Odonymie namuroise.

Voici la lettre que je viens d’envoyer à l’échevin Luc Gennart de la commune de Namur, à la Commission royale de toponymie et au Service des langues endogènes:

Mr l’Échevin, Mesdames et Messieurs,

L’écrivaine gembloutoise Chantal Denis, dans son roman Quî ç’ qu’ a touwé JFK ? pose la réflexion suivante : le boulevard Ad Aquam à Namur a été renommé Baron Huart, alors que quasi personne ne sait qui était le personnage en question – et cet hommage ne l’a en rien rendu plus illustre ou mieux connu. Les réflexions suivantes me sont venues en rentrant de la Fête aux langues de Wallonie.

Nos rues se sont progressivement encombrées de références à toutes sortes d’hommes et de femmes illustres à des degrés divers et variés. Outre le manque d’efficacité de ces hommages, ils peuvent parfois conduire à des confusions, à la façon des deux rues Dandoy (un nom si courant dans la région) à Flawinne. Mais le plus problématique est que cette avalanche de personnages s’est souvent faite au détriment des noms originaux des rues. Et lorsqu’il s’agit de nouvelles rues, on peut s’estimer chanceux si personne n’a cru nécessaire d’y coller le nom de quelqu’un. Mon courrier, vous l’aurez compris, est un plaidoyer pour le retour à une odonymie en lien avec les lieux, plutôt qu’avec les semi-célébrités plus ou moins locales.

La commune de Durbuy est pionnière en matière d’odonymie wallonne. Un simple coup d’œil sur la carte papier ou sur la carte Google suffit pour le démontrer. Dans la commune fusionnée de Namur, il y a déjà une odonymie wallonophone : Rue des Pitteurs, Rue des Tautis1 – mais dans ces cas, le mot wallon a été “francisé” de force, en devenant une forme “bâtarde”, qui fait plus de mal que de bien au trésor culturel qu’est la langue wallonne. Par exemple, plutôt que d’avoir une « rue des Tautis », on devrait avoir soit le tout en wallon, sitrålete des Tåtîs (Sitraulète dès Tautîs), soit le tout en français, « rue des Pâtissiers. » Pour le reste, la rue des Rèlîs Namurwès et la Place du Bia Bouquet, si elles rendent hommage à la langue wallonne, n’en n’ont pas pour autant de lien avec l’histoire de la rue.

Pour nommer une rue en wallon, il ne faut surtout pas calquer le français « rue » en tant que rûwe ou rowe. En wallon, il existe quatre types d’odonymie traditionnels :

1 Avec un locatif : Ås Tchôdès Aiwes ou Al Tchôde Aiwe2 ; Åzès Bos/Bwès3. À partir de ces exemples, on pourrait poursuivre : Å[zè]s Viyès Djins4, Ås Ospitås (Aus Ospitaus)5, Al Vindince6, Al Handele A Môde di Djin7, Al Aite8, Ås Moxhes A Låme9 ou plus court Al Låme10 ; de même Å Grand Botike11 ; Al Haitire Aiwe12, Å Rapuroe (Rapurwès)13 etc.

2 Avec des mots typiquement wallons pour désigner les voiries : sitrêye (estrêye)14, qui forme des constructions de type germanique. Ainsi, on pourrait avoir : Walonstrêye, Mitanstrêye15, Cronstrêye16, Londjinstrêye17, Avionstrêye18 etc.

3 Avec d’autres mots typiquement wallons pour désigner les voiries, en formant des constructions de type roman au génitif : voye (vôye) et balwér, ainsi que sitrålete (èstrôlète, sitraulète), diminutif de strêye, sans oublier plaece (place, plèce) et scwére ainsi que bate pour les places publiques. Ainsi, on pourrait avoir : Voye del Tuzance19, Voye des Syinceuzès Dames20, Voye des Doctoresses, Voye des Médes21, Sitrålete des Penleuses22, Balwér des Manaedjresses23, Plaece des Pipsakeus24, Plaece del Mayoresse25, Voye des Parolîs26, Scwére des Rcwereus27, Voye del Sicrijheuse28, Bate del Tchantreye29, Plaece do Bén-Mougnî30, Bate do Bea-Moussî (Bia-Moussî)31, Pîssinte des Afuyîs32 etc.

4 En laissant l’élément humain de côté, il y a déjà des cas d’odonymie où l’on se focalise sur l’endroit : Tcheråvoye33, Hierdåvoye34. Sur ce modèle, on pourrait avoir des noms plus modernes : Rotåvoye35, Pirvoye (Pîrevôye)36, Påjhire Voye37, E Påjhir38, Pîssinte des Tchets39, Vete Voye, Martchandvoye.

Bref, plutôt que de mettre à l’honneur des individus, l’odonymie de notre commune pourrait mettre à l’honneur des métiers (et, en-dehors des exemples que j’ai déjà donnés, il y en a tant d’autres : bussîs, « chauffeurs de bus », naivieus, « personnel de navigation [aérienne] », watmanes, « conducteurs de tram », feutîs, « pompiers », sicabins, « échevins », machinisses…), mots qui peuvent être mis au féminin ; des réalités contemporaines comme la gastronomie, la mode, les réfugiés, dont j’ai parlé plus haut, ou encore les immigrés (abagants) ; des arbres, selon les rues, dont les noms diffèrent du français (melêye, « pommier », biokî, « mirabellier », fåw/fauw, « hêtre », mesplî, « néflier », petchalî…) ; des réalités concernant les voiries elles-mêmes ; et le tout, non seulement avec une nostalgie du passé, mais avec un encrage dans le présent et un regard vers l’avenir.

Il me serait agréable que mes réflexions soient transmises aux personnes en charge de la nomenclature des voiries, et je vous en remercie !

Cependant, je sais que d’aucuns contesteront l’idée même de l’odonymie wallonophone, sous prétexte que le langue française est la seule langue officielle chez nous. Or, malgré le caractère officiel du français, notre toponymie n’est pas francophone, mais bien wallonophone, voire wallo-flamande, orthographiée parfois de manière fantaisiste : Wallonie, Bomel, Fau[l]x, Malonne, Bas[s]eille, Flawinne, Bricgnot, Beez, Fooz, Transvaal…

Bien à vous,

G. S.

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1En wallon, tåtî/tautî signifie « pâtissier. » Il y a, en effet, une pâtisserie dans cette rue-là, à Belgrade.

2Littéralement « Aux Thermes. »

3Littéralement « Aux Bois. »

4Littéralement « Au Home pour personnes âgées » ; l’expression en wallon n’est pas péjorative.

5Littéralement « Aux Hôpitaux. »

6Littéralement « Au Marketing. »

7Littéralement « Au Commerce Équitable. »

8Littéralement « Au Cimetière. »

9Littéralement « Aux Abeilles. »

10Littéralement « Au Miel. »

11Littéralement « Au Supermarché. »

12Littéralement « À l’Eau Potable », pour une rue menant vers une usine de potabilisation.

13Littéralement « À la Station d’Épuration. »

14Du latin strata, ce vocable existe dans la plupart des langues romanes et germaniques, y compris dans les toponymies Strasbourg et Sitrée.

15Littéralement : « Rue du Centre. »

16Littéralement : « Rue en Courbe. »

17Littéralement : « Rue à vitesse réduite », idéale à proximité des écoles.

18Littéralement : « Rue des Avions », propice à une voirie menant à l’aérodrome/aéroport. À ne pas confondre avec aréyostrêye, « piste de décollage et d’atterrissage. »

19Littéralement : « Rue de la Culture. »

20Littéralement : « Rue des Scientifiques [au féminin]. »

21Littéralement : « Rue des Médecins. »

22Littéralement : « Ruelle des Secrétaires [au féminin]. »

23Littéralement : « Boulevard des Directrices. »

24Littéralement : « Place des Cornemuseurs. »

25Littéralement : « Place de la Bougmestre. »

26Littéralement : « Rue des Avocats. »

27Littéralement : « Place des Chercheurs. »

28Littéralement : « Rue de l’Écrivaine. »

29Littéralement : « Place de la Chorale. »

30Littéralement : « Place de la Gastronomie », nom idéal pour un endroit où il y a des restaurants.

31Littéralement : « Place de la Mode », nom idéal pour un endroit avec des magasins de vêtements.

32Littéralement : « Sentier des Réfugiés. »

33Francisé très maladroitement en « Cherreau » ou « Charreau », le mot composé signifie « rue carrossable. »

34Francisé en « Herdal » ou « Herdeau » ou encore « Yerdal », le mot composé signifie « rue par laquelle passe le troupeau. »

35Littéralement : « Rue Piétonne », nom idéal pour l’une des voiries du centre-ville.

36Ceci signifie tout simplement « chaussée » ou « rue pavée. » Alors que ce mot composé est ancien, il pourrait servir à des constructions modernes du genre : pirvoye del Måjhon Bén-Fonds, pour « rue pavée de l’agence immobilière », par exemple.

37Littéralement : « Rue Paisible. »

38Avec locatif, même signification que le précédent.

39Littéralement : « Sentier des Chats. » Notez qu’il existe déjà un Tienne des Biches, qui, aussi louable qu’il soit pour le mot wallon tiene, n’est pas réaliste quant à la zoologie du lieu.

Væ.

Ça me gratte toujours aux oreilles, lorsque j’entends dans la proclamation de l’évangile: «Malheur à vous…»

Jésus a bien critiqué toutes sortes de gens, mais il n’a souhaité de malheur à personne. Jésus constate seulement. De plus, la préposition «à» n’a pas sa place. C’est un datif. Or, les textes bibliques entendent un ablatif.

L’hébreu a הוי (hoy), le grec a οὐαί, le latin a «væ», le wallon a «way», l’anglais a «woe». Ce sont des interjections. Littéralement, en devrait traduire: «Hélas, vous…» ou «Aïeaïeaïe, scribes et pharisiens hypocrites…»

 

Avou Ludovic.

Vaici, on årtike ki dj’ a scrît avou Ludovic-Mohamed Zahed, cwereu boute-tot-seu (teyolodjeye, sicolodjeye, djinnolodjeye):

Fordroets (privilèges) di clerdjî, ou spirituwålité po esse libe.
Ratuzaedjes sociolodjikes di monoteyisses avanciveus


Les crweyants et crweyantes avanciveus avå l’ monde, foirt avant ki sont monoteyisses, raplouvnut des djins ki sont poirtêyes après des idêyes a pårt, des idêyes wilicomreces (inclusives), la k’ on sondje a l’ aweur des djins, et c’ est sfwait k’ i ndè fwaiynut leus pårotches. Mins ces avanciveuzès djins la et les cias ki lzè moennut, sabaye s’ i seront lådje d’ idêye assez, po n’ nén tchaire divins l’ trô do docmatisse rilidjeus et do clericalisse politike. Sabaye s’ i seront stroets d’ idêye, et s’ seulmint mete dissus l’ djok (sur le piédestal) des grossès tiesses ki djereynut après ene boune plaece. Ces avanciveuzès soces wilicomreces, cwè ç’ k’ elle end ont dandjî, po k’ leus spirituwålités monoteyisses aidrént les djins a s’ dislaxhî d’ leus laxhes, come ç’ a stî pretchî pal teyolodjeye del liberåcion1 å 20e sieke, et po k’ li rlidjon n’ fouxhe pupont on baston po bouxhî les djins avou ? Aprume, des tchîfs rilidjeus ki gn a fwaiynut les cwanses d’ esse des avanciveus, mins i s’ sievnut del rilidjon po zels magnî ene croxhe et po esse des stårs, eyet sins aidî leus frés et sous dins l’ foe a s’ dislaxhî d’ leus laxhes. Comint ç’ ki les agritchants djonnes croeyants fwaiynut, po dismantchî li « stårificaedje » des tchîfs rilidjeus ?

Pår, gn a sacwantès pårotches et soces moslimresses k’ ont raidjî leu rlidjon pal raidje des estudes di djinre (gender studies, sapinse l’ inglès), et si elle ont askepyî des imames avanciveus et des imamresses avanciveuzes, po ces ci esse wilicomreces, po zels fé l’ sipirituwålité et l’ wilicome åzès djins sins lzè straper. Ces moslimrecès pårotches la ont minme askepyî des soces nåcionåles et des rantoeles eternåcionåles, po les djins sawè copiner democraticmint d’ leus mwaissès-idêyes. Ene di ces rantoeles eternåcionåles la, ki boute aprume po l’ Urope et l’ Afrike bijhrece, c’ est CALEM2, ki c’ est on rapoûlaedje di soces uro-afrikinnes LGBT u moslimreces. Cite-çale boute po k’ ons acceptêyreut, e l’ islame, totès sôres d’ idintités sintimintreces et d’ djinres. CALEM vout esse n’ a ptchî po nole rilidjon, nole politike, nole idêyolodjeye ; i n’ schoûte nou tchîf rilidjeus, et n’ riçure pont d’ cwårs des grossès panses. Aprume, i vout aidî s’ efoufyî les LGBT moslimîs et ene teyolodjeye ôtrumint, k’ on lome cwire (queer), tot lzî mostrant k’ li Proféte des moslimîs – ki c’ est l’ egzimpe d’ etike moslimrece – åreut dit : « L’ islame a-st ataké come etrindjir/cwire, et i seré fén etrindjir/cwire. »3

Nos mostrans vaici li manire di fé del soviersixhance (action subversive) des avanciveus moslimîs, ki c’ est l’ manire di dismantchî les fordroets, tot boutant pådvins, et k’ on såreut mzurer sincieuzmint. Metans : gn a yeu a Paris, el 17 di novimbe 2012, des moslimîs avanciveus, femrisses, wilicomeus, militants des abondroets del djin, å raploû d’ troes djoûs do CALEM.

On s’ dimande bén si ces bôles a pårt la, ces teyolodjins la nén come les ôtes boutnut po aspaler des djins deus côps sitrapêyes (doublement discriminés), e-n Urope, e-n Amerike bijhrece, mins todi po co dins l’ Mîtrin-Levant, e l’ bijhrece et l’ nonnrece Afrike. Ou bén fwaiynut-i les cwanses seulmint d’ « rifômer » l’ islame ? Awè da, des cias k’ i gn a, come Tarik Ramadan, nos fwaiynut acroere k’ ele boutnut po d’ bon po distraper les djins, tot s’ metant l’ etikete d’ « al leccion »4. Mins seulmint i rapoticnut on papî d’ ewalpaedje uropyin po nos ewalper et s’ nos siervi l’ minme viye martchandijhe clericalisse5.

Ene sifwaite tchîfmince, on l’ trove eto dvins les crustins, minme la k’ on cåze d’ avanciveus et d’ cominåltés dizotrinnes (communautés de base)6, cwand des dzotrinnès avanciveuzès djins arivnut vekes, et poy eles ni sont pus si avanciveuzes ki ça, on côp k’ elle ont yeu ene boune plaece. Adon les tchîfs ecomelnut merite et mission. Metans, come cwand on dmande ås cias ki volnut divni priyesse di mete so l’ tåve des acomplixhmints (nombe di fideles, oneurs ramexhnés…), et tot ça divant k’ on les apriestieye. C’ est come s’ ons evoyreut ene dame sins diplome, po scoler les efants, tot lyi prometant l’ diplome seulmint après k’ les scolîs årént reyussi.

I nos fåt esse des « proletåres » sorlon l’ compurdaedje da Chomsky7. Mostrer å doet l’ indjustice et les diferins strapaedjes, la ki, cwand on n’ rexhe nén d’ si prôpe soce, ons est aveule. Oyi da, aveules, a cåze des fordroets do clerdjî, a cåze des interets politikes, minme des interets d’ ene seule di djin, asconte « li dizeutrin interet », ki c’ est l’ resploe di tos les etikîs (éthiciens) dispoy les vîs vîs trevéns et disk’ ås Loumires8. Cisse sôre la d’ aveulmint des tchîfs rilidjeus, nos pinsans k’ ça vént des trop grands interets k’ i voeynut dins nos ministéres rilidjeus, la k’ i s’ poitnut après des caschonêyes (aspects quantitatifs).

Gn a o spot djwif : « Situdyî l’ Tora, sins bouter avou ses mwins, ça moenne a l’ erezeye. »9 On sondje eto a l’ viye viye idêye di rfôme divins les curstins : Ecclesia reformata, semper reformanda : « L’Eglijhe si rfôme, et esse todi e trin di s’ riformer. »10 Sifwait, ces imames ey imamesses ci, ces priyesses, pasteurs et rabins cial, ki s’ dijhnut avanciveus et wilicomreces, vont-i rcopyî les « elites di clerdjî », come el comprind Bourdieu ? Si vont-i siervi d’ leus cominåltés po awè ene plaece ? Vont-i profiter d’ leu plaece po awè des fordroets ? Et motoit ene paye ? Pôreut vali k’ i vont purade ecoraedjî les novelès djermêyes a esse democratikes divins l’ rilidjon, tot roistant evoye li clericalisse bordjwès ki nos vént come s’ il åreut sitî la dispoy todi.

Nos pinsans k’ les djonnès djermêyes di croeyants ferént mia d’ sondjî al « boune-estance des cias ki sont bråmint », sapinse Habermas11, et d’ bouter fel abeye abeye, et sins ratinde k’ ene sacwè lzî vegne d’ al copete, po rformer zels-minmes democraticmint les imådjreçminces sociåles (représentations s.) des spirituålités monoteyisses.

1Vey, metans : J. Estermann, Teología andina. El tejido diverso de la fé indígena, ISEAT, Li Påye, 2006.

2www.calem.eu

3Hadite k’ a stî racoirdêye pa Al-Tirmîzî. Cwire, c’ est eto esse a pårt, nén come li pupårt, si bayî d’ awaite rapoirt a çou k’ a stî acertiné. Li contråve sereut d’ dire ki c’ est todi l’ pus grande floujhe k’ a todi råjhon.

4T. Ramadan, La Réforme radicale : éthique et libération, Presses du Châtelet, Paris, 2010.

5C’ est l’ idêye da Abdennour Bidar rapoirt a Tarik Ramadan, dins l’ live L’Islam face à la mort de Dieu. Actualité de Mohammed Iqbal, F. Bourin, Paris, 2010.

6Ç’ a a vey avou l’ teyolodjeye del liberåcion. Les cminåltés dizotrinnes, i n’ elzî ahåye nén d’ riçure les esplicaedjes d’ “al copete”.

7Li proletåre, sapinse Noam Chomsky, c’ est eto l’ cia ki prodût des nouvès idêyes, foirt avant la k’ on parpinse des sincieusès rcwerances rapoirt ås djins ki sont al limodje di nosse societé. Waitîz l’ bate di dvize di 1971 etur N. Chomsky et M. Foucault, rapoirt al « sitofe di djin » : www.youtube.com/watch?v=3wfNl2L0Gf8

8L. Boltansky et L. Thévenot, De la justification, les économies de la grandeur, Gallimard, Paris, 1991.

9Paret k’ c’ est Moyize Maymonide (1135-1204) k’ el a dit.

10Grigore li Grand, påpe di Rome (+604).

11Filozofe almand del difén do 20e sieke, del « sicole » di Francvôrt, ki prind l’ etike da Kant, tot l’ riscrijhant a s’ môde, å mete li doet so l’ boune-estance des djins. Vey si live De l’éthique de la discussion, Flammarion, Paris, 1999.

Sourdants del fiesse Nosse-Dame d’awousse.

E lunrece calindrî, li 9 do moes ab, c’ est l’ djoû ki l’ Timpe di Djeruzaleme a stî dismolou e l’ an 586 divant l’ Crisse, mins eto e 70 après l’ Crisse. Dins l’ solrece calindrî, ça tchait avâ l’ moes d’ awousse. Après l’ deujhinme dismolaedje do Timpe, les djwifs nén-crustins alît braire tos les ans åzès dismoleures, li minme djoû, e rmimbrance do Timpe; les djwifs crustins, li minme djoû, alît dlé l’ monumint d’ Rachele, troes meyes pas d’ Betleyeme, ewou k’ i gn aveut eto on aiwî (ene citere).

Å deujhinme sieke gn a yeu on scrijhaedje, li boigne evandjîle (évangile apocryphe) sorlon Djåke, ki dit ki l’ vî Djozef avou ses efants ey avou l’ Aviedje Mareye so on ågne alént viè Betleyeme, et ki, cwand il estént «a troes meyes pas d’ Betleyeme», Mareye ouxhe dimandé di s’ ripoizer ene miete a l’ aiwî, et k’ po fini, c’ est la k’ elle a metou Djezus å monde, divins ene bôme ki gn aveut la.

Ça fwait ki, avou l’ timp, les crustins ki vnént fé l’ voye po rmimbrer l’ Timpe di Djeruzaleme, s’ ont metou a rmimbrer purade li «rpoizaedje» del Aviedje Mareye, «timpe do Bon Diu»; et l’ djoû a stî l’ 15 d’ awousse, veyanmint k’ i n’ sepént pus cårculer les djoûs d’ après l’ lunrece calindrî. Li plaece s’ a rlomé Bir ael-Cadismou («li sint aiwî»). Ons esteut e 417.

Ç’ a stî rcomprins e grek come Catisma («ashida»), ey ons a basti ene gléxhete do rpoizaedje di Mareye e l’an 455. Li rpoizaedje a stî rcomprins po esse li moraedje di l’ Aviedje. Mins des ôtès djins ont sondjî ki s’ trô esteut a Djeruzaleme, ewou k’ il alént deus djoûs pus timpe, li 13 d’ awousse. Co des ôtes ont dit ki l’ trô esteut a Efeze. Pitchote a midjote, ons a basti pattavå des gléxhes di l’ Aviedje Mareye, et l’ djoû del dicåce esteut djoû del fiesse di l’ Aviedje. L’ impreur Mårice a bouxhî l’ pogn so l’ tåve: li fiesse djoû, c’ est l’ 15 d’ awousse.

E Coutchant, li fiesse s’ a lomé Dormitio beatæ Mariæ virginis, aprume li «doirmaedje del beneye viedje Mareye». E grek ons a ratourné ça å dire kimesis. Les årmenyins l’ ont lomé verapoxhoum, ki c’ est l’ «ahapaedje», come po dire ki l’ Crisse ouxhe «ahapé» ou hapé s’ mere å cir, dilé lu. E minme timp, on ôte boigne sicrijhaedje a stî metou so papî: Transitus Mariæ: «l’ ebagaedje da Mareye».

Viè l’ nouvinme sieke, les djins d’ Gåle ont tapé l’ mot dormitio evoye, et l’ riplaecî pa adsumptio, ki c’ est l’ ratournaedje di l’ årményin verapoxhoum. Li påpe Djelaze a hiné l’ live di «L’ Ebagaedje da Mareye» houte, tot djhant ki c’ est des boignes contes.

Li liteurdjeye crustinne di cåzumint pattavå (åré dvins les assiryins) fiesteut ene Nosse-Dame d’ emey awousse, å supoizer ki, cwand l’ Aviedje Mareye a morou et k’ on l’ a eteré, elle a stî hapêye å cir, foû do trô. Les imes et les antyinnes del fiesse tchantént tot ça. Li rite latén esteut portant assez coixhe. L’ oremusse del fiesse do 15 d’ awousse dimande seulmint å Bon Diu d’ schoûter les priyires del «Mame di vosse Fi», sins dire ni frisse ni frasse del doirmance ou d’ l’ «ahapaedje» di Mareye. On lét on boket do live di l’ Eglijhastike rapoirt al sûtisté (1), ey on boket d’ l’ evandjile sint Luk rapoirt a Måte et Mareye (2) les sours da Lazåre.

E 1950, li påpe Pî XII a eråmé l’ doke di l’ ahapaedje di l’ Aviedje, et candjî pår tote li liteurdjeye del fiesse.

E walon, on lome eto «Grande Notru-Dame» li fiesse d’ ouy. C’ est eto dins des ôtes lingaedjes. E roumin, c’ est Sântã Mãrie Mare, e hongrès Nagyboldogasszony, ki c’ est l’ minme k’ e walon. E tålyin, Ferragosto, c’est «fiesse awousse». Divins les årmenyins, li liteurdjeye del fiesse est l’ minme ki po les benixhaedjes di gléxhe (ducåsse), çou ki mostere foirt bén li sourdant del fiesse, ki c’ est l’ Timpe di Djeruzaleme.

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(1) Po les crustins, l’ sûtisté do Bon Diu, c’ est Djezus Crisse.
(2) Madlinne, motoit bén.

 

Toxique.

Ça fwait 1 anêye ki dji n’ a pupont d’ ovraedje. Et ç’ n’ est nén mi les cåzes.

Foû des troes ôtes camas k’ dj’ a-st avou, deus ôtes ont yeu l’ minme planete ki mi; onk a rexhou tot seu.

Et l’ djin ki c’ est les cåzes est todi la, aschouwêye.

Breizh.

Ces jours-ci, j’ai été, avec des amis, en Bretagne. À Carhaix et Fouenant, nous avons pu rencontrer plein de Bretons bretonnants, et nous avons vu à quel point ils ont un siècle d’avance par rapport à nous autres en Belgique, au niveau lingüistique.

Eux autres ont connu aussi l’interdiction du breton. Chez nous, on devrait avoir toutes les facilités pour la reconnaissance du wallon, du luxembourgeois, du limbourgeois, du ch’ti, et des autres langues régionales, car nous sommes un pays [soi-disant] indépendant, alors qu’eux sont freinés par Paris.

Mais puisque Bruxelles ne nous aide pas, je pense que nous devrions faire des efforts par nous-mêmes, comme les Bretons. Ils ont réussi à faire adopter le bilingüisme officiellement par les départements et les communes. Pourquoi nos provinces et nos communes n’en feraient-elles pas autant? Ils écrivent en breton sur leurs produits locaux. Pourquoi nos producteurs n’écrivent-ils pas en wallon sur leurs produits? Les Bretons se sont battus pour pouvoir enseigner en breton à l’école. Et nous autres?

Νυν αι δυναμεις.

Ği m’ a metou e l’ tiesse di ratournai e walon l’ ime d’ ofertwére c’ on čante e rite bizantin al seče messe. Li sourdant graik, c’ est:

Νῦν αἱ δυνάμεις τῶν οὐρανῶν σὺν ἡμῖν ἀοράτως λατρεύουσιν· ἰδοὺ γὰρ εἰσπορεύεται ὁ Βασιλεὺς τῆς δόξης. Ἰδοὺ θυσία μυστικὴ τετελειωμένη δορυφορεῖται• πίστει καὶ πόθῳ προσέλθωμεν, ἵνα μέτοχοι ζωῆς ἀιωνίου γενώμεθα. Ἀλληλούϊα.

Mins mi, ğ’ el vou sifwaît mete, a môde d’ arimeas, po c’ on l’ saipe čantai so l’ air do ratournaetč inglès Let all mortal flesh keep silent (ki c’ est, po dire li vör, l’ ime di l’ ofertwére del bizantene shijhe di Påke), ou co mea, so l’ vuze da Pange lingua.

Et vo-vs-la çou c’ ça dene:

Les pouxhes do cir, et nzôtes,
A gngnos, minme s’ on n’ veut rein;
Waî k’ i mousse! El Roy del hôte
Glore so l’ åtai aveint,
Divin l’ porcession ki monte
Po poirtai l’ sint sacrameint.

Avou feud, avou djéryance,
Ğam pus prep po comunyî
Foû des sints dons ki d’ avance
Sont ofrous et sanctifyîs
Et prinde pårt del vicance
Ki dmore et k’ est po todi. Alelouya.

Bribeus.

Dji n’ sai nén si vos avoz l’ minme sacwè k’ nozôtes; mins dispoy on ptit timp, dji rçuvans bråmint des « bistokes » pal posse.

Po cmincî, ç’ a stî l’ Rodje Creujhe di Beldjike ki nos a evoyî des cizetes et des faxhetes, tot bribant des cwårs. Si vos vos rmimbrez, dj’ elzî a scrît, et les evoyî å sete-cints djaeyes.

Dispoy ene samwinne, c’ esteut Mamas For Africa, poy Sensorial Handicap Cooperation, et po fini Action Damien.

On fwait shonnance di vs diner ene bistoke, ki c’ est cwand po vos stoide foû vos çanses!

Dji vou bén fé l’ tchårité, mins nén insi.

Dj’ elzî a respondou a zels eto:

Sint-Serwai 2013.

Ouy, c’ est l’ fiesse sint Serwai ou Servå, k’ a stî veke di Tongues et Måstraik.

Et c’ est l’ fiesse di nosse viyaedje di Sint-Serwai eto, et co l’ patron d’ nosse tchapele vaici.

Al Sint-Serwai 2013, gn a bråmint des sacwès ki candjnut, foirt avant po nosse tchapele.

Ravicai.

L’un des mots théologiques qui sont typique de la langue wallonne, c’est le verbe ravicai (raviker, raviquer, ravikè…) et le substantif ravicaetč (ravicaedje, ravicâtch, ravicadje, ravikèdje…).

Ces mots ne veulent pas dire « revivre », mais « ressusciter ». En wallon, le préfixe ra- signifie un nouveau commencement qui dépasse l’état initial. Donc, théologiquement, le verbe ravicai est beaucoup plus correct, plus exacte, que les formes trouvées dans la plupart des langues romanes.

On le trouve beaucoup dans le discours profane. L’écrivain Louis Lagauche écrit: «Nos v’ frans mori, pwis nos v’ f’rans raviker»; et le dicton «do peket a ravicai les moirts» est très usité. Donc, on n’a nul doute sur la signification du mot.

Par contre, chez les « théologiens » on ne le trouve pas beaucoup. Autant dans L’ imîtåcion d’ Jèzus-Cris que dans les brochures de messe de l’UCW, ainsi que dans les traductions et adaptations du Père Lecomte, on l’évite. Pour ne citer que ce dernier: «i faleut ki Djezus si rlevaxhe d’ amon les moirts», «après k’ i s’ aveut rlevé del moirt», «li releva d’ amon les moirts»… Quant aux deux premiers, ils alternent entre « si r’lever » et « rèssussiter ».

Pourquoi calquer les mots français, alors que le wallon est plus exact que le français? Sans doute, il y avait là une question de peur. Peur de ne pas être traité d’hérétique, ou quelque chose du genre…