Condamner son prochain (II).Ma grand’mère était uniate. Au catéchisme, on lui a dit que les Juifs avaient tué le Christ, tout en sachant qui il était. C’est d’ailleurs ce que dit le Coran: «Ils dirent: « Nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le messager de Dieu. »». Or, le Christ, sur la croix, a dit le contraire: «Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.». Ma grand’mère, à partir de ses douze ans, a été embauchée comme servante dans une famille juive. Pendant la période où elle a servi, elle a regardé ses maîtres comme des descendants des gens qui, à bon escient, avaient tué celui qu’ils attendaient. Le dernier jour de son service, une fois qu’elle a été payée, ma grand’mère a quand même posé la question à ses maîtres. Elle a été surprise d’entendre que ses maîtres étaient toujours en train d’attendre le Messie, et que donc, ceux qui ont tué Jésus ne savaient pas qui il était.

Ma grand’mère a appris d’autres choses au catéchisme: «Les non-unis savent bien que le Saint-Père est le vicaire du Christ, mais par orgueil ils ne veulent pas lui obéir.». La conclusion: les orthodoxes sont des schismatiques à leur escient.

On luia dit encore d’autres choses semblables: les Turcs et les unitariens nient la Trinité à bon escient, et les calvinistes maudissent le saint sacrement en toute connaissance de cause. Et ma grand’mère se demandait: pourquoi tous ces gens veulent-ils perdre leur salut?

Les différentes communautés ont longtemps vécu dans la calomnie. Le but de l’oecuménisme n’est pas de mélanger les choses, mais, avant tout, d’arrêter d’accuser les gens des choses dont ils ne sont pas responsables, d’enlever les fausses étiquetes qu’on leur a collées pendant des années, voire des siècles.

Il est intéressant de regarder l’histoire de l’Église avec un oeil historique. La première hérésie pour laquelle la chrétienté entière a envoyé des députés, c’était l’arianisme. Puisque les ariens étaient plus nombreux que les orthodoxes/catholiques, ces derniers ont gardé un langage mielleux sur la question, pendant des siècles. Au contraire, les conciles d’Éphèse et Chalcédoine ont été les fruits des polémiques.

«La découverte,, au début du XXème siècle, chez les nestoriens persans, du livre d’Héraclide de Damas – plaidoyer présenté sous preudonyme – invite à rouvrir le dossier. En ce procès se rassemblent des critiques sérieux. Le Français Duchesne constate: « Il faut revoir plus ou moins complètement la sentence traditionnelle. » L’Anglais Bertune-Baker avance le paradoxe: « Nestorius ne fut pas nestorien. » Erreur de cible! On lui aurait prêté ce qu’il n’a jamais voulu soutenir.» (Jean Huscenot, Les Docteurs de l’Église).

Quant aux non-chalcédoniens, ils n’ont jamais été monophysites. (Le monophysisme est davantage présent dans les Églises des sept conciles.) Il suffit de lire les livres liturgiques et doctrinaux des non-chalcédoniens, pour constater que le christianisme gréco-latin s’est trompé de cible encore une fois. Bien sûr, il y a des masses de gens qui ne sont pas contents de ne plus pouvoir calomnier.

Condamner à tort son prochain, calomnier sans vergogne, voilà l’une des « vertus » si chères à l’être humain!

Trackback

no comment untill now

Sorry, comments closed.