In escam transfert mentium.

Aujourd’hui, en la Fête-Dieu, je vais essayer de détruire deux mythes.

Le premier mythe est le suivant. Des catholiques-romains (et parfois des protestants aussi) regardent les 39 articles de religion des anglicans, les lisent superficiellement, puis ils déduisent erronément que la doctrine anglicane sur l’Eucharistie serait protestante. En effet, l’article 28 dit: «The body of Christ is given, taken, and eaten in the Supper, only after an heavenly and spiritual manner. And the mean whereby the body of Christ is received and eaten in the Supper is Faith.» Comment faut-il interpréter cet article?

Voici l’invitatoire de la Fête-Dieu dans le manuscrit de Tongres (NL-DHk 70 E 4): «Christum regum regem adoremus dominum qui carnem suam et sanguinem in escam transfert mentium (source) Dans le même, l’antienne au Benedictus est la suivante: «Dominus Iesus Christus […] caritatis arte provida pigmenta composuit, quibus lethargicam mentem renovatam cottidie suæ salutis memoria propelleret, qui edentulam plebem, quæ verbum antiquam et æternum principium quasi solidum cibum ruminare non poterat, hoc prædulcissimo confecto liquamine in panis et vini sacramento consuefecit sorbilare» (source), c’est-à-dire «Le Seigneur Jésus Christ, par l’art de la charité, a institué pour la postériorité les signes par lesquels, en vue de soigner l’intelligence léthargique, on perpétuerait quotidiennement la mémoire de son salut, et que le peuple édenté, qui ne peut pas mâcher le Verbe antique, principe éternel, en tant que nourriture solide, absorberait fréquemment, dans le mélange très doux du sacrement du pain et de vin.» Cette antienne, dérivée du traité d’Innocent III sur le sacrement de l’autel, ainsi que l’invitatoire parlent de mens dans son acception tardive d’esprit ou âme. L’hyperbole du peuple édenté indique notre incapacité de communier au Christ, à part à travers les espèces du pain et du vin. L’article anglican, tout en rejetant le mot “transsubstantiation”, qui se trouve dans le traité d’Innocent III, en adopte néanmoins le langage. Autant Innocent III (et l’antienne liégeoise-tongrienne) que les articles anglicans disent la même chose: dans l’Eucharistie, il ne s’agit pas d’une manducation “de boucherie”; la manducation «spirituelle» est opposée non pas à la présence réelle, mais à une manducation charnelle, “de boucherie”.

Le deuxième mythe concerne la Fête-Dieu. On dit, en général, que Thomas d’Aquin en a composé l’office, et du coup, ce serait un premier exemple d’évolution liturgique non spontané. Or les exemples démontrent le contraire. Pour la Fête-Dieu, à part l’invitatoire attribué à Thomas d’Aquin, celui dont je parle plus haut y compris, on en recense d’autres:

  • Omnes_devotiChristum regum regem adoremus dominum, qui carnem suam et sanguinem in escam transfert mentium (source);
  • Venite, comedite panem meum, et bibite vinum quod miscui vobis (souce);
  • Venite ad me, omnes qui laboratis, et ego reficiam vos (source);
  • Omnes devoti pariter iubilare venite Christo, qui toti mundi dat pascua vitæ (source).

Donc, rien que pour l’invitatoire, on a quatre invitatoires différents, spontanés, en plus de celui supposé de Thomas d’Aquin. Si l’on devait prendre en compte toutes les antiennes, ça donnerait beaucoup de résultats. Ceci démontre également que la Fête-Dieu est une fête spontanée, officialisée seulement par la papauté, plutôt qu’une création d’en haut.

Pour la petite histoire, un article démontre que Thomas d’Aquin n’a rien à voir avec ce qu’on lui attribue par rapport à la Fête-Dieu. Au contraire, l’office romain est le résultat, par évolution, d’usages cisterciens, qui semblent avoir eu comme point de départ l’Abbaye des Dunes à Coxyde, qui, elle aussi, a eu comme source la fête liégeoise, ainsi que des dévotions italiennes.

De ce fait, très schématiquement, on devrait voir les choses de la façon suivante. Point de départ absolu: miracle eucharistique de Lancien vers 740, qui a inspiré des dévotions, dont l’apogée a été la Fête-Dieu de Liége en 1246, répandue très vite de Liége à Tongres (et ailleurs dans la région), puis à Coxyde, et enfin de Liége à Rome, en empruntant le matériel liturgique de Coxyde. Bref, la Fête-Dieu avec la fête de la Trinité, qui la précède immédiatement, et avec la fête brugeoise du Saint-Sang, c’est du belge!

 

Spes nostra.

Aujourd’hui en le jour-octave de la Pentecôte, pendant lequel on se penche sur le mystère de la triunité de Dieu, je veux continuer mes digressions sur les emprunts transrituels et interrégionaux, d’un rite à l’autre, dans la liturgie, à travers un cas concret lié à la Trinité.

He_elpis_mouDans la légende dorée de saint Joannice ou Jeannice, il est dit que ce saint récitait l’antienne suivante: Ἡ ἐλπίς μου ὁ Πατὴρ, καταφυγή μου ὁ Υἱός, σκέπη μου τὸ Πνεῦμα τὸ Ἅγιον, Τριὰς Ἁγία, δόξα σοι. («Mon espérance est le Père, mon salut est le Fils, mon refuge est l’Esprit Saint; Sainte Trinité, gloire à toi.») Bien entendu, l’auteur de la légende dorée a mis dans la bouche de son personnage une antienne qu’il avait entendue auparavant. Mais, grâce aux lecteurs de la légende, cette antienne a pénétré dans l’octoèque mineur, livre liturgique byzantin (chanté comme ici).

spes_nostraMais quelle est l’origine de cette antienne? On trouve dans les livres occidentaux l’antienne suivante: «Spes nostra, salus noster, honor noster, o beata Trinitas!» Dans celle-ci, spes fait implicitement référence au Père, salus au Fils, honor au Saint-Esprit. Donc, le transmetteur populaire a ajouté des gloses, pour que la référence à la Trinité soit explicite. Pour finir, beaucoup d’antiennes des fêtes finissent soit par «alléluia», soit pas «gloire à toi», chose qu’on a aisément ajoutée ici.

Et c’est ainsi que l’antienne se retrouvée sous la plume du rédacteur de la légende de saint Jeannice, où le pluriel a été réduit au singulier, comme cela arrive souvent dans des petites prières récitée par les moines.

Ma seule interrogation concerne la mutation de honor, «honneur», à σκέπη, «refuge, abri.» J’ai deux hypothèses, qui, d’ailleurs, ne s’excluent pas mutuellement. Soit les Byzantins ont été sceptiques à la notion romaine de honor (cf. les critiques byzantines à l’adresse de saint Anselme), et ont donc dû la remplacer par quelque chose d’autre (cf. dans le canon romain, les «mérites» des saints sont devenus «intercessions» dans les versions byzantines); soit honor, pour autant qu’il fût admissible par les Byzantins, n’est rendu en grec que par πίστις, «foi», que l’on a peut-être voulu éviter ici.

Alternativement, l’antienne aurait pu exister en grec d’abord (mais pas dans le rite byzantin, car autrement elle se trouverait dans le rite byzantin dans une forme plus primitive). Dans ce cas, le traducteur latin a eu du mal à traduire σκέπη, en comprenant «regard», et à cause de la difficulté de la traduction d’une telle notion, ce qui expliquerait aussi καταφυγή → salus. Ou encore, entre le latin et le grec il y a dû y avoir une langue intermédiaire, où les notions de refuge et d’honneur sont proches.

Adesto sancta Trinitas & Pater sancte.

En ce jour-octave (clôture) de la Pentecôte, en lequel on médite sur le mystère de la triunité de Dieu, je vous propose la traduction de deux hymnes que je n’ai pas traduites précédemment, à savoir Adesto sancta Trinitas et Pater sancte.

Adesto sancta Trinitas


Sois avec nous, ô Trinité,
Divine essence en unité,
Distincte de ta création,
Principe sans interruption.

Dieu saint, le chœur des cieux te loue;
Au ciel, sur terre et en-dessous,
Tes créatures réunies
Te prêchent, Trinité bénie.

Et nous, devant toi assemblés,
Tes serviteurs, de dons comblés,
Joignons nos hymnes et nos vœux
À ceux qui chantent dans les cieux.

Lumière trine en un rayon,
Dieu triunique te croyons,
En confession d’unique foi,
Unique Oméga et Alpha.

Au Père inengendré honneur;
Au Fils seul-engendré grandeur;
Au Saint-Esprit louange due:
Un Dieu aux siècles absolus. Amen.

Pater sancte


Ô Père très saint, qui d’amour abondes,
Ô Fils Jésus Christ, qui créas le monde,
Ô très saint Esprit, qui les âmes sondes,
Un Dieu immortel,

Sainte Trinité, unité intense,
Vraie divinité, ô bonté immense,
De tout orphelin tu es la défense,
Et l’espoir du ciel.

De tes serviteurs, de tes créatures
Monte vers les cieux la louange pure;
Reçois de nos voix gloire sans mesure,
Devant ton autel.

Au Père très bon, lui qui nous anime,
Au Verbe fait chair, vers qui vont nos rimes,
Et à l’Esprit Saint, gloire et toute estime:
Dieu trine éternel.

Marc d’Otrante pour les rites occidentaux.

Marc_OtranteQuiconque connaît un peu le rite byzantin a déjà entendu parler des « chapitres de Marc », qui se trouvent à la fin du livre de Triode. Il ne s’agit pas des chapitres de l’évangile de saint Marc, mais plutôt des chapitres écrits par Marc d’Otrante. En effet, la fête de l’Annonciation (considérée à la base comme le jour fixe de la passion du Christ; genre: le Christ devait être conçu et mourir le même jour) tombe toujours le 25 mars, et cette fête ne peut pas être transférée. Du coup, elle doit toujours être combinée avec les saisons et jours liturgiques du calendrier mobile (qui varie en fonction de la date de la Pâque). Marc d’Otrante a consigné par écrit les pratiques connues par lui, pour le rite byzantin. Notez, néanmoins, qu’Otrante se trouve dans les Pouilles, en Italie, non loin du rite latin.

Le BCP anglais de 1662 a prévu le transfert de l’Annonciation, si elle tombait pendant la semaine sainte, mais le poète John Donne témoigne de l’usage antique de combiner Annonciation et Vendredi-Saint. Dans les Églises de rite latin, avant le concile Vatican I, personne n’osait transférer l’Annonciation. L’erreur de Matthew Parker a été embrassée par Rome, et elle continue jusqu’à ce jour, même chez ceux qui s’autoproclament « tradi ».

Les chapitres de Marc d’Otrante restent en vigueur dans les Églises byzantines qui ont soit le calendrier julien pour toutes les fêtes (nord-Slaves), soit le calendrier grégorien pour toutes les fêtes (Finnois), mais ils ont dû être adaptés par les Églises byzantines qui ont le calendrier julien pour les fêtes mobiles, mais le calendrier grégorien pour les fêtes fixes.

En Occident, des usages existaient, mais ils n’étaient pas mis par écrit. Parfois, ces usages étaient bizarres. Par exemple, on sait que, dans le temps, lorsque le Jeudi-Saint coïncidait avec l’Annonciation, on célébrait la Messe de l’Annonciation après tierce, puis la Messe du Jeudi-Saint après nonne, ce qui est, liturgiquement, une belle aberration.

En Occident, on peut dire que les usages cathédral et monastique sont tombés en désuétude. Donc, pour ces deux usages, il faudrait que de nouvelles règles soient compilées, lorsque ces deux usages seront repris au sérieux. Par contre, pour ce qui est de l’usage paroissial occidental, j’ose compiler des règles liturgiques, dans l’esprit des chapitres de Marc d’Otrante. Les voici:

I. Les Premières vêpres de l’Annonciation

A. En carême, de lundi à vendredi. Les psaumes ordinaires, avec leurs antiennes ordinaires. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures du carême. Magnificat avec antienne du carême. Hymne des complies du carême Christe qui lux es et dies.

B. En carême, les samedis soir. Les psaumes ordinaires, avec les antiennes de la résurrection prévues pour les dimanches du carême. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures du carême. Magnificat avec antienne du carême. Hymne des complies du carême Christe qui lux es et dies.

C. En carême, les dimanches soir. Les psaumes ordinaires, avec les antiennes de la résurrection prévues pour les dimanches du carême. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Hymne des complies du carême Christe qui lux es et dies.

D. Le samedi avant le dimanche de la Passion. Psaumes ordinaires, avec les antiennes de la résurrection prévues pour les dimanches du carême. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de la passion. Magnificat avec antienne de la passion. Hymne des complies de la passion Cultor Dei.

E. Le dimanche de la Passion. Psaumes ordinaires, avec les antiennes de la passion. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Hymne des complies de la passion Cultor Dei.

F. Le temps de la passion, de lundi à vendredi, ainsi que le samedi, vigile des Rameaux. Psaumes ordinaires, avec les antiennes de la passion. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de la passion. Magnificat avec antienne de la passion. Hymne des complies de la passion Cultor Dei.

G. Le dimanche des Rameaux. Psaumes ordinaires, avec les antiennes de la passion. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Évangile des Rameaux. Hymne des complies de la passion Cultor Dei.

H. Le Jeudi-Saint au soir. S’il n’y a pas de Messe, on prend ceci: psaumes et antiennes du Jeudi-Saint. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures du Jeudi-Saint. Magnificat avec antienne du Jeudi-Saint. Hymne des complies de la passion Cultor Dei. Collecte du Jeudi-Saint, puis de l’Annonciation. Mais s’il y a Messe, alors on célèbre tout du Jeudi-Saint, avec la collecte de l’Annonciation à la fin.

I. Le Vendredi-Saint au soir. S’il n’y a pas de messe des présanctifiés, on prend ceci: psaumes et antiennes du Vendredi-Saint. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures du Vendredi-Saint. Magnificat avec antienne du Vendredi-Saint. Collectes des deux fêtes. Hymne des complies de la passion Cultor Dei. Mais s’il y a la messe des présanctifiés, alors on célèbre tout du Vendredi-Saint, avec la collecte de l’Annonciation à la fin.

K. Le Samedi-Saint. S’il n’y a pas de vigile pascale, alors on prend le psaume unique avec Alléluia comme antienne, l’hymne Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies, lectures du Samedi-Saint, Magnificat avec l’antienne Vespere autem, cantique de Siméon avec la même antienne Vespere autem, collectes des deux fêtes, hymne des complies pascales Iesu salvator sæculi verbum. Mais s’il y a un prêtre, alors on doit célébrer la vigile pascale. Alors la vigile pascale dans son entièreté, avec la collecte de l’Annonciation à la fin.

L. Le dimanche de la Pâque. Psaumes et antiennes propres de la Pâque. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Évangile de la résurrection. Hymne des complies pascales Iesu salvator sæculi verbum.

M. Lundi & mardi de la Pâque. Psaumes ordinaires, avec antiennes pascales. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Évangile de la résurrection. Hymne des complies pascales Iesu salvator sæculi verbum.

II. Les Matines de l’Annonciation

A-B. En carême, de lundi à samedi. Invitatoire de l’Annonciation. Les psaumes ordinaires, avec leurs antiennes ordinaires. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lectures de l’Annonciation. Te Deum. Benedictus avec antienne du carême. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus.

C-D. En carême, les dimanches. Invitatoire de l’Annonciation. Les psaumes ordinaires, avec les antiennes de la résurrection prévues pour les dimanches du carême. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lectures de l’Annonciation. Te Deum. Benedictus avec antienne du carême. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus.

E. Dimanche de la Passion. Invitatoire de l’Annonciation. Les psaumes ordinaires, avec les antiennes de la passion. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lectures de l’Annonciation. Te Deum. Benedictus avec antienne de la passion. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus. Après la collecte de l’Annonciation et celle du dimanche de la Passion, on ajoute une collecte de la résurrection comme mémoire.

F. Le temps de la Passion, en semaine. Invitatoire de l’Annonciation. Les psaumes ordinaires, avec les antiennes de la passion. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lectures de l’Annonciation. Te Deum. Benedictus avec antienne de la passion. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus.

G. Le dimanche des Rameaux. Invitatoire des Rameaux. Les psaumes ordinaires, avec les antiennes de la passion. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Te Deum. Épître des Rameaux. Benedictus avec antienne de la passion. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus.

H. Le Jeudi-Saint. Invitatoire de l’Annonciation. Les psaumes propres au Jeudi-Saint avec leurs antiennes. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Te Deum. Épître du Jeudi-Saint. Benedictus avec antienne du Jeudi-Saint. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus.

I. Le Vendredi-Saint. Invitatoire de l’Annonciation. Les psaumes propres au Vendredi-Saint avec leurs antiennes. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Te Deum. Épître du Vendredi-Saint. Benedictus avec antienne du Vendredi-Saint. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus.

K. Le Samedi-Saint. Invitatoire de l’Annonciation. Les psaumes propres au Samedi-Saint avec leurs antiennes. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Te Deum. Épître du Samedi-Saint. Benedictus avec antienne du Samedi-Saint. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus.

L. Le dimanche de la Pâque. Invitatoire de l’Annonciation. Les psaumes propres au dimanche de la Pâque avec leurs antiennes. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Te Deum. Épître du dimanche de la Pâque. Benedictus avec antienne de la résurrection. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus.

M. Lundi & mardi de la Pâque. Invitatoire de l’Annonciation. Les psaumes ordinaires, avec les antiennes de la résurrection. Hymne de l’Annonciation Cælestis ales nuntiat. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Te Deum. Épître du lundi ou du mardi de la Pâque. Benedictus avec antienne de la résurrection. Hymne des laudes de l’Annonciation Pulsum paternis sedibus.

III. Les Secondes vêpres de l’Annonciation

A. En carême, de lundi à vendredi. Les psaumes ordinaires, avec leurs antiennes ordinaires. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Hymne des complies du carême Christe qui lux es et dies.

B. En carême, les samedis soir. Les psaumes ordinaires, avec les antiennes de la résurrection prévues pour les dimanches du carême. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Hymne des complies du carême Christe qui lux es et dies.

C. En carême, les dimanches soir. Les psaumes ordinaires, avec les antiennes de la résurrection prévues pour les dimanches du carême. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Hymne des complies du carême Christe qui lux es et dies.

D. Le samedi avant le dimanche de la Passion. Psaumes ordinaires, avec les antiennes de la résurrection prévues pour les dimanches du carême. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Hymne des complies de la passion Cultor Dei.

E. Le dimanche de la Passion. Psaumes ordinaires, avec les antiennes de la passion. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Hymne des complies de la passion Cultor Dei.

F. Le temps de la passion, de lundi à vendredi, ainsi que le samedi, vigile des Rameaux. Psaumes ordinaires, avec les antiennes de la passion. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Hymne des complies de la passion Cultor Dei.

G. Le dimanche des Rameaux. Psaumes ordinaires, avec les antiennes de la passion. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Évangile des Rameaux. Hymne des complies de la passion Cultor Dei.

H. Le Jeudi-Saint au soir. S’il n’y a pas de Messe, on prend ceci: psaumes et antiennes du Jeudi-Saint. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures du Jeudi-Saint. Magnificat avec antienne du Jeudi-Saint. Hymne des complies de la passion Cultor Dei. Collecte du Jeudi-Saint, puis de l’Annonciation. Mais s’il y a un prêtre, alors il doit y avoir la Messe le soir. Alors on célèbre tout du Jeudi-Saint, en mettant les premières collecte, secrète et postcommunion du Jeudi-Saint, puis celles de l’Annonciation, et le dernier évangile de l’Annonciation.

I. Le Vendredi-Saint au soir. S’il n’y a pas de messe des présanctifiés, on prend ceci: psaumes et antiennes du Vendredi-Saint. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lectures du Vendredi-Saint. Magnificat avec antienne du Vendredi-Saint. Collecte de l’Annonciation, puis du Vendredi-Saint. Hymne des complies de la passion Cultor Dei. Mais s’il y a un prêtre, alors il doit y avoir la Messe le soir: c’est la seule occasion où la Messe entière se célèbre le Vendredi-Saint. Alors, on commence par la messe des catéchumènes du Vendredi-Saint, jusqu’à la vénération de la croix. Puis changement d’ornements, et la Messe de l’Annonciation, avec la préface de la croix. À la communion, psaumes du Vendredi-Saint avec leurs antiennes, et Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Bénédiction et renvoi, car on rompt le jeûne, et l’on ne dépouille plus l’autel.

K. Le Samedi-Saint. S’il n’y a pas de vigile pascale, alors on prend le psaume unique avec Alléluia comme antienne, l’hymne Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies, lectures du Samedi-Saint, Magnificat avec l’antienne Vespere autem, cantique de Siméon avec la même antienne Vespere autem, collectes des deux fêtes, hymne des complies pascales Iesu salvator sæculi verbum. Mais s’il y a un prêtre, alors il doit y avoir la Messe le soir. Alors la vigile pascale dans son entièreté, avec la collecte de l’Annonciation en seconde position après le Gloria, ainsi que les secrète et postcommunion de l’Annonciation après celles de la vigile pascale. À la fin, dernier évangile de l’Annonciation.

L. Le dimanche de la Pâque. Psaumes et antiennes propres de la Pâque. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Lecture vétérotestamentaire de l’Annonciation. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Évangile de la résurrection. Hymne des complies pascales Iesu salvator sæculi verbum.

M. Lundi & mardi de la Pâque. Psaumes ordinaires, avec antiennes pascales. Hymne de l’Annonciation Hæc illa solemnis dies. Magnificat avec antienne de l’Annonciation Hæc est dies quam fecit Dominus. Évangile de la résurrection. Hymne des complies pascales Iesu salvator sæculi verbum.

 

Septuaginta annos.

Demain, ce sera le dimanche de la Septuagésime, ou le début du pré-carême.

Dans le rite byzantin, les dimanches du pré-carême, on chante (comme ci) le psaume Super flumina Babylonis, parsemé d’alléluias, au troisième nocturne. Pendant des années, je me suis posé deux questions: 1. Pourquoi ce psaume à ce moment de l’année liturgique? 2. Est-ce que l’Occident aurait quelque chose de similaire?

Je pense avoir trouvé les réponse. Tout d’abord, parce que le temps de la septuagésime symbolise la captivité babylonienne. D’ailleurs, les Syriens l’appellent «abstinence de Babylone». Deuxièmement, il y a en Occident cette antienne: «Hymnum cantate nobis, alleluia, de canticis Sion, alleluia. Quomodo cantabimus canticum domini in terra aliena, alleluia? Septuaginta annos super flumina Babylonis sedimus et flevimus dum recordaremur Sion, alleluia; ibi suspendimus organa nostra, alleluia.»

Comme vous voyez, cette antienne, prévue en Occident pour le temps de la Septuagésime, reprend des paroles du psaume Super flumina Babylonis, auxquelles elle ajoute les mots: «septuaginta annos». Pour pouvoir chanter les alléluias, selon le modèle byzantin, cette antienne est parfois prescrite pour ce soir au Magnificat, qui est la dernière occasion de chanter «alléluia» avant la Pâque.

Hymnum cantate

O nata lux de lumine.

Clarté née de clarté, Jésus,
Toi, de ce monde Rédempteur,
Que nos louanges, vœux des cœurs
Et oraisons soient bien reçus.

Pour racheter tous les perdus,
Tu apparus en corps de chair:
Fais donc de nous tes membres chers,
Dans ton saint corps mystique inclus.

Gloire à toi, Christ manifesté
Sur terre, de puissance ceint,
Avec le Père et l’Esprit Saint :
L’unique Dieu d’éternité. Amen.

Adeste fideles en français.

Au fur des années, j’ai trouvé des traductions-adaptations du noël Adeste fideles vers le français, mais aucune ne me semblait satisfaisante. J’ai eu en 2013 un échange là-dessus avec le père Georges Pfalzgraf, et il n’avait pas l’air trop satisfait non plus.

Pour finir, je me suis enfin attelé à la tâche, et voici le résultat.

Vu qu’il y a cinq vers par couplet, j’ai fait rimer les vers deux par deux (I-II et IV-V), et les vers du milieu de chaque couplet riment entre eux.

adeste_fideles_francais
adeste_fideles_francais_2

Nativité et baptême.

ecce_maria_genuitParmi les antiennes qui se chantent à la Circoncision (1er janvier), il y en a une en particulier, qui est un reliquat de la célébration des trois manifestations du Christ le même jour, à savoir la nativité, le baptême, les noces de Cana. Il s’agit de l’antienne Ecce Maria genuit nobis.

Néanmoins, il y a un autre élément. Lors des laudes de Noël, l’un des psaumes est le 92 (93), qui dit: «Les fleuves, ont élevé, Seigneur, les fleuves ont élevé leur voix. Les fleuves ont élevé leurs flots,  au bruit des grandes eaux.» Curieusement, ce psaume est encadré par l’antienne Quem vidistis, pastores? qui n’a rien en commun avec le psaume qu’elle encadre.

nativite_baptesme_petitDe même, aux secondes vêpres de Noël, on chante le psaume 113, qui dit: «La mer le vit, et s’enfuit; le Jourdain retourna en arrière. […] Qu’avais‑tu en toi, ô mer, pour fuir ainsi, et toi, Jourdain, pour retourner en arrière?»

Iconographie eucharistique.

Je vois souvent dans les églises l’image de la Cène de façon “michelangélique”, ou encore le souper d’Emmaüs, derrière l’autel.

Je trouve qu’à cet endroit, les deux représentations sont plutôt contre-productives. Entre autres, ce sont elles qui ont entretenu le mythe de la position du prêtre “versus spectatorem”.

Dans les Églises orientales, l’iconographie est celle de la “communion des apôtres”. Celle-ci représente, en effet, la façon dont la communion était distribuée dans les églises byzantines.

Personnellement, je pense que celle-ci pourrait être mise derrière l’autel, en bas du retable, comme un triptyque, coupée en deux, avec l’icône de Jésus-avec-la-vigne au milieu. Jésus-avec-la-vigne est l’icône la plus populaire en Transylvanie: le Christ est assis sur l’autel, à la place de l’hostie, avec un calice, dans lequel il presse du jus de raisin à partir d’une vigne qui pousse de son corps. Ça donnerait ceci:

eucharistie

Iconostase.

L’une des choses qui m’horrifie le plus dans la plupart des églises de rite byzantin, c’est l’iconostase. Il s’agit d’un “mur d’icônes” qui sépare le sanctuaire d’avec la nef. Dans la pratique, c’est l’un des moteurs de la désacralisation de la vie chrétienne dans les pays concernés: les fidèles sont tenus, à cause de l’iconostase, tellement à l’écart des sacrements, que la plupart d’entre eux ne savent même pas que lors la Messe il y a du pain et du vin qui sont consacrés. L’iconostase est la cause directe de la disparition de la conscience ecclésiale et eucharistique! Une petite visite dans les pays de l’Est et dans les Balkans vous donnera à voir des gens qui communient une seule fois par an, en carême, et cela même en dehors de la Messe.

Je trouve qu’en Occident, nous avons trois alternatives historiques, pratiques et pastorales à cela:

1. Le jubé. Loin de barrer la vue entre le chœur et les autres chrétiens, le jubé reste discret. À vrai dire, je suis opposé, pour des raisons théologiques, à la séparation entre le clergé et les autres baptisés, car le sanctuaire est formé par la nef et le chœur. D’ailleurs, lorsqu’il y a peu de monde, les fidèles se ressemblent dans les stalles qui se trouvent dans le chœur. Ce n’est pas la nef, mais bien le narthex, qui doit être séparé.

banc-com2. Le banc de communion. Là où il y a un jubé, le banc de communion se trouve entre l’autel et le jubé, ce qui démontre que le rôle du jubé n’est pas d’éloigner les fidèles. Là où il n’y a pas de jubé, le banc de communion tient la place de celui-là. Comme dans l’image ci-contre (cathédrale du Groenland), le banc de communion n’empêche nullement les fidèles de regarder l’autel; d’ailleurs, l’autel est plus élevé, comme son étymologie l’indique.

 

3. Le retable. Avant le début de la Messe, on ouvre le retable, qui est une sorte de triptyque d’icônes. Le panneau central repose sur l’autel, alors que les deux panneaux latéraux y sont réunis par des charnières. Ainsi, pendant la Messe, tout le peuple – clergé et laïcs – sont orientés à la fois vers l’autel et vers les icônes. Le retable nous fait entrer dans le mystère de Dieu et de l’eschaton, sans obstruer la vue.

Cependant, tout comme dans le rite byzantin, les portes “royales” de l’iconostase se ferment après la Messe, de même, là où il y a des retables traditionnels, on ferme les deux panneaux latéraux, qui couvrent le panneau central.

agneau_mystique_closed_bigCar ces panneaux latéraux ont également deux icônes sur le verso. Il s’agit de l’Annonciation.  Dans les églises byzantines aussi, c’est l’Annonciation qui est peinte sur les “portes royales”. Cela veut dire qu’en dehors de célébration eucharistique, nous voyons seulement la “couverture”, la scène de début, du livre de l’incarnation. Avec l’apparition de crucifix, bougeoirs géants et tabernacles immenses sur l’autel, on a du mal à fermer le retable après la Messe; du coup, malheureusement, dans la pratique, les retables restent ouverts tout le temps, et l’Annonciation n’est jamais visible.

Cela ne fait qu’amoindrir le caractère eschatologique de la Messe.

Les adeptes de l’iconostase disent que nous avons besoin d’icônes pour la célébration. Mais les icônes peuvent être sur le retable plutôt que sur le jubé.