’à ce qu’aux cieux je reste,
Rejoignant les chœurs célestes.

Înaŭântea aestorŭ curţĭ.

J’ai traduit un autre chant de Noël transylvanien. Vous pouvez écouter la mélodie ici.

Devant cette cour de marbre,
Il y a trois files d’arbres.
Refrain: Grand Noël, quel réveillon!

Et devant ces arbres blancs,
Notre-Dame est sur un banc,
Le troupeau d’ouailles paissant.

Soupirant, elle a en main
Et trinque un verre de vin.

Sur l’anse, c’est un rayon
De soleil que nous voyons.

Elle tient de sa main fière
Le rayon et sa lumière.

Une étoile est à l’endroit
Du verre d’où elle boit.

Elle trinque, et les brebis
Rentrent à la bergerie.

Elle les compte sans bruit,
Et les parque pour la nuit.

Qu’à Noël ceux qui chantèrent
Soient droits comme la lumière,

Comme la lumière en cire
Dans un verre qui se mire.

La Vierge-Marie-Bergère est un thème récurrent. Plusieurs versions essaient d’occulter l’image que donne ce chant: la Vierge Marie qui trinque avec du vin, et remplacent le verre de vin par un « verre béni. » Or je suis tout à fait fasciné par la façon dont le christianisme a pénétré chez les Roumains. Le thème du Bon Pasteur ne devait pas être très parlant pour les chrétiens urbains, mais il a été capital pour un peuple de bergers. Du coup, les personnages bibliques sont imaginés dans ce contexte, loin de l’image de noblesse que se faisaient les chrétiens urbains.

Ce-aţĭ vĕḑutŭ, păstorĭ?

En Transylvanie, il y a un chant de Noël, Ce-aţĭ vĕḑutŭ, păstorĭ, qui paraphrase l’antienne et le répons traditionnels Quem vidistis, pastores? Ceci semble tout à fait surprenant, étant donné que les Roumains observent, depuis un millénaire, le rite byzantin, alors que l’antienne en question est occidentale et inconnue du rite byzantin. Or il s’agit, sans doute, de toute une paraliturgie de substrat. La mélodie diffère selon les versions (exemples ici et ). Le nombre de couplets n’est pas non plus le même.

« Pâtres, qu’avez-vous
Vu? Annoncez-nous!
— Nous avons vu le Christ, maître
Qui des cieux vient d’apparaître:
C’est le Fils de Dieu!

— Dans quel beau palais
Ce roi s’installait?
— Une grotte froide et prête,
Une grotte avec des bêtes:
Quel palais glorieux!

— Ce roi nouveau-né
A-t-il bien trôné?
— Il trônait d’une mangeoire,
Foin et paille pour la gloire
Du Jésus précieux!

— Quelle armée était
Là? Qui l’escortait?
— C’est Marie, la sainte mère,
Et Joseph qui l’adorèrent:
Quelle escorte au mieux!

— Mais qui lui chantait?
Qui le glorifiait?
— Les anges du ciel s’y mirent,
De joyeux cantiques dirent:
Au plus haut des cieux! »

Deşcłide uşea, chreştine!

Voici un autre chant de Noël transylvanien, que j’ai traduit-adapté en français. Il y a au moins deux mélodies différentes: l’une ici et l’autre là. Certaines versions ont plus de couplets que d’autres.

Ouvre la porte, ô chrétien,
Car chez toi tous on revient.

[Fatigués, de loin venus,
Longue route l’on a eue.]

De Bethléem nous rentrons,
Où est né le Christ très bon.

On a vu sa mère aussi;
Elle s’appelait Marie.

Et un gîte elle a cherché
Pour qu’on la laisse accoucher.

Elle allait de bas en haut,
Pour mettre au monde un fils beau.

Et partout s’est promenée
Afin que le Christ fût né.

En allant de haut en bas,
Sur l’étable elle tomba.

[Dans l’étable sur le foin,
Le Seigneur naquit humain.]

Les anges vinrent du ciel,
En procession de Noël,

Les anges tressant des fleurs
En couronne de couleurs.

La couronne a l’écriteau:
« Aujourd’hui naît le Très-Haut. »

La couronne dit ainsi:
« Aujourd’hui naît le Messie. »

[Qui avec force et bonté
Sera roi du monde entier.]

Il y a trois façons de chanter ce Noël: 1. Soit on répète chaque vers. 2. Soit on répète le premier vers, puis on dit le second, et enfin le refrain. 3. Soit on dit le refrain après chaque vers. Le refrain peut être:

A. Bonsoir et joyeux Noël!
B. Longue vie, longues années!

Într’unŭ câmpŭ cu florĭ frumósĕ.

Hier j’ai traduit-adapté en français un chant de Noël transylvanien. À mon avis, il s’agit à la base d’un chant paraliturgique de la Pâque, qui a dû être transféré au temps de Noël, à cause des alléluias fréquents dans d’autres chants de Noël et de l’Avent. En roumain, il commence par les paroles: Într’unŭ câmpŭ cu florĭ frumósĕ. Vous pouvez l’écouter en cliquant ici.
Bon Pasteur
Dans un champ de fleurs très belles,
R.: Alléluia‿alléluia!
Trois troupeaux d’ouailles se mêlent,
R.: Alléluia‿alléluia!

Qui est le pasteur de bêtes?
Le Père et son Fils en tête.

Leurs chaussures sont suiffées;
Ils ont flageol et sifflet.

Du flageol ils ont joué,
Du sifflet étant doués.

Jusqu’au soir ils ont chanté;
Les brebis‿’ls ont fait rentrer.

Sauf une agnelle tardive
S’est perdue, blonde et chétive.

« Qu’as-tu, ô petite agnelle?
D’où viens-tu si tard, ô belle?

— Que veux tu? Dans les montagnes
J’ai erré de fagne en fagne.

L’herbe est haute à mes genoux,
Et le foin de moi se joue. »

Et le Fils dit aux brebis:
« Quel manque de chance ainsi!

Oh, si quelqu’un je trouvais,
Beaucoup je lui payerais,

Qu’il vous paisse dans les plaines
D’aromates grasses pleines! »

Les e caduques en fin de vers sont muets, faisant corps commun avec l’alléluia qui suit. Par exemple, Dans un champs de fleurs très bel’allélui’alléluia etc.