Politesse et réponses.

Il y a une dizaine d’années, j’ai lu un livre de Ruth Valerio, qui conseillait les gens à écrire des lettres, s’ils voulaient faire changer des choses dans la société ou dans l’Église.

Pendant des années, j’ai écrit des lettres. Au début, ça marchait.

Pendant tout un temps, j’ai écrit des lettres de motivation, jusqu’à 10-12 par jour. Mais j’ai également écrit pas mal de lettres, pendant mon temps libre, à des responsables politiques et ecclésiastiques.

Vous savez quoi? Les gens ne lisent même pas leur courrier. Ou bien, s’ils le lisent, il le jettent à la poubelle sans répondre.

À l’âge de 4 ans, mes parents et grands-parents m’ont appris qu’il était tout à fait impoli de ne pas répondre à une lettre dans les quinze jours, et que la semaine était le délai le plus raisonnable. Mais ne pas répondre du tout n’était pas envisagé. «Même si tu n’écris que deux lignes, pour dire que tu n’as pas de réponse, il faut écrire», me disait-on.

De nos jours, avec l’arrivée du mail, il n’y a plus l’excuse du coût du timbre. Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, les gens sont plus impolis que dans mon enfance. Pire encore, ce sont des gens qui ont le double de mon âge qui ne répondent pas aux lettres et/ou mails.

De quoi sera faite la génération de demain?

Futur accompagnateur de train.

Ces derniers temps, j’ai passé des tests de recrutement à la SNCB. La dernière réponse que j’attendais vient d’arriver par la poste: j’y suis! Je commence la formation à Salzinnes le 5 janvier!

James Brownson.

Avant de finir la journée, je voudrais vous présenter une magnifique conférence d’une demi-heure par le bibliste James Brownson sur la soi-disant complémentarité. Vous pouvez la visionner ici.

Xq28.

Je viens d’apprendre une avancée dans la lutte pour trouver les gènes gaies. (Source. Détails.)

Cela, après l’analyse de 409 paires de jumeaux.

Certains ont peur de la découverte de ces gènes:

1. Les homophobes ont peur, car leur théorie du « choix de l’homosexualité » est tombée à l’eau, et ils auront dur à l’admettre.

2. D’autres ont peur, car, du coup, on pourrait avorter les gais et les lesbiennes avant leur naissance, ou qu’on reconsidèrerait l’homosexualité comme un maladie. (Détails ici.)

Un article sur le blog du père Bosco Peters remet une question sur la table, concernant l’identité de l’évêque par rapport aux prêtres, et par rapport aux diacres. Deux questions s’en suivent: 1. Avant d’être évêque, quelqu’un doit-il être nécessairement prêtre auparavant? 2. Avant d’être évêque, quelqu’un doit-il être nécessairement diacre auparavant?

Concernant la première question, deux théories existent:

I. La plus ancienne, qui date de l’époque où chaque paroisse était un diocèse, considère que l’évêque est le seul pasteur de l’Église locale, et que ses prêtres le sont seulement par délégation.

II. La plus récente, qui date de l’époque où des paroisses avec un curé ont commencé à exister, considère que tous les prêtres sont de vrais pasteurs, et que l’évêque est seulement le plus grand, parmi ses égaux, dans le collège presbytéral (= des prêtres).

Personnellement, je tends à être d’accord avec la première théorie, mais son application a donné naissance à beaucoup d’abus de la part d’évêques.

Mais il reste aussi l’autre question: est-ce que quelqu’un a vraiment besoin d’être diacre, avant d’être ordonné prêtre et/ou évêque?

Pour résoudre cette question, je pense à l’hôtellerie. Il y a le directeur de l’hôtel, qui agit en collaboration étroite avec le chef de shift de la réception. Alors, est-ce que le directeur est-il juste le plus grand de l’équipe du bureau? Ou bien le chef de réception est-il juste un délégué du directeur? Les deux sont vraies. Lorsque, pendant mes shifts, je signais et envoyais des documents au nom de l’hôtel, j’agissais comme délégué de mon directeur. De même, un directeur doit impérativement avoir travaillé au bureau de la réception; autrement, il fera mal son métier. Par contre, un directeur n’a pas besoin d’avoir été homme de chambre, et le responsable des étages n’agit jamais eu nom du directeur, même s’il fait ses rapports au directeur.

Conclusion: un évêque est un prêtre, et les prêtres agissent au nom de l’évêque, et tout cela s’entrepénètre et tourne en rond. Par contre, le diaconat est toute autre chose, et il est absurde de demander aux futurs prêtres (et aux futurs évêques) d’avoir été diacres auparavant.

Bible inclusive.

Certains d’entre vous se rappellent que j’ai écrit des articles sur le Lévitique (première et seconde parties), sur les mauvaises traductions de certains versets de saint Paul, ainsi que sur les livres trito-canoniques qu’on ne trouve dans aucune Bible francophone.

Depuis l’Avent de l’année passée, ayant vu de mauvaises traduction du livre d’Isaïe, j’ai formé dans ma tête le projet d’une Bible inclusive en français. Malheureusement, la plupart des amis théologiens auxquels j’ai écrit ne sont pas intéressés par le projet.

Je viens d’apprendre qu’est apparue The Inclusive Bible en anglais. Je partage entièrement les convictions du père Bosco Peters à ce sujet. Derrière cette bible inclusive anglophone se trouvent les Priests for Equality, un groupe de prêtres catholiques-romains américains, et leur projet a commencé en 1988!

Un héro et un cynique.

Il y a une semaine, j’ai eu une expérience, que je voudrais vous partager.

Une personne venait de décéder. Croyante et pratiquante, elle est décédée prématurément à l’âge de seulement 50 ans. Dans le diocèse catholique-romain auquel elle appartenait, l’évêché a décidé que tous les enterrements de feraient sans prêtre. La famille voulait quand même un prêtre, de notre part.

J’ai trouvé un prêtre âgé pour aller aux funérailles. Dimanche passé, avec la famille de la décédée, à travers quelques coups de fil et une longue discussion sur Skype, nous avons préparé les funérailles.

Mais la veille de l’enterrement, mon prêtre avait des soucis de santé. Mes autres amis prêtres n’étaient pas disponibles pour aller présider ces funérailles en semaine, alors qu’ils ont, pour la plupart, des jobs séculiers.

Donc je me suis retrouvé sans prêtre pour le lendemain matin. Qu’allais-je faire?

J’ai téléphoné à un prêtre anglican que je connais, même s’il n’est guère sympathique. Je me suis dit que, face à une telle circonstance et malgré sa paresse de caractère, il irait célébrer les funérailles. Le gars en question était tout à fait libre le lendemain (il a un traitement de l’état, pour le peu de travail qu’il fait). Mais lui et sa femme n’ont tout simplement pas voulu se mouiller. Ils considéraient que ce n’était pas leur affaire! Je n’ai jamais vu autant de cynisme chez un prêtre, depuis que je suis en Belgique.

Pour finir, j’ai téléphoné à un autre prêtre anglican, qui vit petitement et qui n’a pas eu la vie facile. Dès que j’ai dit mon prénom, il m’a reconnu tout de suite. Il m’a dit qu’il avait une réunion le lendemain, mais qu’il chargerait son épitrope (churchwarden) de s’occuper de la réunion. Je lui ai demandé si ça ne le déranger pas. Il m’a répondu: This is mission. («C’est ça, la mission.») Et, malgré qu’il baragouine à peine le français, il a célébré les funérailles, et la famille a apprécié.

Je venais d’avoir affaire à un prêtre héros.

Heureusement qu’il y a des héros de nos jours, dans plusieurs domaines d’activité!

Quant au cynique, je n’ai pas assez de mots pour exprimer mon amertume à son égard. Ce gars est payé par le ministère de la justice, pour s’occuper de sa paroisse. Il est vrai que la défunte en question n’était pas membre de sa paroisse. Mais si, pour l’argent qu’il reçoit, il ne sait même pas s’occuper en-dehors de ses obligation, il devrait également refuser le traitement de l’état, car d’autres, pour le même salaire, bossent dix fois plus.

Et, devant Dieu, je ne sais pas comment il peut avoir la conscience tranquille. Lors des vœux d’ordination, on s’engage de prendre soin de troupeau de Dieu, pas seulement des quelques ouailles qu’on se fait attribuer nominalement. On est prêtre pour l’Église où qu’elle soit.

David Gushee pro-LGBT.

Les lecteurs et lectrices de ce blogue se rappellent peut-être comment, lors de certaines affaires, j’ai critiqué, entre autres David Gushee. Il s’agit de l’éthiciste de renom qui est considéré comme étant le standard dans les Églises néo-protestantes américaines.

Je viens d’apprendre, à ma surprise, que David Gushee a changé d’avis. Aujourd’hui il met les couples hétéros et homos sur le même plan d’égalité. Il vient de publier son nouveau livre Changing Our Mind.

Je suis sûr qu’il est conscient de ce comment il va tomber dans la disgrâce de beaucoup, tout comme il sera utile à une certaine minorité. Mais je kiffe les gens qui suivent leur conscience, plutôt que de suivre le troupeau.

J’aime la conclusion de David Gushee: «Après tout, il y a une manière facile de résoudre le “problème” LGBT: quittez les églises, familles, écoles et amis pour lesquels c’est un problème, et allez ailleurs où ça ne pose pas de problème.» À la fin de cette page, vous pourrez lire en ligne le contenu du livre, chapitre par chapitre.

Un article intéressant sur son changement d’idée et sur son livre, ici.

On peut aussi lire une entrevue avec lui.

Chant pour l’Avent.

Je vous présente ici ma traduction-adaptation du chant «Lo! he comes with clouds descending» ou «Lo! he cometh, countless trumpets». J’ai utilisé le texte original de John Cennick (1752), ainsi que l’adaptation de Charles Wesley (1758) et Martin Madan (1760), et j’y ai ajouté une doxologie finale.

Toi, qui viens sur les nuages,
Précédé d’un signe en croix,
Escorté par tes saints anges,
Tous s’inclinent devant toi.
Alléluia (×3)
Viens régner, ô Dieu et Roi!

Tout œil verra ta lumière,
Toutes langues et nations;
Ceux qui t’ont percé naguère
Seront en lamentations;
En prière (×3)
T’attendra la création.

Les montagnes et les îles,
Terre et ciel ne seront plus.
Voilà les tiens qui s’exilent !
Tu leur donnes le salut.
Ils jubilent (×3)
D’être parmi tes élus.

Tu juges les créatures,
Les humains, selon leurs faits.
Dans l’air tes saints t’inaugurent,
Car sur toi ils sont greffés.
Alléluia (×3)
Vois ton règne triompher!

Ton épouse qu’est l’Église
Et l’Esprit te disent: «Viens!»
Aux redoutables assises
Prends auprès de toi les tiens.
Leur devise: (×3)
«Ô Seigneur Jésus, reviens!»

En portant les cicatrices
De la lance et des gros clous,
De ta passion rédemptrice,
Tu seras connu d’un coup
D’œil propice. (×3)
Nous t’adorerons debout!

Souriant, tu vas détruire
Le mal et la triste mort,
Le péché et son empire;
Tu changeras notre sort.
Tous t’admirent. (×3)
Ton royaume sera fort!

Gloire à toi et gloire au Père,
Gloire aussi à l’Esprit Saint,
Trinité d’avant les ères,
Sans début et sans déclin,
Unitaire, (×3)
Maintenant, toujours, sans fin!

Au-delà des collines.

J’ai profité d’un peu de temps, pour regarder enfin ce film de Cristian Mungiu: Au-delà des collines.

Il y a deux ans, lorsque le film est sorti, je n’ai pas voulu le voir. D’habitude, je n’aime pas les films qui s’inspirent d’une histoire réelle, tout en la tordant. Je suis pour la biographie et pour la fiction, mais pas pour le mélange ou la confusion des deux.

Cependant, ici, il est évident que le cinéaste s’est servi de plusieurs cas concrets, pour dénoncer les abus que les institutions religieuses des Églises orthodoxes de l’est sont en train de perpétrer.

Trop souvent, lorsque dans un film il y a des scènes avec des offices liturgiques, c’est du n’importe quoi. Ici, au contraire, je suis totalement ébloui par l’exactitude avec laquelle les choses réelles ont été reproduites dans ce film.

Le fil du film est le suivant. Il y a un orphelinat de filles à Vaslui, en Moldavie roumaine. Pendant les années de lycée, deux filles, Alina et Voichita, vivent une relation intime. Alina passe aussi quelque temps dans une famille d’accueil, qui l’exploite. Du coup, Alina part travailler en Allemagne, en promettant de venir rechercher sa petite-amie plus tard. Elle met même de l’argent de côté. Lorsqu’elle trouve deux jobs, où elles puissent vivre et travailler ensemble, Alina retourne en Roumanie pour chercher Voichita.

Le but du voyage d’Alina est de prendre Voichita avec elle. Jusqu’à ce point, l’histoire est réelle; de telles choses sont tout à fait courantes.

Entre temps, non loin de là, à la campagne, un nouveau monastère pour femmes est érigé. Ce monastère recrute les futures nonnes parmi les orphelines de la ville, qui ont fini leurs études, mais savoir commencer une nouvelle vie. Ainsi, le monastère est le refuge des infortuné(e)s, qui n’ont pas nécessairement de vraie vocation.

Au-delà des collines

Ceci est aussi une chose réelle: des centaines de tels monastères sont apparus en Roumanie à partir de 1990, et j’ai vu de mes propres yeux beaucoup de telles non-vocations.

Mais Voichita ne veut pas/plus partir; celle-ci veut rester nonne. Du coup, le seul moyen qu’a Alina pour rester avec sa petite amie, c’est d’entrer, elle aussi, au monastère. Voichita n’est pas consciente de l’amour qu’Alina a pour elle. Ou plutôt, Voichita n’a pas le courage de se lancer dans la vie réelle.

Au-delà des collines

Le fanatisme et l’esprit fermé dans ce monastère est bien mis en évidence.Tout d’abord, à l’entrée il y a un panneau: «Ceci est la maison de Dieu. Interdit à ceux d’autres religions. Crois et n’examine pas.»

Ceci correspond parfaitement aux slogans en vogue dans les monastères orthodoxes de Roumanie. Les gens ne sont pas regardés comme des agents libres de faire des recherches sur ce qu’on leur dit; on n’attend d’eux que d’obéir aveuglement. Et, bien évidemment, tout ce qui ne fait pas partie, juridictionnellement, de l’institution autoproclamée orthodoxe est considéré comme «autres religions». Je précise que cette attitude est récente; elle date des années 1990, et a été répandue par des moines incultes.

Le film montre un prêtre moine despote au milieu d’un monastère féminin. Primo, les règles monastiques interdisent à un moine mâle de s’immiscer dans les affaires d’un monastère féminin; le prêtres aumônier d’un couvent féminin doit habiter à part, et seulement présider aux sacrements et sacramentaux.

Bien que contraire aux règles, trop de prêtres font la même chose que dans le film. Et, dans les monastères masculins, l’abbé est, au plus souvent, un despote.

Dans le monastère, la vie est rude. Néanmoins, on remarque la vision sexiste. Les nonnes s’occupent seulement des tâches ménagères; le prêtre prend les décisions.

Le film explore trop bien les questions sacramentelles. Tout d’abord, Alina doit se préparer à la confesse. Pour ce faire, elle utilise un pénitentiel très tendance en Roumanie: «Îndreptar de spovedanie».

Penitential

Dans le film, les crises d’épilepsie d’Aline commencent seulement lorsqu’on lui demande de raconter à la confesse la «malahie» (masturbation). Les personnages secondaires la jugent, en disant qu’elle a sûrement commis quelque péché grave pour que quelque chose lui arrive. Comme pénitence pour ce “péché”, le prêtre lui donne à faire 1000 prosternations. La confession se passe d’une façon lugubre, comme en réalité.

Au-delà des collines.

Une autre fois qu’Alina pique une crise, c’est lorsque le prêtre lui dit que «c’est un grand péché, que d’entrer dans le sanctuaire». On voit bien l’iconostase, qui est là pour traiter les laïcs pour des profanes.

C’est une théologie totalement non-chrétienne, et elle existe en réalité.

La théologie eucharistique est bien évoqué dans le film. Car, dans le vie réelle, la plupart de ces prétendus orthodoxes voient la communion comme une récompense pour les mériteux, et la plupart d’entre eux vivent comme des excommuniés permanents.

eucharistic theology

La vision du péché, chez le prêtre, est celle de beaucoup de prêtres “orthodoxes” de la vie réelle: l’Occident est un monde corrompu, à cause du mariage des couples de même sexe et de la drogue! Par contre, lui jette les gens dans la rue, parce qu’ils «troublent notre silence». Cette façon de couler la moustique tout en avalant le chameau est ce qui se passe pour de vrai chez un grand nombre de prêtres et moines “orthodoxes”.

Un excellent film! Je le recommande, avant tout, aux Occidentaux qui lèchent les talons aux “orthodoxes”, et qui font de l’œcuménisme avec des pélagiens purs et durs.

orthodox church