Antoine-Basile 2013.

Hier, c’était la fête de saint Antoine de Padoue. Dans le temps, c’était un saint très vénéré en Occident. À vrai dire, chaque saint a eu son heure de gloire, pour ainsi dire. Il y a eu d’abord les saints auxiliaires, puis saint Joseph et saint Antoine de Padoue avec sainte Rita. De nos jours, sainte Thérèse de Lisieux et d’autres comme elle ont plus de popularité.

Le problème vient, me semble-t-il, du fait que les gens pieux ont moins envie d’imiter les saints dans leurs vertus et leur enseignement. Revenons, donc, à saint Antoine de Padoue. Sur YouTube vous trouvez un documentaire sur sa vie.

Beaucoup moins populaire a été saint Basile le Grand, que nous fêtons aujourd’hui. Au fait, si la date de la fête byzantine de saint Basile est le 1er janvier, cela présuppose une concurrence avec la fête de la circoncision du Seigneur; c’est pourquoi, l’Occident fête traditionnellement le 14 juin, jour de sa consécration épiscopale.

L’Occident tardif a vu dans saint Basile seulement le fondateur monastique oriental. À vrai dire, saint Basile a écrit une règle monastique, encore en vigueur chez certains moines et moniales de rite byzantin. Ainsi est-il en quelque sorte l’homologue grec de saint Benoît. (Dans sa règle, saint Benoît parle de saint Basile.) Et, comme l’Orient a toujours refusé de séparer la vie contemplative d’avec la vie active, saint Basile a également été le fondateur du tout premier hôpital, dans le sens moderne du terme.

Mais ce n’est pas pour son côté monastique que saint Basile est digne de louange. Au contraire, il est réputé pour ses écris théologiques, dont Contre Eunome et le Traité sur l’Esprit Saint, et la victoire de l’orthodoxie sur l’arianisme et le pneumatomachisme. (Plus de détails ici.)

Mais un autre thème, concernant Basile, et qui est tout à fait actuel, c’est la question liturgique de l’anaphore selon Basile.

Il y a plus de quinze ans, j’ai entendu une théorie de la bouche de certains patrolatres (*), prétendant que l’Église primitive eût connu seulement une ordo de la messe composé par saint Jacques de Jérusalem, et que saint Basile et saint Jean Chrysostome eussent abrégé cet ordo-là. Bien entendu, ces affirmations-là n’ont aucun fondement.

En réalité, l’anaphore selon saint Basile est l’aboutissement du développement organique d’une anaphore cappadocienne. C’est une longue anaphore, mais pas la plus longue que la Tradition nous ait conservée. Elle est complètement parsemée de citations bibliques, et a un beau bagage christologique. Et puis, théologiquement parlant, elle remplit parfaitement son rôle d’action de grâce.

Pourquoi, donc, l’Occident l’évite? Parce que l’Occident a été habitué à parler de « prière de consécration », comme si le but d’une telle prière était la consécration des éléments eucharistique. Du coup, suivant cette mentalité, il suffirait de dire quelques paroles magiques en vue de la consécration, et basta! Mais la Tradition nous dit autre chose. L’Église récite une telle prière dans le but de rendre grâce à Dieu. La consécration du pain et du vin est seulement une rawette! C’est comme lorsqu’on va souper chez des amis. Le but n’est pas de manger. On y mange, mais ça, c’est la rawette, même si le fait de manger est très important pour la santé. De même, la sainte communion est très importante; cependant le but de l’anaphore est de rendre grâce à Dieu. C’est le sens même du mot « eucharistie »: action de grâces.

—–

(*) En Occident, il y a des papolatres. En Orient il y a des patrolatres. Ces derniers prennent les pères de l’Église comme autorités incontestables, qui auraient des pouvoirs de décision émanant directement du Christ, et qui se substitueraient à la Tradition.

Loi anti-gay en Russie.

Hier le parlement russe a voté, avec 436 voix pour, et aucune contre, une loi anti-gay, ainsi qu’une loi qui met fin à la liberté d’expression concernant la religion. Des détails, vous en trouverez ici ou .

Une pétition a été mise en place, pour que nous puissions demander à Poutine de ne pas signer cette loi. Personnellement, plutôt que de signer une pétition en ligne et laisser traîner mon mail quelque part sur la toile, je préfère leur envoyer un petit courrier postal. Je ne sais quel impact ça aura, mais je le ferai en âme et conscience.

Et, bien entendu, l’Europe de l’Ouest ne fera toujours rien, car la Russie nous fournit du pétrole…

The Mini Band.

Si Metallica a eu du succès dans les années nonante, c’est parce que des gens de ma génération, nés dans les années huitante, avons écouté les albums qui étaient sortis quand nous sommes nés.

Mais ce qui est plus fabuleux, c’est que de nos jours, il y a des gamins qui écoutent des albums sortis bien avant leur naissance! Comme quoi, Metallica est vraiment une légende!

Mais plus que du génie de Metallica, je suis émerveillé par le talent des gosses comme ceux-ci. Essayez juste de les écouter sur YouTube! Les instrumentistes jouent très bien, et le chanteur chante très juste, même si sa voix n’est pas encore formée. Proficiat!

Pange lingua…

Faute de ne pas avoir trouvé le Pange lingua gloriosi corporis mysterium en traduction-adaptation francophone liturgique, je me suis proposé d’en essayer une par moi-même.

Chante, langue, le mystère
De ce corps très glorieux
Et de ce sang salutaire
Répandu par notre Dieu,
Reçus de la vierge-mère,
Pour sauver l’homme en tous lieux.

Étant venu dans le monde,
Verbe de Dieu incarné
Et plein de miséricorde,
La parole, il l’a semée.
De l’humilité profonde
Un signe il nous a donné:

La nuit de la sainte Cène,
À table avec ses amis,
Observant la Loi ancienne,
À leurs sens il s’est soumis.
Et, reçu par la douzaine,
Dans leurs mains il s’est remis.

Par sa parole à la table,
Le Christ, à partir du pain,
Fit sa chair, corps véritable,
Son sang à partir du vin.
La foi voit l’indémontrable,
Les cœurs purs voient le divin.

Vénérons la sainte offrande,
Sacrement, nouveau repas!
L’ancien, le Christ vint le rendre
Désuet, lorsqu’il soupa.
La foi seule peut comprendre
Ce que les yeux ne voient pas.

Et la doxologie, déjà traduite par Yves Kéler pour l’autre Pange lingua:

À Dieu soit louange et gloire,
Comme au Père, ainsi au Fils,
Honneur et gloire éternelle
Soient aussi au Saint-Esprit,
Maintenant, demain de même,
Dans les âges infinis ! Amen.

Pange lingua.

Cette version date de 1909; elle provient du missel vieux-catholique d’Utrecht.

Depuis sept siècles et demi, les francophones n’ont toujours pas traduit cette hymne. Mouais, les « fruits » du « concile » !

Langue logique.

Pendant un mois, je suis des cours de néerlandais à La Plante. Tout va très bien, mais je me rends compte d’un truc. C’est que le flamand/néerlandais est une langue très logique, car calquée sur le latin et/ou le français. Il suffit de connaître la signification de la racine d’un mot, pour dériver convenablement d’autres mots, et vice versa.

Ça veut dire que ceux qui ont compilé les mots composés – les traducteurs de la Bible des États – ont été intelligents assez. Hier soir je méditais sur le mot «omstandigheid». En réalité, ça calque «circumstantia».

La seule chose qui me dérange dans ce cours, c’est qu’on nous donne les mots inconnus, avec la traduction en français, sans les racines.

Hier je parlais à mon prof, et j’ai utilisé quelques mots, que je venais de ‘ ‘créer’ ‘ instantanément. Par exemple: «uitschaffen». J’ai également utilisé le mot «geveinsd», que le prof n’a pas compris. S’il avait suivi la racine de ce mot, il aurait trouvé le verbe «veinzen», du latin «fingere», donc feindre. Et la boucle est bouclée.

Lauda Sion.

Il a fallu attendre cette année 2013 pour avoir une traduction liturgique de Lauda Sion salvatorem.

Voici donc l’adaptation en français, par Dominique Collardey. La mélodie est écoutable ici.

Vigile de la Fête-Dieu.

«Mais le pape Urbain IV […] Ce pontife a laissé à l’Église un monument de lui que tous les siècles révéreront. C’est l’Institution de la Fête du saint Sacrement, à l’occasion d’un Miracle qui arrive dans un Village auprès d’Orviette, une Hostie ayant jetté (sic!) du sang pour confondre l’incrédulité du prêtre qui célébroit la Messe. Saint Thomas d’Aquin, qui étoit pour lors Professeur en Théologie à Orviete, composa l’office de cette fête.» (Bossuet)

Ce n’est donc ni à Salzinnes, ni au Mont-Cornillon que la fête a été institué, malgré la fierté des Belges. (Toutefois, la fête de la Trinité et son office nous viennent d’Hugues de Lobbes!) J’ai déjà parlé ailleurs des implications théologiques de la Fête-Dieu.

Serait-il possible de compiler une Messe de la vigile de la Fête-Dieu? Bien sûr!

Introït: «Qui manducat meam carnem» – voir le jeudi après le 2e dimanche du carême. Verset: «Domini est terra», de la veille de Noël.

Après le Kyrie, la collecte du vendredi après le 4e dimanche du carême: «Deus, qui ineffabilibus mundum renovas sacramentis: præsta, quæsumus; ut Eccesia tua et æternis proficiat institutis, et temporalibus non destituatur auxiliis».

Première prophétie: Zacharie 9:9-17.

Graduel: «Parasti in conspectu meo mensam», du 2 août, ayant comme verset «Dominus regit me».

Gloria, puis une seconde collecte: «Quæsumus, omnipotens Deus: ut inter eius membra numeremur, cuius corpori comunicamus et sanguini» – voir le samedi après le 3e dimanche du carême.

Seconde prophétie: Malachie 1:6-11.

Alléluia, 2e ton. «Dominus regit me» – voir le samedi avant le dimanche de la Passion.

Ou bien: alléluia du 3e dimanche du temps pascal: «Cognoverunt discipuli Dominum Iesum in fractione panis.»

Évangile: Jean 6:27-55: «In illo tempore, dixit Iesus turbis Iudæorum: Operamini non cibum, qui perit, sed qui permanet in vitam æternam.»

Offertoire: «Panis, quem ego dedero, caro mea est pro sæculi vita.» – voir le vendredi des quatre-temps du carême.

Secrète du premier mardi du carême: «Munera tibi, Domine, oblata sanctifica».

Comme antienne de communion, on pourrait prendre «Hoc corpus», emprunté au dimanche de la Passion.

Postcommunion du samedi après les cendres: «Cælestis vitæ munere vegetati.»

Les femmes, les gens de couleur et les LGBT ont été opprimés, et le sont toujours, dans beaucoup d’endroits dans le monde.

Comment réagir, lorsqu’on fait partie de l’une de ces trois catégories, mais que l’on est opprimé par une autre de ces trois?

Il n’y a pas pire que:
1. une femme homophobe ou/et raciste;
2. un(e) gai/lesbienne misogyne ou/et raciste;
3. un(e) noir(e) homophobe ou/et misogyne.

C’est la « trinité perverse ».

L’autre jour j’ai appris que cette dame a critiqué les mariages sexuellement neutres. Le pire, c’est qu’elle est elle-même prêtre et directrice de l’Institut théologique de Lund!

Donc je lui ai écrit:

Épiclèse.

Tant qu’on est encore dans l’octave de la Pentecôte (plus exactement le vendredi des quatre-temps d’été), je voudrais vous partager deux réflexions: sur l’épiclèse et sur l’octave de la Pentecôte.

Concernant l’épiclèse, on aime dire qu’il s’agit de l’invocation de l’Esprit Saint. En réalité, dans quasiment tous les rites et toutes les cérémonies où il y a une épiclèse, on ne s’adresse pas au Saint-Esprit. On demande au Père d’envoyer l’Esprit.

Les véritables rites occidentaux ont la spécificité de demander à l’Esprit lui-même de descendre sur les dons eucharistiques: Veni, sanctificator omnipotens æterne Deus : et benedic hoc sacrificium, tuo sancto nomini præparatum. – Viens, sanctificateur, Dieu tout-puissant et éternel, et bénis ce sacrifice, préparé pour ton saint nom.

D’où sait-on que c’est l’Esprit-Saint qui est invoqué ici? La preuve, nous l’avons dans le rite lyonnais, où l’épiclèse est double: sur le dons et sur le peuple: après la formule citée ci-dessus, le prêtre dit la suivante: Veni, sancte Spiritus : reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende. – Viens, saint Esprit, remplis le cœur de tes fidèles, et allume en eux le feu de ton amour.

Maintenant, concernant l’octave de la Pentecôte, d’aucuns ont estimé – contrairement à toute l’histoire de l’Église – que la fête de la Pentecôte ne devrait pas avoir d’octave. Dans la pratique, ça donne ceci: civilement, nous avons un lundi de la Pentecôte, mais dans les églises de nos villages, si jamais il y a une Messe, c’est une Messe « du temps ordinaire ». La raison invoquée, c’est le nombre de 50. Oui, 50 jours de la Pâque à la Pentecôte.

Que la Pentecôte tombe 50 jours après la Pâque est un fait. Mais qu’on ne puisse pas dépasser ces 50 jours dans la fête, est une contre-vérité historique.

Le christianisme est l’héritier légitime du judaïsme. La Pentecôte est la deuxième fête, selon l’importance. Et les apôtres ont gardé cette fête (Actes 20:16, I Corinthiens 16:8). Or, dans la diaspora juive, la Pentecôte durait 2 jours. De surcroît, chez les Karaïtes – qui gardent la coutume ancienne – la Pentecôte tombe toujours un dimanche, et le lundi suivant.