Odonymie namuroise.

Voici la lettre que je viens d’envoyer à l’échevin Luc Gennart de la commune de Namur, à la Commission royale de toponymie et au Service des langues endogènes:

Mr l’Échevin, Mesdames et Messieurs,

L’écrivaine gembloutoise Chantal Denis, dans son roman Quî ç’ qu’ a touwé JFK ? pose la réflexion suivante : le boulevard Ad Aquam à Namur a été renommé Baron Huart, alors que quasi personne ne sait qui était le personnage en question – et cet hommage ne l’a en rien rendu plus illustre ou mieux connu. Les réflexions suivantes me sont venues en rentrant de la Fête aux langues de Wallonie.

Nos rues se sont progressivement encombrées de références à toutes sortes d’hommes et de femmes illustres à des degrés divers et variés. Outre le manque d’efficacité de ces hommages, ils peuvent parfois conduire à des confusions, à la façon des deux rues Dandoy (un nom si courant dans la région) à Flawinne. Mais le plus problématique est que cette avalanche de personnages s’est souvent faite au détriment des noms originaux des rues. Et lorsqu’il s’agit de nouvelles rues, on peut s’estimer chanceux si personne n’a cru nécessaire d’y coller le nom de quelqu’un. Mon courrier, vous l’aurez compris, est un plaidoyer pour le retour à une odonymie en lien avec les lieux, plutôt qu’avec les semi-célébrités plus ou moins locales.

La commune de Durbuy est pionnière en matière d’odonymie wallonne. Un simple coup d’œil sur la carte papier ou sur la carte Google suffit pour le démontrer. Dans la commune fusionnée de Namur, il y a déjà une odonymie wallonophone : Rue des Pitteurs, Rue des Tautis1 – mais dans ces cas, le mot wallon a été “francisé” de force, en devenant une forme “bâtarde”, qui fait plus de mal que de bien au trésor culturel qu’est la langue wallonne. Par exemple, plutôt que d’avoir une « rue des Tautis », on devrait avoir soit le tout en wallon, sitrålete des Tåtîs (Sitraulète dès Tautîs), soit le tout en français, « rue des Pâtissiers. » Pour le reste, la rue des Rèlîs Namurwès et la Place du Bia Bouquet, si elles rendent hommage à la langue wallonne, n’en n’ont pas pour autant de lien avec l’histoire de la rue.

Pour nommer une rue en wallon, il ne faut surtout pas calquer le français « rue » en tant que rûwe ou rowe. En wallon, il existe quatre types d’odonymie traditionnels :

1 Avec un locatif : Ås Tchôdès Aiwes ou Al Tchôde Aiwe2 ; Åzès Bos/Bwès3. À partir de ces exemples, on pourrait poursuivre : Å[zè]s Viyès Djins4, Ås Ospitås (Aus Ospitaus)5, Al Vindince6, Al Handele A Môde di Djin7, Al Aite8, Ås Moxhes A Låme9 ou plus court Al Låme10 ; de même Å Grand Botike11 ; Al Haitire Aiwe12, Å Rapuroe (Rapurwès)13 etc.

2 Avec des mots typiquement wallons pour désigner les voiries : sitrêye (estrêye)14, qui forme des constructions de type germanique. Ainsi, on pourrait avoir : Walonstrêye, Mitanstrêye15, Cronstrêye16, Londjinstrêye17, Avionstrêye18 etc.

3 Avec d’autres mots typiquement wallons pour désigner les voiries, en formant des constructions de type roman au génitif : voye (vôye) et balwér, ainsi que sitrålete (èstrôlète, sitraulète), diminutif de strêye, sans oublier plaece (place, plèce) et scwére ainsi que bate pour les places publiques. Ainsi, on pourrait avoir : Voye del Tuzance19, Voye des Syinceuzès Dames20, Voye des Doctoresses, Voye des Médes21, Sitrålete des Penleuses22, Balwér des Manaedjresses23, Plaece des Pipsakeus24, Plaece del Mayoresse25, Voye des Parolîs26, Scwére des Rcwereus27, Voye del Sicrijheuse28, Bate del Tchantreye29, Plaece do Bén-Mougnî30, Bate do Bea-Moussî (Bia-Moussî)31, Pîssinte des Afuyîs32 etc.

4 En laissant l’élément humain de côté, il y a déjà des cas d’odonymie où l’on se focalise sur l’endroit : Tcheråvoye33, Hierdåvoye34. Sur ce modèle, on pourrait avoir des noms plus modernes : Rotåvoye35, Pirvoye (Pîrevôye)36, Påjhire Voye37, E Påjhir38, Pîssinte des Tchets39, Vete Voye, Martchandvoye.

Bref, plutôt que de mettre à l’honneur des individus, l’odonymie de notre commune pourrait mettre à l’honneur des métiers (et, en-dehors des exemples que j’ai déjà donnés, il y en a tant d’autres : bussîs, « chauffeurs de bus », naivieus, « personnel de navigation [aérienne] », watmanes, « conducteurs de tram », feutîs, « pompiers », sicabins, « échevins », machinisses…), mots qui peuvent être mis au féminin ; des réalités contemporaines comme la gastronomie, la mode, les réfugiés, dont j’ai parlé plus haut, ou encore les immigrés (abagants) ; des arbres, selon les rues, dont les noms diffèrent du français (melêye, « pommier », biokî, « mirabellier », fåw/fauw, « hêtre », mesplî, « néflier », petchalî…) ; des réalités concernant les voiries elles-mêmes ; et le tout, non seulement avec une nostalgie du passé, mais avec un encrage dans le présent et un regard vers l’avenir.

Il me serait agréable que mes réflexions soient transmises aux personnes en charge de la nomenclature des voiries, et je vous en remercie !

Cependant, je sais que d’aucuns contesteront l’idée même de l’odonymie wallonophone, sous prétexte que le langue française est la seule langue officielle chez nous. Or, malgré le caractère officiel du français, notre toponymie n’est pas francophone, mais bien wallonophone, voire wallo-flamande, orthographiée parfois de manière fantaisiste : Wallonie, Bomel, Fau[l]x, Malonne, Bas[s]eille, Flawinne, Bricgnot, Beez, Fooz, Transvaal…

Bien à vous,

G. S.

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1En wallon, tåtî/tautî signifie « pâtissier. » Il y a, en effet, une pâtisserie dans cette rue-là, à Belgrade.

2Littéralement « Aux Thermes. »

3Littéralement « Aux Bois. »

4Littéralement « Au Home pour personnes âgées » ; l’expression en wallon n’est pas péjorative.

5Littéralement « Aux Hôpitaux. »

6Littéralement « Au Marketing. »

7Littéralement « Au Commerce Équitable. »

8Littéralement « Au Cimetière. »

9Littéralement « Aux Abeilles. »

10Littéralement « Au Miel. »

11Littéralement « Au Supermarché. »

12Littéralement « À l’Eau Potable », pour une rue menant vers une usine de potabilisation.

13Littéralement « À la Station d’Épuration. »

14Du latin strata, ce vocable existe dans la plupart des langues romanes et germaniques, y compris dans les toponymies Strasbourg et Sitrée.

15Littéralement : « Rue du Centre. »

16Littéralement : « Rue en Courbe. »

17Littéralement : « Rue à vitesse réduite », idéale à proximité des écoles.

18Littéralement : « Rue des Avions », propice à une voirie menant à l’aérodrome/aéroport. À ne pas confondre avec aréyostrêye, « piste de décollage et d’atterrissage. »

19Littéralement : « Rue de la Culture. »

20Littéralement : « Rue des Scientifiques [au féminin]. »

21Littéralement : « Rue des Médecins. »

22Littéralement : « Ruelle des Secrétaires [au féminin]. »

23Littéralement : « Boulevard des Directrices. »

24Littéralement : « Place des Cornemuseurs. »

25Littéralement : « Place de la Bougmestre. »

26Littéralement : « Rue des Avocats. »

27Littéralement : « Place des Chercheurs. »

28Littéralement : « Rue de l’Écrivaine. »

29Littéralement : « Place de la Chorale. »

30Littéralement : « Place de la Gastronomie », nom idéal pour un endroit où il y a des restaurants.

31Littéralement : « Place de la Mode », nom idéal pour un endroit avec des magasins de vêtements.

32Littéralement : « Sentier des Réfugiés. »

33Francisé très maladroitement en « Cherreau » ou « Charreau », le mot composé signifie « rue carrossable. »

34Francisé en « Herdal » ou « Herdeau » ou encore « Yerdal », le mot composé signifie « rue par laquelle passe le troupeau. »

35Littéralement : « Rue Piétonne », nom idéal pour l’une des voiries du centre-ville.

36Ceci signifie tout simplement « chaussée » ou « rue pavée. » Alors que ce mot composé est ancien, il pourrait servir à des constructions modernes du genre : pirvoye del Måjhon Bén-Fonds, pour « rue pavée de l’agence immobilière », par exemple.

37Littéralement : « Rue Paisible. »

38Avec locatif, même signification que le précédent.

39Littéralement : « Sentier des Chats. » Notez qu’il existe déjà un Tienne des Biches, qui, aussi louable qu’il soit pour le mot wallon tiene, n’est pas réaliste quant à la zoologie du lieu.

Passagers, critique de film.

Hier j’ai vu le film Passagers. Dans cet article, j’écris une petite critique. Je suis très difficile à satisfaire aux niveaux littéraire et cinématographique, mais, et malgré les critiques négatives que j’ai lues à propos de Passagers, je vous partage mes impressions très positives de ce film.

Lorsque je vois des engins d’espace dans les films, je me demande souvent d’où est venue l’idée de la maquette à celle ou celui qui l’a créée. Et, au plus souvent, c’est de la boulechite. Par contre, dans Passagers, le vaisseau de croisière et hibernation me semble bien fait. En avançant, le vaisseau Avalon tourne autour de lui-même, afin de créer de la gravitation. Les espaces habitables se trouvent dans les trois ailes autour du rotor.

Je ne savais pas que l’hibernation humaine était effectivement à l’état de projet; je croyais que ça tenait davantage de la fiction non-scientifique. Je vois que la compagnie SpaceWorks, qui travaille pour la NASA, bosse là-dessus.

Mais ce pourquoi j’apprécie ce film, c’est pour son anthropologie, qui reste très chrétienne.

Voici le fil conducteur du film, de mon point de vue. La Terre étant surpeuplée, la compagnie Homestead propose des voyages interstellaires, avec, à bord, des gens qui ont payé très cher, afin de coloniser une planète habitable. En effet, les gens lèguent à la compagnie Homstead tout ce qu’ils possèdent, dans l’espoir d’un nouveau départ dans la vie. Sauf que la planète habitable est très loin, et le voyage depuis la Terre dure 120 ans. Du coup, on met en hibernation l’équipage, ainsi que les passagers, et le vaisseau est en autonavigation par ordinateur. Parmi ces passagers se trouvent Jim, un ingénieur, ainsi qu’Aurora, une écrivaine qui pète dans la soie. Jim espère juste qu’il construirait une nouvelle maison sur la planète colonie, alors qu’Aurora espère passer quelque temps dans la colonie, puis revenir sur Terre; «ainsi j’aurai vécu 250 ans», dit-elle. La compagnie Homestead, en réalité, se fout pas mal des voyageurs et de la sécurité du convoie; de toute façon, puisque ça prend 120 ans pour faire le voyage, alors même si tout le monde périt en chemin, les responsables de Homestead seront déjà tous morts, après avoir empoché les biens des passagers. Une sorte de mentalité “après nous, le déluge”. Des erreurs de fonctionnement du vaisseau ne sont pas prévues, et les ordinateurs avec le logiciel de pilote automatique sont perçus comme infaillibles.

avalonMais voilà que tout ne se passe pas comme prévu; le vaisseau percute des astéroïdes, et cela endommage non seulement le vaisseau lui-même, mais aussi l’une des capsules d’hibernation, à savoir celle de Jim. En sortant de l’hibernation, Jim reçoit de l’ordinateur de la capsule l’info comme quoi le voyage touche à son terme, alors qu’il s’aperçoit que lui seul s’est réveillé, et qu’il n’avait été en hibernation que 30 ans, et que le vaisseau a encore 90 ans de parcours. En d’autres termes, il est condamné à passer le reste de son existence tout seul sur un vaisseau, et de mourir là avant d’arriver à destination.

Entre temps, il étudie les profils de quelques autres passagers se trouvant dans leurs capsules d’hibernation. Il lutte tout le temps avec la tentation de réveiller Aurora. Ceci reflète la nature humaine, telle que consignée dans Genèse 2: «Le Seigneur dit: “Il n’est pas bon que l’humain soit seul; créons-lui une aide semblable à lui”. Or Dieu avait aussi formé de la terre toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel […] Mais il ne se trouvait pas pour Adam d’aide semblable à lui. Alors Dieu […] forma une femme, et il la conduisit à Adam.» Mais il y a bel et bien tentation, car Jim sait que, s’il réveille Aurora, il le fera par égoïsme, et qu’Aurora sera condamnée à partager son sort à lui, et du coup de ne pas arriver à destination, mais de mourir en route, comme lui.

Or la tentation de Jim est aussi la tentation de tout un chacun d’entre nous. Au bord du suicide, il succombe à la tentation de réveiller Aurora, lui faisant croire que sa capsule à elle avait été défectueuse, comme la sienne, et ne lui dit pas la vérité. Jim met sa vie en danger à plusieurs reprises, pour réparer les différents problèmes du vaisseau, alors qu’Aurora est une je-m’en-foutiste, qui ne pense qu’à sa propre vie à elle. Jim révèle une nature humaine post-lapsarienne, mais en quête de grâce, en quête de rédemption. Aurora révèle un état d’âme démoniaque, un égocentrisme qui dépasse de très loin l’égoïsme initial de Jim. Entre autres, elle reproche à Jim de lui avoir volé la vie, mais elle est sur le point de vouloir réveiller elle-même sans scrupules d’autres personnes.

Entre temps, Gus, un membre de l’équipage se réveille aussi, à cause des erreurs techniques de sa capsule. Mais Gus est mourant. Il est très altruiste, et confie à Jim et Aurora le sauvetage du vaisseau. Gus meurt, mais sa mort réconcilie les deux autres personnages. Jim suppose qu’il doit sacrifier sa vie pour réparer le vaisseau par l’extérieur, mais n’hésite pas à le faire. Il est effectivement en mort clinique, mais Aurora le réanime, et ainsi il revit.

Le film finit avec le réveil de l’équipage, 88 ans plus tard, avant l’arrivée à destination. Sur le grand hall du vaisseau, on voit une maisonnette construite par Jim, de l’herbe, des poules, et le livre écrit par Aurora pour les informer des péripéties qui ont eu lieu pendant le voyage.

On voit dans le film des histoires d’auto-rédemption partielle (Jim, Aurora). Mais l’idée de sauver la vie de la totalité des passagers en donnant la sienne est omniprésente. Rétrospectivement, on sait que, si la capsule de Jim n’avait pas été défectueuse, il ne se serait pas réveillé, et le vaisseau aurait péri. Si Jim n’avait pas réveillé Aurora, sans elle il n’aurait pas su sauver le vaisseau. Si Gus n’avait pas fait sa brève apparition, à nouveau Jim et Aurora n’auraient pas pu sauver le vaisseau. Donc felix culpa à plusieurs reprises!

Les personnages critiquent beaucoup les agissement de la compagnie Homestead, et démontrent que la machine est impuissante toute seule, et qu’une présence humaine est nécessaire!

 

Père Nicolas.

Tout d’abord, je commence cet article en souhaitant une bonne fête à mon Nicolas. Car saint Nicolas a bel et bien existé; c’est l’un des évêques signataires du Ier concile de Nicée.

La “vie” de saint Nicolas, écrite plusieurs siècles après le “transfert” de ses reliques à Bari, raconte que le saint aurait donné des cadeaux à trois filles pauvres, pour les empêcher de se prostituer. De là l’habitude des adultes de donner des cadeaux aux enfants au nom de saint Nicolas. Sauf que la coutume n’est pas présente de la même façon dans la chrétienté. Chez les Catalans, c’est à l’Épiphanie qu’on donne les cadeaux aux enfants, de la part des rois mages. Dans l’Europe centrale et de l’est, c’est pendant le soir de Noël que les enfants reçoivent les cadeaux, de la part de Père Noël. Ce personnage fictif, qui se trouve malheureusement même dans l’icône de la Nativité en train de causer à saint Joseph, est considéré propriétaire de l’étable où est né Jésus, pendant que sa femme, Mère Noëlle, sert de sage-femme, et donne un bain à l’enfant Jésus.

Cependant, dans ce dernier cas, il me semble que c’est le folklore préchrétien qui a été assimilé dans le cadre chrétien. Par exemple, les Islandais ont les 13 lutons de Noël, dont le père est le troisième mari d’une trollesse, et même un chat-luton.

Ce fut d’abord Luther qui trouva qu’on ne devait pas parler d’un personnage mythique comme le Père Noël; donc il offrit des cadeaux à ses filles en cachette, pour leur demander ensuite: «Qu’est-ce qu’il t’a apporté, le Seigneur Christ?» Les régimes de type stalinien, prétendant supprimer la superstition, introduisirent le Père Gélard.

Quant aux saints historiques comme Nicolas de Myre en Lycie et les mages ayant trouvé le Christ, je trouve qu’il est malsain que de leur attribuer les cadeaux du temps de Noël, car une telle croyance usurpe la doctrine chrétienne. En tant que chrétiens, nous croyons que les saints – Nicolas et les mages y compris – sont décédés, séparés de leurs corps, et que leurs âmes attendent consciemment la résurrection finale; même si nous trouvons en eux des exemples précieux, et même si nous sommes unis à eux dans la communion des saints, néanmoins, nous n’avons pas le droit moral de leur attribuer des choses surnaturelles fausses. Et le Christ n’a rien à voir là-dedans non plus. Lorsque j’étais petit, il y avait ces personnages surnaturels: Dieu, que les villageois adoraient à l’église, et le Père Noël/Gélard, qui apportait des cadeaux aux enfants. Quand j’ai découvert que le Père Gélard était la femme de ménage de l’école, déguisée avec une fausse barbe, tout mon univers surnaturel s’est effondré. Nous devons transmettre la foi aux enfants via des bases cohérentes.

pas_de_pere_noelUne autre blogueuse cite la même raison que moi, et en donne quatre autres. Bravo! Et un signe au bord de la route en rajoute une. Encore bravo!

Lorsque nous aurons des enfants, nous leur offrirons sans doute des cadeaux, et les encouragerons de faire de même (un enfant qui offre tel jouet à un autre devient moins matérialiste). Nous leur apprendrons également les vies de quelques saints post-bibliques, bien sûr.

osterkerzenMais, diraient certains, on ne peut pas remplacer quelque chose par du vide. C’est vrai. Cependant, nous ferons ni l’erreur de Luther, ni celle des régimes staliniens. Avant l’avent, nous passerons du temps à tresser une couronne d’avent; avant Noël nous cuisinerons ensemble, se cela les intéresse; avant Pâques, nous peindrons des cierges pascaux. Ils seront, sans doute, davantage fiers de ce genre de bricolage, qui aura une utilité liturgique et/ou culinaire, plutôt que des mochetés que leur institutrice leur demande de faire.

Football?

Quel avenir pour nos écoles? Quant à l’avenir de l’école belge, je suis tout aussi pessimiste ou optimiste qu’à l’égard de l’avenir de l’Église. Ni plus, ni moins.

Le collège Saint-Servais, qui est l’une des deux écoles qui se trouvent dans notre rue affichent, depuis plus d’un an, en très grand format, un panneau stipulant: «FOOTBALL ÉTUDES de la 1e à la 6e».

Plutôt que de d’attirer les jeunes vers les langues, les sciences etc., cette école se fait de la pub selon les règles du marketing. Quelle est la demande? Le foot. Ben, on va leur offrir du foot, quitte à en faire des barakîs.

Malgré que l’ASBL Ose la science a son siége social dans la même école, l’école elle-même n’a pas l’air de s’en vanter. L’école se barakise. Saint-Servais se barakise.

 

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Montres.

zone griseJe me demande toujours pourquoi, surtout dans les grandes gares de Bruxelles, Flandre et Namur, il y a toujours des gens qui arrivent en retard, après que j’ai donné le départ. Les pires sont Bruxelles-Central, Anvers-Central et Louvain, où, pendant la zone grise, il y a toujours des gens qui veulent monter à bord, alors que le départ a été donné, et qu’ils risquent de se faire faucher les jambes, à l’instar de l’accident de Dinant.

Et je pense avoir trouvé la réponse à ma question: l’industrie horlogère! Les voyageurs pensent être à temps sur le quai, pour prendre leur train, mais à cause des mauvaises montres, ils ne sont pas à l’heure.

Lorsque j’ai commencé à rouler, je me suis rendu compte que la montre à cadran, que j’avais reçue en cadeau, bien que précise, avait deux grands défauts. 1. Il m’était quasi impossible de lire les minutes avec précision: «Est-il dix heures vingt-et-une, ou plutôt dix heures vingt-trois?» 2. Le cadran était immense, sans raison aucune.

casioJe me suis acheté une montre Casio, sans cadran, avec affichage alphanumérique. L’utilité est évidente. Étant donné que je dois fermer les portes du train assez à l’avance pour que dix secondes avant l’heure de départ je tourne l’IOT, la précision est importante. Cependant, cette montre accumule tous les jours un retard d’une seconde. Une seconde de retard par jour, c’est énorme. Cela veut dire que je devrais la remettre à l’heure tous les jours, ce qui est une énorme perte de temps.

Pire encore, au-delà de l’utilité, cette montre Casio se moque un peu de l’usager. Sur l’écran il y a plein de messages inutiles: «alarm chrono», «Lithium», «water resist», «50M». Ces indications auraient dû figurer uniquement sur l’emballage et dans la vitrine du magasin, mais absolument pas sur la montre elle-même. D’ailleurs, je n’ai jamais compris ce que «50M» ou «5OM» pourrait signifier. L’utilité d’un produit ne réside pas en l’auto-louange de celui-ci. En conclusion, une telle montre Casio, pour afficher l’heure avec la même taille de caractères, aurait pu être plus petite, et donc plus pratique. En revanche, une plus haute précision aurait rendu cette montre utile. J’aurais pu tolérer un retard d’une seconde par semaine.

À une époque où nos autres outils, comme les GSM, se mettent tous seuls à l’heure tous les jours grâce à internet, je trouve inacceptable que les montres – dont la seule utilité est d’indiquer le temps – ne se mettent pas à l’heure tous les jours toutes seules.

Nicolas vient de m’acheter une montre radio-pilotée. Toujours Casio, car les autres marques soit ne connaissent pas le concept, soit leurs montres radio-pilotées sont immenses.

Alors si vous arrivez encore trop tard à la gare, et que le départ a déjà été donné, blâmez le fabricant de votre montre, et non plus le chef (la cheffe) de train. Une montre ne devrait pas être un bijou. Si vous voulez des bijoux, faites-vous percer les oreilles. Appelons un chat un chat. Les industriels horlogers fabriquent des bijoux – au lieu de fabriquer de vraies montres – parce que nous nous y complaisons. Nous devrions arrêter d’acheter de tels objets. Si tout le monde achetait uniquement des montres alphanumériques radio-pilotées, les horlogers se remettraient en question.

Suppression du bus 11.

bus_11Le TEC a décidé, une fois de plus, de punir ses voyageurs, au détriment des automobilistes fautifs. Voici la lettre que nous avons envoyée à plusieurs responsables (Jean-Marc Évrard, directeur général du TEC Namur; Vincent Urbain de la SRWT, Carlo Di Antonio, ministre de la mobilité; Patricia Grandchamps, échevine de la mobilité; Maxime Prévôt, mayeur de la commune de Namur).

 Mesdames et Messieurs,

Nous nous adressons à vous dans le cadre de la modification du trajet du bus N11 (Jambes Petit Ry « Saint-Servais Beau-Vallon). Il est en effet planifié, malgré de nombreuses contestations et campagnes, que ce bus ne traverse plus plusieurs rues de notre faubourg de Saint-Servais.

bus_11_NamurNous comprenons, bien sûr, à quel point il doit être difficile de manœuvrer un autobus dans d’étroites ruelles sinueuses, en particulier lorsque des automobilistes ont la mauvaise idée de stationner dans le passage. Nous en savons quelque chose, puisque ce problème est régulier devant chez nous, ainsi qu’en témoigne cette photographie.

Lorsque nous avons acheté notre maison en 2009, un critère prioritaire était d’avoir un arrêt de bus dans notre rue. Notre projet est de ne pas acheter de voiture. Habiter dans un village sans voiture n’aurait pas été possible (ou trop difficilement), voilà pourquoi nous avons acheté, plus cher, en ville. Notre choix s’inscrit dans nos convictions de développement durable.

Vous pouvez donc imaginer à quel point nous sommes déçus que le bus 11 ne passera désormais plus dans notre rue. Nous avons bien noté qu’il continuera de circuler dans la chaussée de Waterloo, mais cela ne nous arrange pas pour le transport de nos courses. D’autres personnes de notre rue, notamment âgées, sont dans la même situation.

La rue L. de Hulster, en particulier, est déjà saturée de voitures, qui se parquent tant bien que mal pare-choc contre pare-choc. La construction des nouveaux logements « Terrasses de Bella Rocca » en amont de notre rue va encore intensifier ce problème. Dès lors il est parfaitement illogique d’aggraver ce problème en ne permettant plus au bus de passer par cette rue.

Le parking est interdit dans le haut de notre rue. Pendant des années, nous avons supporté les coups de klaxons du bus 11 à chaque fois que des autos étaient stationnées sur son passage devant chez nous, au plus souvent à 5 heures 56. Nous avons également supporté que le bus défonce notre trottoir en roulant dessus à répétition pour contourner les voitures encombrantes. Nous avons toujours toléré ces inconvénients, considérant que nous étions chanceux d’avoir un bus qui passe dans notre rue. Nous voilà maintenant injustement punis de ne pas avoir investi dans une voiture, et acheté une maison dans un village, donc moins chère. Nous sommes attristés que le plan de transport du TEC favorise l’abandon des transports en commun au profit des voitures, et cela même en pleine agglomération urbaine.

Nous espérons que cette lettre permettra d’éveiller les consciences, et que le bus 11 pourra reprendre son trajet ordinaire.

Il doit par ailleurs y avoir certainement moyen de construire – sur l’un ou l’autre des lots vierges à vendre – des parcs de stationnement de proximité, afin de décharger les routes des faubourgs de Namur, plutôt que de ne plus y faire rouler les bus.

D’avance, merci pour votre réaction.

Réflexion pour l’Annonciation-Vendredi-Saint 2016.

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283 morts.

Le meilleur roman que j’ai lu l’année passée dit et répète que la peur est le pire des ennemis. Sur la couverture, on voit la peut personnifiée, en train de se regarder dans un miroir dans un cimetière.

En Belgique, tous les jours, en moyenne, meurent 283 personnes. De ces 283 morts par jour, 74 meurent du cancer, 33 meurent du tabagisme, 10 meurent de maladies cardiovasculaires, 5 se suicident, et 2 meurent dans des accidents routiers.

Donc les attaques d’avant-hier en Belgique s’élèvent à 31 morts. Ceci n’est pas énorme, par rapport à tous ce que je viens d’énumérer. Oui, il y a aussi 250 blessées, mais je n’ai pas parlé de la moyenne de blessés par jour en Belgique. Je n’ai compté que les morts.

Ce que les terroristes ont voulu, c’est de semer la peur. Avec un coup de pouce de nos médias, ils ont réussi.

Une église à Bruxelles annonce en pompe: «Nous avons défié le terrorisme en célébrant une messe.» Euh, non. Ça, c’est de la récup’ crasseuse. La messe que vous avez célébrée était programmée depuis longtemps, et beaucoup d’autres paroisses en Belgique ont célébré des messes déjà programmées. L’archevêque de Malines, l’évêque de Namur, celui de Bruges, etc., ils ont tous célébré des messes chrismales, parce qu’elle devaient être célébrées, mais ils ne se vantent pas.

Adoption.

adoptionCertains d’entre vous savez que Nicolas et moi-même avons commencé, il y a un an et demi, la procédure d’adoption.

L’année 2016 commence mal pour nous, car cette agence d’adoption, catholique-romaine jusqu’à la moëlle, vient de nous déclarer inaptes. Pour la petite histoire, lors de notre premier rendez-vous chez eux, le directeur de l’agence nous a bien fait comprendre que, dit-il, «nous sommes des chrétiens». Nous lui avons répondu que nous étions aussi des chrétiens; puis il nous a dit leur leur «conviction catholique» les rendait réticents à l’adoption par un couple de deux hommes. Ensuite, lors d’un rendez-vous ultérieur, nous avons trouvé, parmi les livres de leur parloir, une brochure de «La Manif pour tous». Lors de notre dernière entrevue, la femme du directeur nous a dit que les enfants regardent leurs parents comme des objets sexués…

Aujourd’hui, nous avons reçu de l’agence d’adoption une lettre nous disant qu’ils rejetaient notre candidature. Ils invoquent toutes sortes d’arguments bidon: soi-disant nous ne laissons pas de place à la différence, soi-disant nous sommes trop intellectuels pour des enfants avec des problèmes mentaux, ils me reprochent d’avoir eu une enfance difficile.

Changement climatique.

Tout le monde parle de la conférence des partis sur le climat (ou COP), qui est en train de se passer au Bourget. Le week-end passé, des foules ont défilé dans les capitales du monde occidental; les foules réclamaient des actions pour stopper le changement climatique.

Photo: Wikimedia.

Tout le temps, les ecclésiastiques organisent des célébrations contre le changement climatique…

Comme si des parades et des prières allaient changer quelque chose!

Photo: Célébration pour le climat à Notre-Dame de Copenhague, le 13 décembre 2009. Source: Associated Press/H. Proepper.

L’élevage produit 18% des gaz à effet de serre. 80% des terres arables sont utilisées pour nourrir des bêtes à “viande”. 50% de la pollution des eaux est due à l’élevage. Pour “produire” 1 kilo de steak de porc, on consomme 4800 litres; pour 1 kilo de poulet 3900 litres; pour 1 kilo de “bœuf” 15.340 litres d’eau! La pollution par l’élevage est plus grande que la pollution par les transports réunis. (Source. Autre source.)

On va à la parade (ou à la célébration) pour la climat, et puis on rentre à la maison, on sort sa “viande” et son fromage du frigo, et comme ça on se donne bonne conscience d’avoir fait quelque chose pour le climat. Boulechite!

Alors, au lieu de faire des parades et des bondieuseries, il faudrait devenir végétalien.