Ce-aţĭ vĕḑutŭ, păstorĭ?

En Transylvanie, il y a un chant de Noël, Ce-aţĭ vĕḑutŭ, păstorĭ, qui paraphrase l’antienne et le répons traditionnels Quem vidistis, pastores? Ceci semble tout à fait surprenant, étant donné que les Roumains observent, depuis un millénaire, le rite byzantin, alors que l’antienne en question est occidentale et inconnue du rite byzantin. Or il s’agit, sans doute, de toute une paraliturgie de substrat. La mélodie diffère selon les versions (exemples ici et ). Le nombre de couplets n’est pas non plus le même.

« Pâtres, qu’avez-vous
Vu? Annoncez-nous!
— Nous avons vu le Christ, maître
Qui des cieux vient d’apparaître:
C’est le Fils de Dieu!

— Dans quel beau palais
Ce roi s’installait?
— Une grotte froide et prête,
Une grotte avec des bêtes:
Quel palais glorieux!

— Ce roi nouveau-né
A-t-il bien trôné?
— Il trônait d’une mangeoire,
Foin et paille pour la gloire
Du Jésus précieux!

— Quelle armée était
Là? Qui l’escortait?
— C’est Marie, la sainte mère,
Et Joseph qui l’adorèrent:
Quelle escorte au mieux!

— Mais qui lui chantait?
Qui le glorifiait?
— Les anges du ciel s’y mirent,
De joyeux cantiques dirent:
Au plus haut des cieux! »

Deşcłide uşea, chreştine!

Voici un autre chant de Noël transylvanien, que j’ai traduit-adapté en français. Il y a au moins deux mélodies différentes: l’une ici et l’autre là. Certaines versions ont plus de couplets que d’autres.

Ouvre la porte, ô chrétien,
Car chez toi tous on revient.

[Fatigués, de loin venus,
Longue route l’on a eue.]

De Bethléem nous rentrons,
Où est né le Christ très bon.

On a vu sa mère aussi;
Elle s’appelait Marie.

Et un gîte elle a cherché
Pour qu’on la laisse accoucher.

Elle allait de bas en haut,
Pour mettre au monde un fils beau.

Et partout s’est promenée
Afin que le Christ fût né.

En allant de haut en bas,
Sur l’étable elle tomba.

[Dans l’étable sur le foin,
Le Seigneur naquit humain.]

Les anges vinrent du ciel,
En procession de Noël,

Les anges tressant des fleurs
En couronne de couleurs.

La couronne a l’écriteau:
« Aujourd’hui naît le Très-Haut. »

La couronne dit ainsi:
« Aujourd’hui naît le Messie. »

[Qui avec force et bonté
Sera roi du monde entier.]

Il y a trois façons de chanter ce Noël: 1. Soit on répète chaque vers. 2. Soit on répète le premier vers, puis on dit le second, et enfin le refrain. 3. Soit on dit le refrain après chaque vers. Le refrain peut être:

A. Bonsoir et joyeux Noël!
B. Longue vie, longues années!

Deşcłide, nannă, uşile.

Voici un autre noël transylvanien, que j’ai traduit poétiquement. L’original ici.

Tante, ouvre les portes grandes,
Car on vient pour les chalendes.
R.: Chalendes, chalendes.

Depuis hier la route est dure,
Et d’été sont les chaussures.

Sur nous les gouttières gouttent,
Et il neige sur la route.

Fais-nous des cougnous d’un mètre,
Qu’on les voie par la fenêtre.

Tante, allume la lumière,
Pour que la maison soit claire.

Puisqu’on est dans les parages,
Qu’on fasse un grand nettoyage!

Si tu ne nous ouvres vite,
Tu auras mérule et mites.

Repaie la chalende faite;
Longue vie! Joyeuses fêtes!

Vine Crăcĭunŭ celŭ bĕtrânu.

J’ai traduit poétiquement un autre noël transylvanien. La meilleure version originale que j’ai trouvée sur YouTube, quoique de loin imparfaite, se trouve ici.

Vois venir le vieux Noël
R.: Blanches fleurs, flocons de neige,
Doucement, avec le gel.

Son cheval est déferré
Vous devez, donc, le traiter.

Donnez-lui de bons cougnous
Des saucisses pour des clous.

Et vous devez l’abreuver
D’un grand seau de vin brûlé
Pour lui réchauffer le nez.

Recevez notre chalende,
Et merci pour votre offrande!

Pour le nouvel an qui vient,
Paix à vous, portez-vous bien!

See amid the winter’s snow.

J’ai traduit poétiquement en français le noël anglais See amid the winter’s snow. L’auteur a pris comme inspiration plusieurs antiennes, mais la façon dont il les a versifiées en anglais est particulièrement paresseuse.

Au milieu du blanc hiver,
C’est l’Agneau qui brille clair,
Né pour nous sur terre, ici,
Depuis si longtemps promis.

R.: Réjouis-toi, jour de Noël!
Réjouis-toi, salut du ciel!
Chantez dans Jérusalem:
Le Christ naît à Bethléem!

Dieu, celui qui a bâti
Le monde, est au monde mis;
Sur les chérubins assis,
Dans une humble crèche il gît.

« Qu’avez-vous vu, ô bergers,
Dites-nous, sans rien cacher!
Et pourquoi sur la prairie
Vous laissâtes vos brebis?

– Nous avons vu en éveil
La lumière sans pareil,
Et les anges qui chantaient:
“Christ est né”, “sur terre paix!” »

Christ, un jour tu fus enfant;
Tu aimas le monde tant
Que tu descendis du ciel,
Pour vivre avec les mortels.

Donne-nous, Dieu, d’acquérir
Ta ressemblance, et d’agir;
Comme tu t’es limité,
Donne-nous l’humilité.

Par ta joie, Vierge Marie,
Puissions-nous, lorsque tu pries,
Être dignes, dans le Christ,
Des promesses de ton Fils.

În vîrvułu a nóuĕ merĭ

Un autre noël transylvanien, que j’ai traduit poétiquement:

Au sommet de neuf pommiers
R1: ‘Léluia, Seigneur, Seigneur.
Il y a neuf chandeliers.
R2: ‘Lélui’, alléluia!

Et neuf gouttes tombent fin:
Trois de chrême, trois de vin

Et trois d’eau limpide afin
De se préparer un bain.

Alors qui veut se baigner?
Le Bon Dieu saura daigner.

L’eau d’un baptême assigné
Au Jourdain, pour Dieu régner,

Chrême saint pour se signer,
Et le vin pour communier.

Le refrain, en roumain, est: Ler Domnului Dómne, littéralement « [Al]lélui[a] au Seigneur, ô Seigneur. » Il y a deux mélodies différentes. L’une ici; l’autre .

Sub celŭ roşu rĕsăritŭ.

Voici un chant de Noël du Bannat du Séverin. Je l’ai traduit poétiquement vers le français. L’original peut être écouté ici.

Sous la rouge aurore ici
R.: Gloire au Christ, notre Seigneur!
Un pommier a refleuri.

Or sous ses branches d’argent
Le Christ dort profondément.

Des colombes angéliques
Viennent avec leur cantiques.

Elles prennent la parole,
Et près du pommier s’envolent:

« Lève-toi, Seigneur, debout,
Ne dors plus, ne sois plus mou,

Car depuis que tu dors bien,
Le monde a tourné païen. »

Le Seigneur tout entendit;
Et sur pied vite il se mit;

Prit en main un bénitier
Et du basilic entier,

Il passa dans les ménages,
Il bénit plein de mariages;

Des enfants il baptisa,
Des vieux il christianisa.

Din annŭ în annŭ.

Voici un noël moldave, que j’ai traduit poétiquement. Chose assez rare, il s’agit d’un noël « culte », de Cyprien Porumbescu. On peut l’écouter ici. Néanmoins, il me semble que cette mélodie n’est qu’une variation sur It came upon the midnight clear.

Ce soir, c’est comme tous les ans,
On vient dans les maisons;
Il gèle, le chemin est lent,
Mais c’est la tradition.

On chante en chœur dans ta maison,
Comme aux temps des aïeux,
Car c’est Noël, le réveillon
Des jeunes et des vieux.

Tu fais la fête dans les jeux,
Mais quelques bordes n’ont
Pas de chauffage, pas de feu,
Et leur hiver est long.

Nous te laissons, demeure en paix,
Aie un Noël heureux!
Mais n’oublie pas, donc, s’il te plaît,
De vivre généreux!

Pĕ cărarea câmpuluĭ.

Voici un autre noël transylvanien que j’ai traduit poétiquement:

Sur la charrière du champ
C’est Marie qui va chantant.
Lui sourient fleurs et oiseaux,
Et les anges chantent beau.

Le soleil l’enveloppa
La lune à ses pieds, plus bas.
Les ailés l’ont exaltée,
Le chemin n’est que clarté.

Le Seigneur du ciel la voit,
Lui souriant, rempli de joie.
« Viens, Ève, et regarde en bas!
Toi, Adam, réjouis-toi! »

La malédiction n’est plus,
Car elle a été vaincue
Par le Fils du Père ici,
Mais aussi fils de Marie.

C’est Jésus, rendu vainqueur,
Qui apporte le bonheur.
Ève, donc, ne pleure plus
Suite au paradis perdu!

Sur la charrière du champ
C’est Marie qui va chantant.
Elle monte, comme prédit,
Par l’échelle, au paradis.

Le texte populaire s’inspire très clairement du thème de la femme de l’Apocalypse, interprété comme image de l’assomption de Marie.

Măriea sĕ preumbla.

Voici un autre noël transylvanien que j’ai traduit poétiquement:

Sur la voie Marie marchait;
Un gîte elle se cherchait.

R.: Marie, ô sainte Marie!
Quel Noël, grand réveillon!

Depuis le haut vers le bas,
Car le vent soufflait très froid.

Argentée fut sa tenue,
Pour mettre au monde Jésus

« Bien bonsoir, papa Noël »,
Dit la Vierge, « quel grand gel!

Laisse-moi, dans ton palais,
Accoucher du Christ, Dieu vrai! »

Mais Noël lui répondait:
« Va-t-en hors de mon palais!

Tu n’as qu’à voir les chevaux!
Couche-toi parmi les veaux!

Tu n’as rien à faire ici,
Pour toi on n’a point de lit. »

Elle prit son sort en mains,
Et sortit dans les chemins.

Elle entra dans une étable
Pauvre, mais très adorable.

Ne sachant plus avancer,
Le travail dut commencer.

Dès qu’elle à terre s’assit,
Les chevaux faisaient du bruit.

« Arrêtez, vous, les juments,
Votre grand hennissement!

Ça suffit, vos coups de pied,
J’ai si mal si je m’assieds. »

Les chevaux n’ont pas cessé,
Or la Vierge en eut assez.

Et ainsi leur répondit:
« Vous êtes vraiment maudits!

Vous pouvez manger tout plein,
Vous aurez toujours très faim. »

En disant cela, Marie
Est sortie de l’écurie.

Puis vite elle rencontra
Une grotte, et y entra.

La mangeoire contenait
Du foin mou et très douillet.

Elle était parmi les bœufs,
Pauvres animaux gibbeux.

Eux en train de ruminer,
Marie eut à soupirer:

« Arrêtez de ruminer,
C’est ma paix que vous ruinez. »

En pleurant, la larme aux yeux,
Elle a attendri les bœufs.

Ils cessèrent donc le bruit,
Pour tranquilliser Marie.

« Je souhaite à tous les bœufs
D’être tout le temps heureux,

Appréciés par Dieu, par moi,
Et par mon fils qui naîtra. »

Au milieu de cette nuit,
Son travail a bien fini,

D’elle le saint Fils est né,
Ici bas, Dieu incarné.

Pour le Christ, un paradis
Fut la crèche où il naquit,

Et la grotte un beau palais
Pour ce roi enfantelet.

Mille flammes y brûlaient,
Et mille autres s’allumaient:

Des lucioles minces, pâles,
Ressemblaient à des étoiles.

Dans la crèche, des couleurs
Ont poussé du foin en fleur.

Et Marie prit dans ses bras,
Son saint fils, comblée de joie,

Si heureuse et motivée:
Le monde sera sauvé.