Roumain transylvanien.

Un mot sur le roumain du nord-ouest de la Transylvanie, ou, plus précisément, de la plaine de Pannonie. Plutôt que de répéter ce syntagme, je dirai « nous », par souci de brièveté.

I. Grammaire

1. Comme en roumanche et dans les langues celtiques, nous privilégions l’ordre des mots dans la phrase prédicat+sujet. Ex.: Ău ḑîsŭ Flórea quă umblă cânele pĕ câmpŭ, « Fleur a dit que le chien erre (litt. amble) dans les champs. » De plus, en début ou en fin d’énoncé, les temps composés utilisent ce qui est perçu à Bucarest comme une inversion. Ex.: Nó ducu-mĕ cătă casă, « Je rentre à la maison » (litt. « Bon, duis-je-me vers maison. »)
2. Comme dans les langues celtiques, et avec les mêmes exceptions, nous mettons obligatoirement l’adjectif après le substantif. Ici notre roumain et le wallon se trouvent à l’opposé, puisque le wallon place l’adjectif presque toujours avant le substantif. Ce point est tout à fait remarquable, étant donné que le hongrois a l’adjectif antéposé, et malgré la convivence des deux langues, il n’y a eu aucune influence réciproque sur ce point.
3. Comme en roumaire d’Istrie, à l’indicatif, nous ne connaissons ni le passé simple, ni le plus-que-parfait. Nous utilisons le passé composé et le passé surcomposé. De plus, nous avons des phrases très complexes, avec des formes de passé sur-sur-sur…composé. De surcroît, on fait toujours l’accord du participe passé au féminin, même si le sujet est masculin. Ex.: Ḑîsu-ţĭ-amŭ quă amŭ fost fóstă la alomaşŭ, litt. « Dit-t’avons qu’avons été étée à la gare. »
4. Le conditionnel passé se forme ainsi: verbe « avoir » à l’indicatif présent + vu(tŭ) (p. p. du verbe « avoir ») + verbe désiré à l’infinitif.
5. L’optatif présent se forme par « inversion » du conditionnel. Ex.: Bea-uaşŭ.
6. L’optatif passé utilise vutu en début de phrase + le conditionnel passé.
7. L’indicatif futur bucarestois du type o să cânt, qui reflète idéologiquement un cantare habeo, est inconnu chez nous, et nous utilisons exclusivement /oj/, /ɯj/, /a/, /om/, /ɯts/, /a/ + le verbe désiré à l’infinitif.
8. Le verbe « être » se conjugue différemment à l’indicatif présent:
A. Les formes este, suntŭ, sont exclusivement prédicatives, avec l’acception « il y a »; elles ne sont jamais copulatives.
B. Pour le reste, le verbe « être » se conjugue: ĕscŭ/îs [ɯs], eşcĭ [jeʃcj], ĕĭ/îi/’ĭ [ɯj], suntemŭ [sɯ̃’cem], sunteţĭ /sɯ̃’cets/, ĕscŭ/îs [ɯs], à l’instar du roumaire d’Istrie.
9. La conjugaison du verbe auxiliaire « avoir » a une particularité à l’indicatif présent: à la troisième personne du singulier, nous avons ău [o:], construction du type *illu habeunt, analogue à *ego habemu.
10. On emploie l’infinitif beaucoup plus fréquemment qu’à Bucarest (où ils adorent le subjonctif). Ex.: Umblă a corinda, vaca ĭĭ a fĕta, nu łĭ place a lucra, sĕ gată a ploŭea. D’ailleurs, chez nous, après les verbes « pouvoir » et « savoir », le subjonctif est interdit. Ex.: Pocĭŭ mânca, şciu scriŭe.
11. Le verbe « savoir », à l’indicatif présent: şci, du latin scit, et non -ie comme à Bucarest.
12. Le verbe défectif ni, utilisé seulement à l’impératif ( « regarde! ») existe aussi en hongrois, mais il est absent à Bucarest.
13. Le pluriel diverge. Voici quelques exemples. Le pluriel de mână n’est pas *mânĭ (homonyme avec mânĭ, « demain »), mais bien mânurĭ (d’un type ancestral *manora). Le pluriel de casă est căşĭ, căsĭ [kəs], căsurĭ; en effet, le latin casæ aurait donné chez nous *casĕ, homophone avec le singulier casă.
14. Là où le bucarestois ne fait pas de différence entre l’indicatif imparfait et présent, nous la faisons: beuea, « il buvait », bea, « il boit »; vreea, « il voulait », vrea, « il veut ».
15. Après la préposition pîntru, le substantif est articulé. À Bucarest sans article.
16. La place du pronom personnel accusatif: avant le verbe, comme en français: Łă amŭ scrisŭ. À Bucarest: Am scris-o.
17. Le subjonctif doit toujours comporter plusieurs syllabes à la troisième personne: beŭe, deŭe, łeŭe, steŭe. À Bucarest: bea, dea, ia, stea.

II. Vocabulaire

1. Nous n’avons pas de termes balkaniques. Les seuls mots qui paraissent orientaux que nous utilisons sont arrivés par filière hongroise. Les quelques mots étiquetés d’origine bulgare par les dictionnaires existent dans d’autres langues romanes, et ne sont, de ce fait, pas bulgares. De notre point de vue, les termes balkaniques considérés universels par Bucarest sont en réalité des régionalismes, entendus notamment via les media, mais n’ayant pas pris racine dans le passé.
2. Il y a une quantité d’emprunts hongrois, allemands et, dans une moindre mesure, nord-slaves. Nous formons « instinctivement » les néologismes à partir du hongrois, même des mots composés d’origine hongroise qui n’existent pas en hongrois. Dans bon nombre de ces emprunts, la forme finale roumaine est phonétiquement très éloignée de la forme originale qu’ils ne sont plus reconnaissable à l’oreille non-avertie. Nous avons également des mots d’origine hongroise qui sont disparus en hongrois, mais qui perdurent en roumain. Les mots d’origine hongroise suivent les lois phonétiques anciennes sur les voyelles, contrairement aux mots d’origine nord-slave.
3. Une plus grande quantité de mots de strat latin s’est conservée chez nous. Lorsque, à Bucarest, ils utilisent des néologismes d’origine balkanique ou française, nous avons souvent déjà un mot de strat latin.
4. Souvent, lorsqu’un terme d’origine latine est employé à Bucarest, nous avons une autre forme latine. Quelques exemples en vrac:
– Nous avons tătŭ (lat. tantu-); à Bucarest tot (lat. totu-).
– Nous avons acmu [a’mu] (lat. *eccum modo); à Bucarest acum (*eccum huc modo).
– Nous avons óreunde, órequare, órece, órecine; à Bucarest undeva, careva, ceva, cineva etc.
– Nous avons aesta (lat *hic istu); à Bucarest acesta (lat. *ecce istu).
– Nous avons curecłŭ [ku’rec] (lat. *cauliclu-); à Bucarest varză, vérḑă (lat. virdia).
– Nous avons ałĭu (lat. alliu-); à Bucarest usturoi (lat. *ustulon-).
– Ils ont meiu (lat. millium), « millet »; nous avons mĕlałĭŭ (lat. *millalliu-), « millet » et « maïs ».
– Ils ont iată (cf. lomb. id.); nous avons écă (cf. it. ecco).
– Notre article défini habituel vient du latin ille, de sorte que *sole ille*soreĭlesórile; à Bucarest la voyelle semble s’être perdue plus tôt, pour avoir *sole lesoarele.
5. Il y a des cas où le même mot signifie des choses différentes à Bucarest par rapport à nous. Ex.:
porumbŭ: colombe (chez nous), maïs (Buc.);
tocannă: polenta de maïs (chez nous); pâté de légumes (Buc.);
pepine: concombre (chez nous); melon ou pastèque (Buc.) etc.
6. Faux-amis:
lighénŭ: jeune homme (chez nous) VS lighean lavabo (Buc.);
pĕḑî: dépêcher (chez nous) VS păzi: garder;
soborŭ: statue (chez nous) VS sobor: synode (Buc.) etc.
ţâpa: taper, jeter (chez nous); ţipa (Buc.): crier.
7. Souvent, au-delà des différences phonétiques régulières, le même mot latin donne des résultats différents. Le meilleur exemple est le latin si, qui a donné şi chez nous, et à Bucarest. Un autre exemple, plus banal: chez nous preumbla, à Bucarest plimba (lat. perambulare). Le latin ego a donné /jew/ à Bucarest, et /jo/ chez nous.
8. Le pronom latin ipse n’a pas de descendant chez nous.
9. Il y a aussi des cas où des mots du vocabulaire latin de base ne se sont pas conservés. Exemples: filia, filiu-, n’existent pas chez nous; ils ont été remplacés par fétă, fĕtŭ, fecĭorŭ (lat. fœta, -u-, fœtiolu-). Le latin panem est inconnu chez nous; il a été concurrencé par le celtique pită (cf. lomb. pitôt, « pâte de blé noir », bret. poazh, PC *kwotos). Chez nous, le latin fortem ne s’est pas conservé (mais buc. foarte), car nous utilisons tare.
10. Il y a des mots latin qui sont hérités chez nous, mais les mêmes proviennent d’emprunts à Bucarest. Par exemple, cărindă, cărindarŭ (lat. kalenda, kalendariu-), mais à Bucarest colindă, calendar.
11. D’autres mots latins restent conservateurs chez nous, alors qu’à Bucarest ils sont déformés, ex.: fărinã vs făinã; ou ângeru [ĩʒer] vs înger. Ou inversement, chez nous il y a des formes mutées que nous partageons avec d’autres langues romanes, par ex.: verinŭ (comme en lombard, occitan, catalan, vénétien) vs venin.
12. Le registre liturgique à Bucarest est rempli de termes slavons qui n’ont jamais fait partie de la langue parlée. Chez nous, en plus du vocabulaire paraliturgique hérité, qui est de loin plus substantiel qu’à Bucarest, l’École transylvanienne a rempli nos livres liturgiques de toutes sortes d’hellénismes et de quelques latinismes mal adaptés à notre langue.

III. Phonétique

1. Contrairement à Bucarest et à certaines langues romanes (frioulan, castillan, wallon), chez nous le o tonique ne se diphtongue pas en oa. Plutôt, en toute position tonique en voyelle ouverte, chez nous il se prononce plus arrondi [ɔ]. En position initiale, nous pouvons toutefois trouver ocłĭŭ [wəc], « œil », et ocłiçĭ [wə’cits], « œilleton »; oŭĭ [wəj], « ouailles »; orbŭ [wərb], « aveugle » etc., alors que précisément dans ces cas-ci, à Bucarest il ne se diphtongue pas.
2. Lorsque le e se diphtongue (comme à Bucarest), le résultat /ja/ fusionne avec la consonne précédente pour la palataliser. De même, ĭ /j/ palatalise les consonnes /b/, /k/, /d/, /f/, /g/, /h/, /l/, /m/, /n/, /t/, /v/, et parfois /p/. La même chose apparaît lorsqu’un /j/ non écrit existe, par exemple la diphtongue /je/ écrite e.
2. Il y a une harmonie des voyelles, comme dans les langues ouraliennes.
3. Il y a des harmonies consonnes-voyelles:
A. La voyelle /i/ et la semi-voyelle /j/ ne peuvent venir qu’après les consonnes suivantes: /b/, /ɟ/, /h/, /l/, /m/, /n/, /p/, /v/, /c/, /tʃ/, /ʃ/, /ʒ/, et /r/. D’autre part, /ɯ/ viendra après /s/, /ts/, /z/, /t/, et /r/, et – à l’exception de /r/ – ces dernières interdisent la semi-voyelle /j/. Notons que /r/ fait partie des deux catégories.
B. La voyelle /e/, même en syllabe prétonique, est impérative après les consonnes /ʃ/, /tʃ/, /ʒ/, /c/, /ɟ/, consonnes qui interdisent les voyelles /ɯ/ et /ə/. La consonne /b/ peut en faire partie aussi.
C. En syllabe post-tonique, /b/, /p/, /s/, /ts/, /z/, et parfois /r/, ainsi que la semi-voyelle /w/ demandent la voyelle /ə/ au lieu de /e/.
D. Comme au point précédent, s’il y a plusieurs syllabes après le ton, dans les syllabes surnuméraires, /e/ et /ɛ/ demandent /i/, tandis que /ə/ demande /ə/.
4. Nous avons la voyelle /ɛ/. Comme en flamand de la Côte, il est impératif dans la situation suivante: eCe, que l’on prononce /ɛ/ C /e/, où /ɛ/ est en syllabe tonique. Ex.: cere [‘tʃɛre], mere [‘mɛre], lene [‘lɛɲe], preuĕtŭ/preot [‘prɛwət], minţeşce [mĩ’tsɛʃce].
5. On prononce ea /ɛ:/ (lat. -eba-, -ella-, *-eilla-), là où à Bucarest ils ont une diphtongue. De même, le bucarestois /i’ja/ correspond à notre /i’jɛ:/
6. La diphtongue /aw/ devient parfois /o:/, que nous écrivons ău.
7. Le son /dʒ/ n’existe pas chez nous; on utilise seulement /ʒ/.
8. Le latin cl devient /c/ chez nous (nous l’écrivons cł). Le latin gl /ɟ/ gł.
9. Chez nous, la langue est « chantante » à la manière des langues nord-slaves et parfois du hongrois.
10. Dû aux palatalisations, nous avons plusieurs consonnes absentes à Bucarest: /c/, /ɟ/, /ɲ/, /x/, comme en aroumain:
– /c/ provient de /k/, /kl/, /p/, /t/;
– /ɟ/ de /b/, /d/, /gl/, /g/, /v/;
– /ɲ/ de /m/ et /n/;
– /x/ de /f/.
11. Le hongrois va, atone donne chez nous /wə/, et non pas /o/ comme à Bucarest.
12. Le groupe -str- en fin de mot se réduit souvent à -st-, ex.: feréstă, nostŭ, vostŭ.
13. Dans un groupe formé d’une consonne, /j/ et une voyelle, le /j/ fusionne avec la consonne, sauf en fin de mot: cétă [‘tʃatə], leşéscă [le’ʃaskə], putregĭune [putre’ʒuɲe].
14. Sauf dans le mot vîrvŭ, un v ne peut pas exister en fin de mot. S’il est latin, il devient /w/; autrement /b/ ou /dj/. Ex.: văduă, puhabŭ, bibolŭ.
15. L’article défini masculin obéit à l’harmonie vocalique: après e, il est -le, tandis qu’après u, il est łŭ. Dans ce dernier cas, il décaducise le ŭ du substantif au besoin, mais en aucun cas le L ne resterait prononcé. Dans la pratique, un substantif fini en /u/ se prononce de la même manière avec ou sans article, tandis qu’un mot en ŭ muet aura ce u prononcé.
16. Les consonnes sourdes entourées de voyelles et de consonnes voisées ont tendance à se voiser. Les consonnes alvéolaires deviennent post-alvéolaires à proximité des post-alvéolaires. Comme en roumanche.
17. La diphtongue /jə/ a été très tôt remplacée par /(j)e/ (cf. moria → móre), y compris pour les mots de ancestraux qui finissent en -sia, -gia, -cla, -gla [-ʃe, -ʒe]. Alors que le roumain transcarpatique a ultérieurement abandonné cette règle, chez nous elle reste inébranlable. Puisque nous disons urecłe, îngłăça, il est cohérent que nous disions aussi mânuşe, mĕtuşe, mage.
18. Les mots latins canem, mane, panem ont donné, à Bucarest, des formes qui rappellent les langues d’oïl: câine, mâine, pâine. Or chez nous il n’y a pas ces particularités, car on dit, tout simplement, câne et mânĭ.

IV. Divers

1. La valeur et l’emploi des conjonctions sont différents. Par exemple, dĕquă, quâtŭ-cĭ, quă, qua, de s’emploient différemment que leurs équivalents bucarestois, et le bucarestois căci (quă-cĭ) n’existe pas chez nous.
2. L’interjection [nɔ], commune au hongrois et aux langues nord-slaves, est omniprésente chez nous. Elle est intraduisible en français.
3. L’interjection pronominale s’accorde en nombre et localement en genre aussi.
4. Le suffixe slave ancien -élă est bien adapté chez nous, car il fait le pluriel en -ele [ɛle]. En revanche, à Bucarest ils l’écrivent -eli, et le prononcent /elj/, ce qui est impossible en langue roumaine.
5. Comme en wallon, chez nous on exprime l’espoir/l’espérance par des paraphrases. Autres concepts absents: ennemi, contre.
6. On salue différemment. Entre personnes qui se tutoient, on dit Serbus, serus (« servus » latin savant de l’Empire austro-hongrois). Au pluriel, on ajoute -tok du hongrois. Deux personnes en marche ne se saluent pas avec une formule, mais commencent à dialoguer à distance, en disant, en général: Nó unde merĭ? (« Eh bien, où vas-tu? ») En arrivant chez quelqu’un, on entre dans l’antichambre, on y fait beaucoup de bruit, pour que les hôtes soient au courant de notre présence, puis on entre dans le vivoir sans frapper. Si on salue: Bună séra! bunã dîła! le répondant doit inverser: Séra bună! dîła bună! Les personnes pieuses, on les salue par: « Laude-sĕ Ĭisusŭ Christosŭ! » et la réponse est: « În vecĭ fie lăudatŭ! » En guise d’au revoir, on dit au plus souvent: Şĭ aĭ sânĕtate! Réponse: Sânĕtate bună! À quelqu’un de plus jeune ou à un subalterne on peut répondre: Alduéscă-te Dumneḑĕu! (« Dieu te bénisse! »)
7. Pour tous les cas où l’on dit « s’il vous plaît » en français, chez nous on dit placă! C’est une formule héritée.
8. Les noms des repas chez nous: prânḑŭ (déjeûner le matin), gustare (dîner à midi), cină (souper le soir), comme dans les Alpes. À Bucarest, prânz, repas de midi, comme en Italie.

Poème sur le train.

Je vais participer à un concours poétique sur le thème du train. J’ai conçu mon poème en latin tardif, puis je je traduirai poétiquement dans quelques langues belges.

Duc nos rapide ad casam,
O formosum traginum!
Porta nos ad terram bassam,
Urbem relinquens remansam,
Post laborem hominum.

Esse potes automotrum
Aut traxura multipla
Fors carrorum ligatorum
Cum locomotiva demum
Antea seu postera.

Regeris a machinista
Primo cum custodibus;
Ad te currit turma ista;
Illi splendida das vista
Per fenestras perdius.

Tu per campora, padulos,
Boscos, codras festinas;
Pontis passas numerosos,
Ubivi deponesque nos
Ad petrones cumque stas.

Traginum, o, sæpe veni!
Vicum nostrum traice!
Te expentant nautileni
Impatientia pleni,
Vient ut benefice.

Traduction poétique vers le français:

Ô beau train, dans ta vitesse
Rentre-nous à la maison!
Après le travail on laisse
Cette ville, et tu t’empresses
Vers la plaine en fenaison.

Composé d’automotrices,
Autrement tu es tracté:
La loco mise en service
Tire ou pousse, et toi, tu glisses
Prompt, avec rapidité.

Tes amis point ne s’attardent
Pour monter, tes voyageurs:
Par tes vitres ils regardent,
Sous l’escorte des chefs-gardes,
Pilotés des conducteurs.

Tu parcours les vertes terres,
Bois, forêts, champs de bosquets;
Sur des ponts ferroviaires
Tu traverses les rivières,
Débarquant les gens aux quais.

Train, reviens dans mon village;
On t’attend avec ardeur;
Viens souvent, car tous voyagent
Vers la ville ou vers la plage,
Vacanciers ou navetteurs.

Traduction poétique vers le wallon:

Rade moennez ns al måjhinete!
Vos, nosse trin, vos estoz bea!
La k’ po ouy li bouye est fwaite,
Leyans l’ veye ki n’ est nén viete,
Djans evoye disk’ å hamtea!

Bodje-tot-seu, vos fjhoz l’ voyaedje;
Ôtrumint, c’ est ene boutêye:
Li machine padvant vs assaetche,
Ou padrî ele tchôke, ele laetche,
Adon stoz ene rame tractêye.

Li moenneu, c’ est l’ machinisse;
Les chefs-gårs wådnut les djins;
Vos mostrez des tchamps d’ terisses
Pås finiesses åzès tourisses,
Ki vs cornut la, dvintrinmint.

Djans evoye pås waides di lixhes,
Pås bos, pal påjhûlisté,
Pås ponts d’ mouzes, al nonne, al bijhe;
On dschind djus adlé les trixhes,
Ås perons cwand vos statez.

Trin, rivnoz bråmint, ‘n erote,
Nosse viyaedje el trevåtchîz!
Les djins vs ratindnut tertotes,
Po bouter ou po fé ‘ne rote,
K’ on s’ dispaitche; hay sins tårdjî!

Traduction poétique vers le néerlandais/flamand:

Breng ons thuis, steeds snel en even!
Gij zijt onze mooiste trein.
Van de stad, werk en lawaaien,
Willen wij in ‘t veld uitwaaien:
Rijd ons tot een groener plein.

Motorstel, zelfgaande wagen,
Anderszins gesleept zijt gij;
Met verschillende rijtuigen,
De locomotief ertegen,
Het komt voor of achter bij.

De bestuurders en de wachters
Zijn in dienst tot uw bestuur;
Hier instappen zo veel reiz’gers,
Krijgend zichten aan uw vensters;
Trein, gij loopt op tijd en uur.

Gij rent door de bossen, weiden,
En door velden, vroeg en laat;
Over bruggen gaat gij rijden;
Men stapt af, en kan instijgen
Als gij aan perron stilstaat.

Trein, kom weer! Wees regelmatig
In ons dorpje, vlot en vaak!
De weekeinders zijn veelvoudig,
En de pend’laars ongeduldig,
Alles reizen naar hun zaak.

Bonne Année 2021!

Lorsque j’étais enfant, j’étais très superstitieux concernant le Nouvel-An. Le 31 décembre, je clôturais des choses commencées pendant l’année, afin de ne pas les étaler sur deux années. Je croyais aussi que le 1er janvier donnerait l’image de ce que l’année nouvelle tout entière serait. Je ne fais que dalle le 1er janvier? Je serai paresseux toute la nouvelle année.

Or certains Alpins fêtent toujours le 1er mars, Nouvel-An d’antan. (Voir la chalende de mars sur YouTube.) Les Hébreux fêtaient également de début de la nouvelle année le printemps. C’est logique. Le printemps comme début de l’année.

A couple of years ago, as I was studying in order to obtain my master’s degree in ecumenism, I was writing one of my essays about the steps the different Churches should take in order to achieve a worldwide full-communion agreement. One of my six key points was the episcopate. I was squeezing my brain to find a solution that would be acceptable to both episcopal and non-episcopal denominations. The solution I proposed seemed to work in the ecumenical context, and I dare put it again on the table, in the context of the financial crisis that the Churches are going through.

Il y a quelque temps, dans le cadre de mes études de master en œcuménisme, j’ai écrit un travail de fin d’année, dans lequel j’identifiais six points de discorde entre les différentes Églises, ainsi que des solutions concrètes pour les résoudre, et pour pouvoir arriver ainsi à la pleine communion. L’un des six points, c’était l’épiscopat. Je me suis efforcé à trouver une solution sur l’épiscopat qui soit acceptable à la fois aux Églises épiscopales et non-épiscopales. Je reviens avec mon idée, non plus dans le cadre de l’œcuménisme, mais dans le contexte de la crise financière des Églises.

There should be put in place very small dioceses, of 3 to 10 congregations. The bishop of the diocese should be the parochial pastor of one of the parishes. As the parochial pastor, one should stay in the parish as long as desired, but as a bishop of the diocese, only for a limited mandate.

Tout devrait être réorganisé en des diocèses minuscules, avec 3 à 10 communautés paroissiales chacun. L’évêque de chaque diocèse devrait être également le curé de l’une de ses paroisses. Le mandat d’évêque devrait être limité, mais après son mandat l’évêque devrait rester curé de sa paroisse.

Let’s say there is a diocese of ten congregations, organised as five parishes: A, B, C, D, E. The parish church of A is the cathedral, because it is the most central. Nevertheless, Bishop Dana is the rector of parish D. Well, Bishop Dana will continue hir ministry in hir parish D, while, in addition, Dana would also be the bishop of the whole diocese of five parishes. Seven years later (cf. the biblical concept of “week of years”), Dana retires as diocesan bishop, but continues hir ministry in the parish.

Supposons un diocèse de dix communautés, organisées en cinq paroisses A, B, C, D, E. La cathédrale, c’est l’église paroissiale A, qui est la plus centrale. Néanmoins, l’évêque Machin est également curé de la paroisse D. Mgr Machin continue son ministère de curé, tout en étant évêque du diocèse minuscule. Après sept ans (cf. le concept biblique de « semaine d’années »), Mgr Machin se retire en tant qu’évêque, mais continue à être curé dans sa paroisse.

Bishoply tourism should be forbidden. The first condition for someone to apply for the episcopal office should be to have been active, or at least present, in the diocese some time prior to the application.

L’épiscopat-tourisme devrait être interdit. Lorsque quelqu’un dépose sa candidature pour devenir évêque, la première condition serait d’avoir servi dans le diocèse un certain temps, ou au moins d’y avoir vécu pendant une période requise.

Bivocational/non-stipendiary priesthood and deaconate should also increase, having in each congregation a high percentage of priests and deacons. The training for the holy orders should be much more accessible, so that many lay people who are involved in the parish may at the same time continue their family life and jobs, and train for presbyterate or deaconate.

Il faudrait privilégier et augmenter la prêtrise et le diaconat bivocationnels, non-stipendiaires, pour qu’il y ait dans chaque congrégation un pourcentage important de tels prêtres et diacres. La préparation aux saints-ordres devrait être démocratisée, pour que les laïcs impliqués puissent être formés pour les saints ordres, sans devoir quitter leur famille, leur job, leur domicile etc.

In our example, let’s say that the parish B is made up of three tiny congregations of twenty regular persons apiece, which add up as about sixty regular attendees. Of these sixty, twenty should be ordained as priests or deacons, and besides, ten others should be subdeacons (lay Eucharistic ministers), ten other lay readers, cantors etc. The whole pastoral work and care should be divided among those twenty non-stipendiary clergy persons, and none would have to tread on anyone’s toes. Some work on night shifts and/or on weekend schedules, which means that the whole parish activity would get reorganised.

Pour reprendre notre exemple, disons que la paroisse B est formée de trois congrégations d’une vingtaine de pratiquants chacune. De ces soixante personnes environ, vingts devraient devenir prêtres ou diacres, ensuite une dizaine seraient sous-diacres (ministres laïcs de l’Eucharistie), dix autres seraient lecteurs, chantres etc. L’ensemble du travail pastoral serait reparti entre les vingt prêtres et diacres non-stipendiaires, et les gens ne se marcheraient pas sur les pieds. Certains travailleraient forcément les fins de semaine et/ou en horaire décalé, donc toute la vie paroissiale deviendrait plus souple.

Let’s say the parish A is wealthy enough to pay a full-time priest. This should not hinder regular parishioners from training and ordination as bivocational priests for the same parish. They would do less for the parish, and the paid priest would do more, but the latter would do a great help to the former.

Supposons que la paroisse A a assez d’argent pour se permettre un prêtre à temps plein. Cela ne devrait pas freiner les paroissiens qui veulent devenir des prêtres bivocationnels pour la même paroisse. Au contraire, ils seraient une aide précieuse pour le curé.

As in the early Celtic monachism, the abbots should also be bishops. It would not be difficult to create monastic tiny dioceses, with one abbey and two or three convents.

Conformément au monachisme celtique, les abbés devraient être en même temps évêques. À la limite, des diocèses monastiques pourraient être facilement créés, avec une abbaye et deux-trois couvents y rattachés.

A couple of times every year, there should be only one Mass for the whole tiny diocese, in the cathedral church, namely for the Easter vigil, Whitsun vigil, Epiphany vigil, Maundy Thursday, and ordination Eucharists. As a rule, baptisms and confirmations together with the first communion would be easily celebrated only in the cathedral on the first three. For the lay people who do not wish to go to the cathedral after their baptism-confirmation-first-communion day, they would still have in their respective parishes the non-vigil Mass for Easter day and Pentecost day.

Quelques fois par an, il ne devrait y avoir qu’une seule Messe pour le mini-diocèse tout-entier, à la cathédrale, à savoir une seule vigile pascale, une seule vigile de la Pentecôte, une seule de l’Épiphanie, une seule Messe du Jeudi-Saint, ainsi qu’une seule pour les ordinations. Les trois vigiles précitées devraient être les seules occasions régulières pour la célébration des baptêmes & confirmations & premières communions. Si les laïcs n’ont pas envie d’aller à la cathédrale en dehors du soir de leur propre baptême-confirmation-première-communion, ils auraient quand même la Messe du jour pour ces mêmes fêtes.

The early Church only had the diocese-parish in the city, with one bishop and many clergy serving at the one altar. Most of the people got baptised & confirmed & communed for the first time at the Easter vigil, on the same night, under one bishop. When Christianity expanded to the countryside, the priests went to serve the villages as “rectors” or “vicars” of the bishop, but this situation created many anomalies of which we still suffer today. On the one side, both in all the Churches of the whole East and in some parts of the West, the priest – and not regularly the bishop – presides at those three sacraments of initiation. On the other side, in most Churches of the West, the three sacraments of initiation are torn apart: the priests baptise, then the bishop confirms many years later, and the first communion takes place in between, according to the local custom. The Presbyterians and other protestants tried to go back to the early Church model, but their result is not entirely satisfactory everywhere.

L’Église primitive ne connaissait que la paroisse-diocèse urbaine, avec un seul évêque entouré de son clergé à un seul autel. La plupart des gens recevaient le baptême imédiatement suivi de leur confirmation et de leur première communion, lors de la vigile pascale présidée par l’évêque. Lorsque le christianisme s’est répandu à la campagne, les prêtres allaient dans les villages, pour les desservir au nom de l’évêque, mais cette situation a créé beaucoup d’anomalies, dont nous souffrons encore aujourd’hui. D’une part, dans toutes les Églises orientales et quelques Églises occidentales, c’est le prêtre – et non plus l’évêque – qui préside aux trois sacrements de l’initiation. D’autre part, dans la plupart des Églises occidentales, les trois sacrements d’initiation ont été disjoints: les prêtres baptisent, puis l’évêque donne la confirmation des années plus tard, et la première communion a lieu à un moment donné, comme un électron libre. Les réformés et autres protestants ont essayé de retourner au modèle de l’Église primitive, mais leurs résultats sont tout à fait discutables.

When I saw, a couple of days ago, the difficult situation in which the Churches were financially, and read on internet the idea – that some viewed as a solution – to drastically reduce the number of the dioceses, I realised that what I had proposed in an ecumenical context should work even in isolation. If we cannot afford salaries for 120 bishops, the best solution – even if we exclude the sacramental side, which we may not do – is to divide the work, and have 2000 bishops without a bishop’s wage. Today we have deans, sub-deans, rural deans, assistant rural deans and the like. All these and many others should just be consecrated into the episcopacy.

Il y a quelques jours, j’ai vu la situation difficile dans laquelle se trouvaient certaines Églises, et j’ai lu sur internet que certains voudraient y rémédier en réduisant le nombre des diocèses. Je me suis rendu compte que ce que je n’envisageais que du point de vue de l’unité des chrétiens pourrait être la vraie solution, en dehors de tout contexte œcuménique. Si nous ne nous permettons plus de payer des salaires d’évêques à 120 fonctionnaires, la meilleure solution – même en mettant de côté le côté sacramentel de l’épiscopat, chose inconcevable – serait de diviser la charge de travail, et avoir 2000 évêques qui gagneraient la même chose que tout le monde. Aujourd’hui on a des doyens, sous-doyens, sous-sous-doyens, ruraux et urbains etc. Tous ces gens et d’autres comme eux devraient pouvoir être sacrés évêques.

Sur l’eau.

Poème pour l’Épiphanie.

Sur l’eau, Christ, se mouvait l’Esprit,
Et la rendait féconde;
Des signes d’eau il accomplit,
Pour que la grâce abonde.
Ta création reçut des bains:
Par l’eau d’un grand déluge,
Ils traversèrent le Jourdain,
Ainsi que la Mer Rouge.

Ton peuple impie a traversé
Tout un désert aride;
Tu leur donnas un roc percé
Pour boire une eau limpide.
Tu es le nouvel Israël,
En ton corps tu répètes
L’histoire sainte, Emmanuël,
En toi elle est parfaite.

Tu as reçu dans le Jourdain
Baptême en ta personne;
Représentant tous les humains,
Leur repentance est bonne.
Te baptisant dans cet amas,
Tu as béni l’eau pure,
Puis l’eau en vin tu transformas,
Mutant ta créature.

Dieu, tu guidas les chefs païens
Vers toi par cette étoile;
À tous les peuples de terriens
Ton œuvre se dévoile.
Les mages sont venus chargés
D’or et d’encens, de myrrhe,
Car l’astre les a dirigés:
De loin ils le suivirent.

Ils apportèrent des cadeaux,
Venant aux sources vives,
Fêtant les noces de l’Agneau,
Car ils sont des convives.
Ô serviteurs, prenez vos seaux,
Et remplissez vos jarres,
Et du Jourdain puisez de l’eau:
Dieu fera voir sa gloire!

Sainte Marie, près de son Fils,
Aura sa place à table;
Jean-Baptiste est l’ami du Christ,
Joseph est dans l’étable.
Trois vues: un seul événement:
Jourdain, Cana et mages.
Ô trois personnes, le Dieu grand,
Gloire à toi d’âge en âge!

Mennyből az angyal.

Le noël hongrois le plus connu, traduit-adapté par moi en français. Mélodie ici.

Du ciel un ange chez vous se lance
Ô bergers, ô bergers,
Vers Bethléem tout le monde avance,
Regardez, regardez!

Le Fils de Dieu qui dans la mangeoire
Vous est né, vous est né,
Est le sauveur qui vrai se déclare,
Avéré, avéré.

Voyez avec lui sa douce mère:
C’est Marie, c’est Marie!
Près du bétail, il dort, récupère,
Jésus-Christ, Jésus-Christ!

Ils sont partis pour lui rendre hommage
Vite alors, vite alors,
Avec des dons, un cœur de partage,
Leur trésor, leur trésor.

Ils adorèrent et glorifièrent
Christ Jésus, Christ Jésus,
Conjointement avec Dieu le Père,
Là-dessus, là-dessus.

Ce vedere minunată!

Voilà encore un chant de noël transylvanien, qui a une myriade de variantes, même si la création est plutôt récente (19e siècle, de la plume de l’École de Transylvanie). À partir des couplets d’origine, les gens des différentes régions ont ajouté jusqu’à douze autres, que j’ai laissés de côté. J’ai essayé, pour une fois, de suivre le texte roumain de très, très près. Si deux personnes chantait ceci ensemble, l’une en roumain et l’autre en français, pas mal de mots seraient identiques dans les deux versions. Voici une version roumaine chantée.

Quelle vue, merveille agreste,
À Bethléem, manifeste:
Le ciel reluisait,
L’ange en bas venait
Par un rai céleste.

Aux pasteurs du champ aux bêtes
L’ange fit l’annonce prête:
Dans un pauvre abri
Tout près, le Messie,
Le Christ, vient de naître.

Les pasteurs tout entendirent,
Vers l’abri en voie se mirent,
Où ils ont trouvé
Fils enluminé;
Gloire ils lui rendirent.

C’est Jésus, pasteur suprême
D’un troupeau jusqu’aux extrêmes.
Nous, donc, le louons
Et nous inclinons
D’une foi qui aime.

Chez les pâtres et leurs bêtes,
Là Jésus voulut bien naître,
Dieu le Fils très saint
Qui sur terre vint,
Pour sauver nos êtres.

Fluerułŭ celŭ păstorescŭ.

Un autre noël transylvanien de langue roumaine, que j’ai traduit poétiquement vers le français. Écouter une première mélodie, une deuxième, et une troisième, et même une quatrième. Selon les variantes, il y a plus ou moins de couplets.

Le flageol des bons bergers
Joue d’un air très engagé
La divine mélodie:
Le Christ est né aujourd’hui!

Venez et voyez de loin,
Dans la crèche sur le foin,
À Bethléem, l’empereur
De ce monde gît en pleurs.

Une étoile brille et luit,
À l’orient en pleine nuit,
Et trois mages avertis
Viennent depuis leur pays.

Ils la suivent en pensant
Qu’ils rencontreraient l’enfant.
Ils espèrent adorer
Cet enfant, ce roi sacré.

Dumneḑĕu de la începutŭ.

Encore un noël roumain transylvanien, avec la création et la chute comme motif(s). Ma traduction poétique:

Dieu fit au commencement
L’univers très vaste et grand,

Par son Verbe tout-aidant,
Il créa Ève et Adam.

Après les avoir pétris,
Le Seigneur Dieu leur offrit

Le jardin du paradis,
Pour manger de tous les fruits,

Sauf de cet arbre fleuri,
Formellement interdit.

Mais le très rusé serpent
Sur le pommier en grimpant,

Abaissa la branche en bas,
Ève en prit et en mangea.

Le fruit pris sur le rameau,
En offrit-elle un morceau.

Dès qu’Adam en eut goûté
Le bon Dieu l’a débouté:

« Ô Adam, qu’as-tu fait là?
– Ce n’est pas ma faute à moi! »

Le bon Dieu les a maudits
Et exclus du paradis.

À la porte, assis dehors,
C’est Adam et Ève encor’,

Qui pleurant de nostalgie
N’oublient pas le paradis:

« Paradis, jardin perdu,
Je ne te reverrai plus,

Ni tes fleurs se modeler,
Ni les anges s’envoler. »

Colo josŭ.

Voici un autre noël transylvanien de langue roumaine que j’ai traduit poétiquement vers le français. Toujours le motif pastoral, avec, comme personnage, le berger Laire. Je suppose qu’il s’agit d’une personnification du Laire ou Lac de Côme, devenu prénom, puis nom de famille en Lombardie et au nord de la Roumanie (Lariu, Lario).

Là plus bas, au val dessous,
Quels troupeaux d’ouailles d’un coup
Sortent près du gué très doux!
Qui travaille
Pour ces ouailles?
C’est bien Laire,
Pâtre et père,
Au flageol bien maîtrisé,
Au merlin très aiguisé.
« Ne vous laisserai-je au loup?
Depuis qu’à vous je me voue,
J’ai des poils blancs comme vous! »
Mais une ouaille
Grise braille:
« Ne nous laisse à l’abandon,
Car nous t’offrirons des dons:
À Noël
Lainage bel;
À la Pâq’
Un bon sérac,
À Saint-Geor’
Fromage fort;
Lait très bon
À l’Ascension. »